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Coco Chanel : la mode en toute liberté

« Mademoiselle » Chanel n’en est plus à un hommage près, mais 2009, qui ne lui consacre pas moins de deux biopics, semble plus que jamais l’année de Coco. Entre Coco avant Chanel de Anne Fontaine, sorti le 22 avril dernier et Coco Chanel & Igor Stravinsky de Jan Kounen qui doit sortir prochainement, retour sur l’histoire de ce « petit cygne noir » qui a fait entrer la femme dans l’ère moderne.

Née Gabrielle Chanel, Coco Chanel voit le jour le 19 août 1883 à Saumur, en Maine-et-Loire. Une enfance pénible marquée par la mort précoce de sa mère et l’abandon de son père, parti faire fortune en Amérique.
Elle a dix-huit ans lorsqu’elle est confiée  aux dames chanoinesses de Moulins (Allier) qui lui apprennent le métier de couseuse  mais aussi la rigueur et le rejet des choses de luxe.

En 1903, habile à manier le fil et  l’aiguille, Gabrielle est placée dans une  maison spécialisée en trousseaux. Quatre ans plus tard, rejetant le sort de cousette, elle part à Vichy chez son oncle et, en quête d’aventures, monte sur la scène d’un caf’conc’, le Beuglant de la Rotonde. Elle se produit en spectacle devant un public d’officiers qui la surnomment Coco parce  qu’elle n’a pas sa pareille pour chanter la chanson populaire de Baumaine et Deransart, « Coco dans l’Trocadéro, Qui qu’a, qui qu’a vu Coco ? » Ce nom lui restera et fera le tour  du monde.

Petite et très mince, le visage expressif, elle séduit un des officiers, Étienne Balsan,  homme du monde, éleveur de chevaux qui lui fait découvrir la grande vie dans  son château de Royallieu (Yvelines). Elle a  vingt-cinq ans, elle s’ennuie auprès de son  protecteur, toutefois, c’est par lui qu’elle fait  la connaissance d’un joueur de polo anglais, Arthur Capel, surnommé « Boy », fabuleusement riche et qui sera son grand amour. Sa liaison durera dix ans jusqu’à la mort accidentelle de «Boy» en décembre 1919.

On peut être de mœurs très libres et n’être pas tentée par la carrière de demi-mondaine : Coco décide de travailler pour  être indépendante. Se rappelant les enseignements des dames de Moulins, qui lui avaient  appris le maniement du fil et de l’aiguille,  elle s’imprègne des leçons prodiguées par Lucienne Rabaté, la célèbre modiste et se  confectionne des chapeaux originaux, posés bas sur le front qui contrastent avec les  créations du moment ornées de grandes plumes d’autruche. De même, pour assister aux courses mondaines, elle ignore les robes à froufrous de ses contemporaines maintenues par des corsets, leur préférant ses  propres réalisations. Toujours simplement et confortablement habillée, d’une extrême minceur, elle est très piquante. Sa silhouette androgyne ne passe jamais inaperçue. Son grand ami Jean Cocteau l’a décrite ainsi : « Elle a la tête d’un petit cygne noir. » 

En 1910, sur les conseils de « Boy » et avec l’argent de ce dernier, elle ouvre une boutique de mode dans la garçonnière d’Étienne Balsan, boulevard Malesherbes à Paris et durant l’été 1913, une autre à Deauville, suivie deux ans plus tard par l’inauguration à Biarritz de sa première  maison de couture, Chanel Modes, où elle propose aux femmes une silhouette épurée  dans des vêtements sans chichis et confortables, ponctués par des bijoux de fantaisie.

« Jetez vos corsets !
»

Coco est la première à avoir compris les  profonds changements du siècle. Elle sait intuitivement que les femmes préfèrent des  vêtements élégants de ligne et de coupe  indiquant le confort et non la richesse.  « Chaque froufrou rejeté rajeunit la femme ! »  décrète-t-elle. Elle veut que la femme, rejetant gaines et corsets, se sente libre de ses  mouvements.

On raconte que lors d’un entr’acte à  l’opéra, Chanel observait les femmes paradant dans des fourreaux de couleurs vives  où les avait enfermées Poiret et indignée,  elle aurait déclaré : « Ça n’peut plus durer ! Je  vais toutes les foutre en noir ! »  Elle lance la mode des jupes gracieuses  s’arrêtant aux genoux, des ensembles cardigan, des petits tailleurs et des robes noires, au grand dam des couturiers comme Paul Poiret qui méprisait ses créations. « Elle  transforme les femmes en petites télégraphistes sous-alimentées », avait-il déclaré, avant de  reconnaître amèrement plus tard : « Nous aurions dû nous méfier de cette miss à la tête de jeune garçon, qui allait tirer des robes, des coiffures, de son chapeau de magicien ! » Aux yeux de Poiret, les innovations de Coco pouvaient passer pour de la magie. Elles n’étaient que du bon sens.

