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Chen Jiang Hong : un pont entre les cultures

Né en pleine révolution culturelle chinoise, l’artiste Chen Jiang Hong est installé en France depuis 22 ans. L’auteur-illustrateur de contes pour enfants était mi-novembre en visite exceptionnelle sur la côte Ouest pour faire connaître ses œuvres aux jeunes Américains.

« Et là, le peintre jette le dessin dans le feu, et du feu jaillit un cheval blanc… », raconte Chen Jiang Hong à un auditoire de jeunes Américains captivés. Nous ne sommes pas à un spectacle pour enfants mais à une conférence pour futurs professionnels de l’illustration au California College of the Arts de San Francisco. L’artiste fait défiler ses œuvres sur un écran à mesure qu’il déroule son histoire. L’espace de quelques instants, on peut lire dans les sourires de ces jeunes adultes un peu de ce puissant émerveillement propre à l’enfance. Quelques minutes auparavant, le maître leur faisait démonstration de son talent en peignant sous leurs yeux une calligraphie à l’encre. « C’est très intéressant parce que ça n’existe pas vraiment aux États-Unis, ce genre de technique », explique Monica, étudiante en dernière année d’illustration.

Le raffinement sans l’élitisme

Invité par les services culturels du consulat de San Francisco pour promouvoir ses œuvres, Chen Jiang Hong en a profité pour aller à la rencontre des jeunes Américains lors de nombreuses visites dans les écoles de la région de San Francisco et à la bibliothèque de Seattle. « L’art ne devrait pas être réservé à une élite, mais devrait être accessible à tout le monde, affirme l’artiste. Et l’éducation est déterminante là-dedans. » Des rencontres très appréciées par les élèves comme par les professeurs, mais avec certaines surprises, parfois : « Les jeunes Américains d’origine chinoise n’ont plus aucun lien avec leur culture, regrette le peintre. Certains ne parlent pas la langue, d’autres ne savent même pas d’où viennent leurs parents. » Si la culture chinoise traditionnelle est omniprésente dans l’œuvre de Chen Jiang Hong, il fustige les clichés accolés à l’esthétique asiatique : « Quand on pense à la culture chinoise, on voit toujours Chinatown, le bazar, ou les tableaux kitsch des restaurants chinois. Les gens ne connaissent pas le raffinement et la beauté de cette culture millénaire. »

Un regard multiculturel
Pour ce Chinois né dans le port de Tianjin, à une centaine de kilomètres au sud de Pékin, les barrières culturelles ont toujours appelé à être transcendées. « Il faut s’ouvrir au monde, explique-t-il, un peu exalté. Il faut aller vers les autres pour essayer de trouver un langage universel. Même si les formes peuvent être différentes, on peut parler de la même chose ». Parole d’artiste qui a toujours su toucher et convaincre ses publics, au-delà des différences de canons esthétiques. Même aux Beaux-Arts de Paris, où il a continué ses études en 1987 après une formation extrêmement sélective à Pékin. Même dans le monde de l’édition, lorsqu’en 1994 L’École des loisirs lui propose d’illustrer des livres pour enfants. Une révélation pour cet homme qui n’avait jamais eu accès aux ouvrages pour la jeunesse pendant la révolution culturelle de Mao, un épisode de sa vie qu’il a voulu retracer sans jugement dans son œuvre autobiographique Mao et moi. Auteur-illustrateur d’une dizaine de livres pour enfants, Chen Jiang Hong est publié aux États-Unis par la maison d’édition Enchanted Lion books.

Infos pratiques

Enchanted Lion Books

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