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Chirac et Mitterrand vus par les Américains dans les années 70

Grâce à des milliers de câbles diplomatiques publiés par Wikileaks, on découvre l’analyse poussée et l’avis globalement positif qu’avaient les Etats-Unis dans les années 1970 de deux personnalités politiques françaises en pleine ascension : François Mitterrand et Jacques Chirac.

Parmi les 1,7 million de documents diplomatiques datant de 1973 à 1976 et mis en ligne par Wikileaks, la France est le deuxième pays le plus cité avec 372 309 mentions. Etonnamment, ce n’est pas le nom de Valéry Giscard d’Estaing, pourtant président à cette époque, qui revient le plus souvent. Les diplomates américains avaient eu le nez creux en s’intéressant tout particulièrement à deux futurs présidents : François Mitterrand et Jacques Chirac.

François Mitterrand, socialiste mais pas révolutionnaire

Alors Premier secrétaire du Parti socialiste, François Mitterrand semble avoir impressionné l’ambassadeur des Etats-Unis en France de l’époque, John N. Irwin II. Il reconnaît au futur président français un don d’orateur évident. Il évoque notamment son discours de Grenoble de juin 1973 qu’il décrit comme “un triomphe pour Mitterrand (…). Son discours a été brillant (…), un exemple d’éloquence et de maîtrise politique”. L’ambassadeur ne semble pas du tout inquiet de la possibilité d’un président socialiste à la tête de la France. Dans plusieurs câbles diplomatiques, John N. Irwin II rappelle que François Mitterrand n’est pas un “révolutionnaire” et que le programme commun signé avec le Parti communiste n’est qu’un “risque calculé”. L’ambassadeur ajoute que le chef du PS de l’époque n’éprouve aucune affinité particulière pour le régime soviétique : “Le socialisme soviétique est quelque chose que François Mitterrand ne veut pas voir en France”, peut-on notamment lire dans un document. François Mitterrand est “doucement pro-américain” assure même John N. Irwin II.

Ce dernier consacre aussi plusieurs paragraphes à l’homme de lettres François Mitterrand, le décrivant comme “l’une des grandes plumes de la scène littéraire française”. Les différents rapports américains ne sont néanmoins pas tous unanimes pour évoquer l’avenir de François Mitterrand. Evoquant ses “excès”, plusieurs câbles diplomatiques critiquent les relations extra-conjugales de François Mitterrand. “Ses fréquentes apparitions publiques aux bras de jeunes femmes font qu’il n’apparaît pas comme une valeur sûre en politique”.

Jacques Chirac, l’amoureux de “l’American Way of Life”

Jacques Chirac a commencé à intéresser les Américains en 1974 lorsqu’il est devenu Premier ministre. Présenté comme un “jeune loup opportuniste (…) extrêmement ambitieux, Jacques Chirac est lui aussi décrit comme un ami de l’Amérique : “Il est fasciné par les Etats-Unis, adore les paysages américains et fait preuve d’un profond respect pour la conception américaine du respect des libertés individuelles”, d’après l’ambassadeur des Etats-Unis en France. Un amour pour le pays de l’Oncle Sam qui le pousse à “venir incognito à l’ambassade afin de manger ce qu’il considère être ‘de la véritable nourriture américaine'”. Parmi ses traits de caractères, Jacques Chirac est reconnu par plusieurs diplomates pour son opiniâtreté : “il est surnommé le bulldozer à cause de son attitude combative”. Etrangement, plusieurs câbles diplomatiques s’inquiètent de la frigidité de Jacques Chirac : “C’est un politicien dur, froid et peu diplomate dans ses manières (…). Il a tout du jeune technocrate brillant à qui il manque une touche d’humanité”.

VGE, “dans la tradition gaulliste”

De ses câbles, on trouve néanmoins quelques notes sur Valéry Giscard d’Estaing, juste après son élection en 1974. Dès le lendemain de son sacre, le 2 mai 1974, John N. Irwin II explique à Henry Kissinger, alors secrétaire d’Etat, la politique extérieure que devrait appliquer Valéry Giscard d’Estaing.  “Il s’inscrit dans la tradition gaulliste, nous ne nous attendons pas à des innovations majeures et immédiates”, prévient-il. Plus étonnant, John N. Irwin II écrit également sur les passe-temps du président français : “il skie, chasse, pilote son propre avion et il est un membre enthousiaste de plusieurs clubs de polo et de tennis parisiens”, symbole de “l’aristocratie française” selon l’ambassadeur.

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