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CIA : le film sur Ben Laden exagère le rôle des interrogatoires musclés

Le directeur de la CIA par intérim Michael Morell estime que le film sur la traque de Ben Laden exagère le rôle qu’ont joué les techniques d’interrogatoire musclées utilisées sur certains détenus pour localiser le chef d’Al-Qaïda, selon un message obtenu samedi par l’AFP.

Ces techniques, dont certaines sont assimilées à de la torture, comme la simulation de noyade, ne constituent pas la seule source d’information, a insisté M. Morell, pressenti pour devenir le prochain directeur de la CIA en remplacement de David Petraeus démissionnaire. Il s’est adressé, dans ce message diffusé vendredi, aux employés de la puissante agence de renseignement américaine, pour rectifier des contre-vérités apparues selon lui dans “Zero Dark Thirty”, le nouveau film de Kathryn Bigelow, déjà cité par la critique comme possible Oscar.

“Le film donne vraiment l’impression que les techniques d’interrogatoire renforcées qui faisaient partie de notre ancien programme de détention et d’interrogatoire ont été cruciales pour trouver Ben Laden. Cette impression est fausse”, déclare ainsi Michael Morell. Ces techniques ont été interdites en 2009 par le président Barack Obama.

Il a souligné que de “multiples sources” avaient permis de localiser le chef de l’organisation extrémiste, qui a été abattu le 1er mai 2011 dans sa cache d’Abbottabad au Pakistan. “Certaines (de ces informations) proviennent de détenus soumis à des techniques renforcées mais il y a eu bien d’autres sources également”, a poursuivi le responsable de la CIA.

L’ancien directeur de la CIA Michael Hayden avait écrit, le 2 juin 2011, dans une tribune du Wall Street Journal, qu’un “composant clé” de l’information ayant mené à Ben Laden “était une information fournie par trois détenus de la CIA, qui avaient tous été soumis à une forme d’interrogatoire renforcé”.

Jose Rodriguez, qui supervisait les opérations antiterroristes de l’agence, avait lui aussi indiqué le 30 avril 2012 dans le Washington Post que la traque de Ben Laden “avait découlé d’informations obtenues de terroristes endurcis ayant accepté de nous dire en partie (mais pas en totalité) ce qu’ils savaient après avoir été interrogés avec des méthodes rigoureuses mais légales”.

M. Morell souligne par ailleurs dans son message que le film “prend des libertés considérables en dépeignant les agents de la CIA et leurs actions” et ne peut en aucun cas être considéré comme un “documentaire”. Il précise que la CIA a collaboré avec ses auteurs mais ne peut pas “contrôler le produit final”: “Zero Dark Thirty est une dramatisation et non un portrait réaliste des faits”.

Trois ténors du Sénat américain, dont l’ancien candidat républicain à la Maison blanche John McCain, ont également critiqué le film pour les mêmes raisons, dans une lettre cette semaine au PDG de Sony Pictures Michael Lynton. “Nous croyons que vous avez l’obligation d’affirmer que le rôle de la torture dans la traque (de Ben Laden) n’est pas fondé sur des faits, mais relève plutôt de la fiction narrative du film”, ont-ils écrit.

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