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Christophe Barratier, le cinéaste qui fait chanter ses acteurs

Après le phénomène des Choristes, Paris 36 (Faubourg 36), le nouveau film de Christophe Barratier, est sorti vendredi 3 avril dans les salles américaines. Rencontre avec un cinéaste et chanteur à ses heures perdues.

France-Amérique : Faubourg 36 raconte en chansons l’histoire de trois ouvriers du spectacle au chômage qui décident d’occuper de force le music-hall qui les employait, pour y monter un « spectacle à succès ». Comme avec votre film Les Choristes, votre long métrage a des allures de comédie musicale, c’est votre recette miracle pour le succès ?

Christophe Barratier : Ce n’est pas une recette mais une envie. Les chansons m’ont été apportées préalablement au film. Le parolier Frank Thomas et le compositeur Reinhardt Wagner sont venus me voir avec ces chansons. Ils voulaient en faire une comédie musicale, mais ils ne savaient pas avec quelle histoire. Après le succès des Choristes, j’ai repensé à ces chansons qui ont un joli parfum des années 30.  Peu

à peu, l’histoire du film m’est venue, inspirée par les chansons.

F.A : D’où vous vient cette passion pour le chant ?

C.B : J’ai toujours chanté. J’adore la voix, c’est un instrument musical qui touche instinctivement beaucoup et transperce les âmes.

F.A : Est-ce qu’il faut savoir jouer et chanter pour avoir un rôle dans vos films ?

C.B : Non. J’ai fait chanter Clovis Cornillac, Kad Mérad et Gérard Jugnot. Ils chantent très bien, mais ils ne sont des chanteurs à voix. Mais c’est suffisamment joli pour en faire un disque.

F.A : Vous refaites encore une histoire qui se déroule dans les années 30-40, pourquoi cette époque vous fascine-t-elle ?

C.B : J’ai une passion pour l’Histoire. Je trouve que c’est amusant au cinéma de remonter dans le temps. On voit que les acteurs, les techniciens en sont très friands. Ce sont des aventures qui ne ressemblent pas aux autres. 95% des films qu’on fait en France sont des histoires contemporaines. Je trouve dommage de ne pas revisiter l’Histoire et de ne pas s’attarder dans la terre inconnue qu’est le passé.

F.A : Pourquoi avez-vous choisi de raconter votre histoire avec en toile de fond le Front populaire ?

C.B : Les chansons abordaient la grande espérance des travailleurs. En 1936, il y avait vraiment une vague d’espoir en France, qui ressemble d’ailleurs un peu à ce qu’il se passe en Amérique avec Barack Obama. Cette vague d’espoir s’est heurtée au chaos du fascisme et du nazisme. On n’a rien vu venir. On était en train de chanter des lendemains nouveaux, et quatre ans plus tard on avait les nazis à nos portes.

F.A : Les thèmes que vous abordez dans ce film comme le chômage, la précarité, la montée de l’antisémitisme sont encore d’actualité…

C.B : Ce n’était pas voulu. La France a connu pas mal de période de crise et je me suis jamais dit « Tiens, cela ferait bien d’en parler ». Parfois, le scénario colle

à l’air du temps ou même la précède. Je me souviens qu’avec les Choristes, les gens me disaient que les enfants n’aimaient pas du tout les chœurs. Résultat, le film a tellement marché que les chorales se sont multipliées et déringardisées. Et puis, ce n’est pas parce qu’on situe une histoire dans le passé qu

‘elle n’évoque que des problématiques passées. Comme disait Sacha Guitry, « interrogez le passé, il répond présent ». Si j’ai choisi la période de 1936, c’est aussi dans une démarche esthétique. J’avais envie de tout filmer de cette époque.

F.A : En parlant d’esthétisme, vous avez choisi un Américain, Tom Stern, comme directeur de la photographie pour ce film très parisien, pourquoi ce choix ?

C.B : Il vit en France dans le sud-ouest. Quand j’ai appris qu’il était là-bas, j’ai tenté ma chance car j’admirais beaucoup son travail dans les nombreux films de Clint Eastwood comme dans  Mystic River ou Million Dollar Baby. Une fois, qu’il a lu mon scénario, il a tout de suite accepté.

F.A : Avec ce film, vous mettez en scène la capitale française. Est-ce plus facile de vendre aux Américains un film sur Paris ?

C.B : Paris est peut-être un produit d’appel, mais sincèrement, j’ai fait ce qui me plaisait. On ne peut jamais savoir ce qui plaît aux Américains. Par exemple, qui aurait pu penser qu’Entre les murs (ndlr, de Laurent Cantet) puisse plaire aux Américains ? Je fais des films qui sont universels pour toucher un maximum de gens.

F.A : Faubourg 36 a été acheté par des distributeurs américains. Qu’est ce cela fait d’être présent sur un marché aussi convoité ?

C.B : Cela fait toujours plaisir. Un cinéaste qui vous dit ne pas avoir envie de vendre son film aux Américains ment ! On a tous vraiment envie que ce soit acheté ici. C’est une vraie récompense !

F.A : À quand une comédie musicale à Broadway ?

C.B : J’ai quelques propositions pour faire une adaptation des Choristes sur scène. On est en train d’en discuter !

Infos pratiques

Paris 36 (2008). De Christophe Barratier. Avec Gérard Jugnot, Nora Arnedezer, Clovis Cornillac et Kad Merad. 120 min.

Retrouvez notre dossier rendez-vous with French Cinema

www.france-amerique.com/articles/2009/03/04/le-cinema-francais-a-les-idees-noires.html

www.france-amerique.com/articles/2009/03/05/tokyo.html

www.france-amerique.com/articles/2009/03/09/costa-gavras-nous-exploitons-tous-les-immigres.html

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