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Christophe Lambert : « Je ne suis pas immortel, mais entre “action!” et “coupez!”, j’y crois »

Christophe Lambert, héros de Highlander et Subway était présent au festival Focus on French Cinema de Purchase, New York qui s’est clôturé dimanche.
L’acteur franco-américain accompagnait sa compagne et invitée d’honneur Sophie Marceau. Il sera bientôt à l’affiche de White Material de Claire Denis avec Isabelle Huppert.

Christophe Lambert, le maladroit qui vient de briser une coupe de champagne, peut aisément passer pour l’homme le plus chanceux de la soirée. Surtout lorsque sa compagne, Sophie Marceau, glisse ses doigts dans les cheveux ébouriffés du coupable ou l’embrasse pour le consoler. Pas de dégâts donc, mais beaucoup de jaloux, tant l’actrice française invitée d’honneur du 5e festival Focus on French Cinema de Purchase, New York, est apparue, lors  du  gala vendredi, belle mais accessible aux spectateurs d’une salle comble et sous le charme.  À ses côtés, détendu, Christophe Lambert, qui ne la quitte plus depuis leur rencontre sur le tournage de La disparue de Deauville (2007), qu’elle a réalisée,  suivait le  mouvement. Elle a été séduite, a-t-elle expliqué lors d’une séance de questions-réponses avec le public, par sa personnalité solaire et son énergie. Sophie Marceau et Christophe Lambert ont d’ailleurs volontiers parlé de leur rencontre, de leur connexion devant la caméra et hors champ,  et de leur plaisir de partager l’affiche d’un autre long-métrage, L’Homme de chevet.

Si Sophie Marceau était sans conteste la star du festival, Christophe Lambert, 51 ans, en était l’énigme. L’interminable filmographie de l’acteur franco-américain, né à Great Neck, New York, se feuillette en effet comme un catalogue hétéroclite d’oeuvres cultes –   Greystoke , Highlander ou Subway -, de série B – Fortress -, de navets – Corrupt -, de bijoux – Max et Jeremie – et d’erreurs de casting invraisemblables –Vercingétorix… On s’y perd,  mais lui s’y retrouve très bien : il refuse de hiérarchiser ses rôles, il les vit. Reste cependant que la passion  qui l’habite lorsqu’il évoque White Material de Claire Denis (Chocolat,  1988,  35 Rhums, 2008) tourné au Cameroun avec Isabelle Huppert, dont la sortie est prévue cette année, laisse deviner que certaines expériences comptent finalement plus que d’autres.
Entretien avec un acteur qui fait son métier sérieusement, à condition qu’il ait du plaisir…

Découvrez aussi l’interview de Isabelle Huppert, présidente du jury du festival de Cannes, dans le numéro de mai de France-Amérique. Pour vous abonner, cliquez ici.

Lors de votre rencontre avec le public du Focus on French Cinema samedi, vous avez dit que vous adoriez être dirigé par les femmes. Comment s’est passé le tournage de White Material avec Claire Denis?

Claire Denis  est une toute petite femme mais c’est une grande réalisatrice. Très atypique et personnelle. Versatile. Je n’ai pas l’habitude de tourner avec des gens comme ça. Elle avait des demandes qui aurait pu passer pour des caprices. Mais elles étaient toujours justifiées. Dans les premiers jours de tournage, elle me faisait venir sur le plateau, prêt, habillé et maquillé et pendant deux-trois jours, je ne tournais pas… J’étais sur ma chaise. Et puis, après trois ou quatre jours, tout à coup elle a changé la scène que les autres acteurs  tournaient et m’ a dit « Christophe, viens maintenant ! » C’est sa démarche. Au moment où elle a sa vision de la scène elle a besoin de la disponiblité immédiate de l’acteur.
J’ai passé un moment extrêmement différent de ce que j’ ai l’habitude de vivre. C’est un film qui traite de situations  violentes qui  sont  d’ actualité  dans  certains  pays  troublés d’Afrique.
C’est un metteur en scène incroyablement respecté que tous les festivals ont envie d’avoir. On  parle d’une sélection à la Mostra de Venise pour ce film…

Votre carrière est assez  difficile  à cerner. D’un film à l’autre, de la France aux États-Unis, il ne semble pas y avoir de stratégie…

C’est en fin de compte la nature de ce métier. Les choix qu’on fait, ce qu’on vous propose…  J’ai démarré avec un film américain, Greystoke (Hugh  Huston, 1984), puis j’ai fait deux films français dont Subway (Luc Besson, 1985)… Ensuite, j’ai enchaîné des films américains… Il y a eu aussi Max et Jeremie (Claire Devers, 1992), un film que j’aime énormément. Aujourd’ hui, je fais ce choix de sortir du pur film d’action ou de fantaisie pour aller vers un cinéma qui a plus de profondeur ou de sensibilité. J’ai envie de ça.

En même temps vous reprenez votre rôle de Raiden pour Mortal Kombat adapté d’un jeu vidéo.

Dans ce métier, on ne peut pas se prendre au sérieux. Cela ne veut pas dire qu’on fait son travail sérieusement. Mais il faut du plaisir pour pouvoir le faire bien. Je ne me balade pas dans la rue en croyant que je suis Raiden le dieu du tonnerre. De même, je ne suis pas immortel, je ne me trimballe pas dans la rue avec une épée… Simplement entre « Action » et « Coupez », j’y crois. Comme un enfant qui joue aux cow-boys et aux indiens. Donc je crois autant au personnage de Raiden qu’à celui de propriétaire d’une plantation de café que j’incarne dans White Material. C’est ainsi que je travaille. Quelques minutes avant la scène, je deviens le personnage. Une fois qu’elle est terminée, je sors de mon personnage pour redevenir moi-même.

Jean-Michel Ribes, également invité de Focus on French Festival pour son film Musée haut, musée bas a longuement parlé de sa conception du théâtre.  N’avez-vous jamais été tenté par la scène?

On m’a proposé des pièces mais je suis très impatient de nature. J’aime l’idée d’être sur un tournage pendant deux, trois mois… Et  faire autre chose entre les prises. Je ne crois pas avoir la faculté de me concentrer trois ans sur le même projet ou de me dire que je vais aller au théâtre pendant six mois pour répéter les mêmes choses. Tous les acteurs  qui ont fait du théâtre, me disent que c’est une expérience fabuleuse, qu’il y a une poussée d’adrénaline à cause du contact avec le public. J’en suis convaincu. L’écran de cinéma impose une distance avec le spectateur. Il interdit un contact qu’autorise le théâtre. Mais franchement, je ne me vois pas deux heures ou trois heures sur scène…  Par contre, je trouve ce que dit Jean-Michel Ribes sur le besoin de laisser une forme de liberté au théâtre très intéressant et juste.

Quel souvenir gardez-vous de votre collaboration avec Isabelle Huppert ?

Quand on a la chance de pouvoir travailler avec des acteurs de ce calibre, c’est simple… C’était le cas aussi avec Philippe Noiret. Il n’y a pas d’efforts. Un grand être humain et acteur c’est quelqu’un qui donne constamment. C’est plutôt lorsque l’on n’est pas en face de gens comme cela qu’il faut faire dix fois plus d’efforts. Dans ce métier on n’a pas le choix, il faut regarder l’autre et s’oublier. C’est ce que donne l’autre qui fait qu’on peut, parfois, être « pas mauvais ».

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