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Claude Chabrol, cinéaste novateur et chroniqueur ironique de la bourgeoisie

Claude Chabrol, un des créateurs de la Nouvelle Vague et satiriste inlassable de la bourgeoisie, est mort dimanche après avoir donné au cinéma français certains de ses plus grands films des 50 dernières années.

Selon son entourage, il serait décédé à l’hôpital parisien de l’Hôtel Dieu, mais ni la direction de l’Assistance publique des Hôpitaux de Paris, ni la direction de l’établissement n’a été en mesure de confirmer l’information. Fin août il avait dû décliner une invitation aux Rencontres cinématographiques de Cavaillon. Selon le site du quotidien laprovence.fr, “Claude Chabrol, qui tenait pourtant “absolument à participer” a ce “discret évènement” consacré au cinéma avait été contraint d’annuler sa venue. Cloué au lit à l’époque par une violente cruralgie, le cinéaste, avait même dû être hospitalisé à Paris, selon le même site.
Amoureux de cuisine, de personnages “monstrueux” et de littérature, il symbolise un cinéma “à la française”, à la fois psychologique et social, le plus souvent réalisé sur un ton sarcastique. “Son oeuvre prolixe et empreinte d’ironie, dissèque sans concession, souvent avec crudité et férocité, les bassesses et les abjections de l’âme humaine, mais aussi le désespoir des êtres happés par la fatalité et emprisonnés dans des jeux de pouvoir”, a dit de lui Véronique Cayla, présidente du Centre national du cinéma (CNC).

Chabrol a dépeint avec délectation les travers des notables de province, usant d’une cruauté ironique pour décrire scandales étouffés ou secrets de famille. Ces hypocrisies, destinées à préserver une respectabilité de façade, visiblement l’exaspéraient. Pour le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand, Chabrol était un “analyste subtil, drôle et féroce (…) doué d’un regard à la fois malicieux et foudroyant, il était l’anticonformiste par excellence, un maître de l’ironie”. “Nul mieux que lui a su, sur un mode décapant et parfois féroce, mettre en scène l’hypocrisie et la veulerie d’une certaine bourgeoisie”, a réagi un de ses prédécesseurs, Jack Lang, à l’annonce de sa disparition.
Fin des années 50, avec Jean-Luc Godard et François Truffaut, il a créé la Nouvelle Vague. “Le Beau Serge” est son premier film et le premier film de quelque importance de la Nouvelle Vague, sorti en 1959, juste avant “A bout de souffle” de Godard. Des décennies plus tard, Chabrol jugera son film (l’histoire de deux amis d’enfance aux destins différents) “insupportable”. 
Pour Claude Lelouch, “Chabrol représente à la fois une révolution et une tradition. Un fois consacré, il est revenu à un cinéma de tradition et c’est tout à son honneur”. Ce sont d’ailleurs souvent les femmes qui ont été les véritables héroïnes de ses films. Avec “Violette Nozière” (1978), l’empoisonneuse parricide des années 30, il contribuera à révéler le talent de l’actrice Isabelle Huppert. Claude Chabrol lui confiera le rôle principal dans cinq autres films, dont “Une Affaire de femmes” (1988), “La Cérémonie” (1995) et “Merci pour le chocolat” (2000). “De film en film j’étais devenue une sorte de double de lui, de sa pensée, de ce qu’il avait envie d’exprimer”, a-t-elle dit en lui rendant hommage.

Il a partagé sa vie plus de quinze ans avec une de ses comédiennes favorites, Stéphane Audran, de 1964 à 1980. Elle a tourné dans une vingtaine de ses films et lui a inspiré certains de ses plus beaux personnages (Les Biches, La femme infidèle, Le boucher, Betty, etc.). Chabrol, chez qui Nicolas Sarkozy voyait “de la truculence” et “du Rabelais”, affirmait: “La différence entre le gourmet et le gourmand me fait bien rigoler, il faut savoir être les deux!”. Pour lui, “Manger et travailler bien, c’était la même chose”.

 

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