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Christophe Honoré, l’insoutenable légèreté d’aimer

Avec Les Biens Aimés, suite logique des Chansons d’amour, Christophe Honoré explore les errances du sentiment amoureux et de sa transmission filiale. Du printemps révolutionnaire tchèque à l’automne sidéen anglais, le duo Catherine Deneuve/Chiara Mastroianni, mère et fille dans la vraie vie comme à l’écran, incarne le passage d’une génération libre d’aimer à la défaite de l’insouciance.

Dans les années 60, la mère (Ludivine Sagnier), libertine de coeur, embrasse l’amour libéré des contraintes et des conventions. Faisant fi des interdits (adultère, divorce, etc), elle brise tous les tabous en féministe qui s’ignore. Trente ans plus tard, le temps a passé mais Madeleine (maintenant interprétée par Catherine Deneuve) a conservé ses habitudes de jeunesse. Tandis que sa fille Vera (Chiara Mastroianni), héritière malheureuse de cette liberté sexuelle, s’épuise dans une impasse amoureuse avec un musicien homosexuel et séropositif.

Chronique lyrique de la défaite de l’amour libre, Les Biens Aimés met en avant le gouffre intergénérationel de la filiation amoureuse. “Ce qu’interroge le film, c’est la reconduction des histoires d’amour de nos parents, issus de la génération de Catherine Deneuve, explique Christophe Honoré, de passage à New York pour la sortie du film en salles américaines. L’apparition du sida dans les années 80/90 a mis un terme à cette légèreté sexuelle. Soudain, reconduire les pratiques de nos parents est devenu impossible. Leur modèle amoureux s’est fracassé contre cette réalité qui est la nôtre.”

Des années yéyé au 11-Septembre, l’effondrement des coeurs suit quarante ans de transformation du monde. “Je n’avais pas pour ambition de réaliser une fresque historique. Les parcours des personnages sont jalonnés par quelques événements historiques comme l’entrée des chars russes à Prague, le sida, le 11-Septembre. Mais à aucun moment il n’y a l’intention de raconter la grande Histoire par le biais de la petite histoire. Ce qui m’intéressait surtout dans cette période longue, c’est l’idée de travailler le rapport amoureux avec le temps.”

L’anamour

Question subsidiaire : quel décryptage du monde réel propose ce cinéma chanté – le film contient pas moins d’une douzaine de chansons – au spectateur ? Dans une tentative de réponse, le cinéaste met de côté les sciences sociales, leur préférant la littérature. “J’appartiens à cette famille du cinéma français pour qui le réalisme est plus de l’ordre littéraire que sociologique”, affirme-t-il. “Le film suit les héroïnes pendant quarante ans, mais la fiction réaliste déraille souvent. Déjà par le fait des chansons d’Alex Beaupain, qui cassent constament l’illusion réaliste. On est davantage dans un  d’impressions que dans une réalité semblable ou crédible.”

Entre fantaisie et gravité, Les Biens Aimés chante donc l’amour et la mort sous forme de poème. La légèreté du début, résumée par la mère et sa fille dans ces paroles sur le quai d’une gare, laisse place au doute et à la mélancolie : “Telle fille, telle mère/Je suis restée/Une femme légère/Pour m’éviter/Le poids du coeur et ses mystères”. Le cinéma de Christophe Honoré est avant tout littéraire. Il s’intéresse aux contradictions des individus. Il scrute leur for intérieur. Le tout sous influence assumée de Truffaut pour l’esthétisme, de Gainsbourg pour la bande-son et d’une nostalgie de la souffrance, si chère à Kundera.

Les Biens Aimés (Beloved) de Christophe Honoré, en salles américaines  vendredi à partir du 17 août. Avec Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Ludivine Sagnier, Louis Garrel, Milos Forman, Paul Schneider, Rasha Bukvic, Michel Delpech, Omar ben Sellen et Dustin Segura-suarez. Genre : Comédie dramatique – Nationalité : Français. Durée : 2h19min – Année de production : 2011

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