Sa petite robe de jersey qui fit fureur dans le monde entier ? Elle serait née sur un champ de courses, le jour où Coco emprunta à « Boy » un jersey de joueur de polo, parce qu’elle avait froid ! Elle eut l’idée d’y mettre une ceinture, de relever les manches : l’effet était charmant ! Elle en fit faire de semblables pour les femmes et ces modèles connurent un immense succès. Étant donné la pénurie de tissus pendant et après la Première Guerre mondiale, Coco sut s’adapter. Elle acheta à Rodier des pièces entières de jersey utilisé à l’époque uniquement pour les sous-vêtements masculins, les tricots de corps pour soldats ou les sweaters de lads.
Les bijoux de fantaisie qu’elle fut la première à lancer sur la scène de la mode ? Un de ses amants, le duc de Westminster Hugh Grosvenor, l’homme le plus riche d’Angleterre, lui avait fait don d’une collection de bijoux. D’esprit pratique, elle en fit faire des reproductions qu’elle porta  mais plaça les originaux dans un coffre-fort.  En collaboration avec les artistes François Hugo et surtout Paul Iribe, elle mit au goût du jour les bijoux fantaisie que ses clientes s’arrachaient.

La mode des cheveux courts à la garçonne ? Coco se préparait pour une soirée de gala à l’opéra lorsque son chauffe-eau éclata, enduisant sa longue chevelure d’une couche de suie ! Faisant fi  des critères de beauté de l’époque, Coco s’empara d’une paire de ciseaux et se coupa les cheveux. Ce soir-là, jamais elle n’avait paru plus belle avec ses cheveux noirs coupés « à la garçonne » et sa simple tunique blanche.

Alors que la mode pour les femmes était d’arborer un teint très clair, Coco introduisit celle du teint bronzé à la suite d’une croisière en Méditerranée sur le yacht d’un de ses amants. De même le twin-set cardigan, la ceinture de cuir, les pantalons marins, la robe du soir courte, le petit canotier, le manteau relax avec de grandes poches fourre-tout sont des inventions issues de son esprit fertile et de son sens pratique.

Ses liaisons masculines alimentent aussi son inspiration. Elle crée des robes à motifs slaves lorsqu’elle a une liaison amoureuse avec le grand-duc Dimitri Pavlovitch, cousin du dernier tsar. Elle emprunte également à son amant le duc de Westminster, des éléments du costume masculin britannique, tels le chandail, la pelisse, le béret de marin, la veste en tweed qu’elle adapte à la panoplie de la femme qu’elle souhaite moderne et dynamique, alliant confort et chic.

Son plus grand succès fut sans conteste le lancement de son parfum Chanel N°5. De nos jours, toute vedette se doit d’avoir un parfum qui symbolise sa personnalité. Mais c’est Coco Chanel qui fut une des premières avec Paul Poiret à lancer cette idée. Avec l’aide du « nez » Ernest Beaux, elle conçoit en 1921 un parfum auquel elle donnera simplement le numéro 5, son chiffre favori. En réaction contre les parfums romantiques capiteux de Poiret, elle opte pour une odeur très légère. Lorsqu’on lui demande pourquoi elle n’avait pas créé un parfum à l’odeur de fleur, elle a cette réplique : « Les femmes sont pas des fleurs ! Pourquoi sentiraient-elles comme des fleurs ? »

En 1918, elle est à la tête d’une des plus importantes maisons de couture de l’époque, (21, rue Cambon) employant plus de 3000 personnes ; elle est en mesure de rembourser « Boy ». Dès 1930 son chiffre d’affaires est de 120 millions de francs (une somme considérable à l’époque !) En 1939, son entreprise peut faire face à 28 000 commandes par an ! Elle ouvre sa propre usine pour fabriquer son parfum et s’associe aux propriétaires de la marque Bourjois, les frères Wertheimer.

Tel le Phénix…

À l’annonce de la Deuxième Guerre mondiale, elle ferme subitement sa maison de couture, licencie presque tout le personnel. Installée à l’Hôtel Ritz, place Vendôme, juste à côté de sa maison de couture, parmi ses paravents de Coromandel et les lions qu’elle collectionnait (elle est née sous le signe du Lion), elle vit de 1941 à 1944 avec un offi cier nazi Hans Gunther von Dincklage. À la Libération, seule l’amitié de Churchill, connu lors de sa liaison avec le duc de Westminster, lui évite la prison.

Toutefois, accusée d’antisémitisme, déshonorée, elle quitte la France pour vivre dix ans en Suisse au bord du lac Léman. En 1954, à l’âge de soixante-et-onze ans, elle resurgit à Paris ayant accepté de rouvrir sa maison de couture sur les instances des frères Wertheimer qui comptent sur elle pour relancer la vente des parfums. Sa première collection est mal accueillie dans la mesure où elle est à contre-courant du New Look prôné par Christian Dior : tailles étriquées, jupes entravées, tout ce qu’elle détestait ! Peu à peu, grâce aux acheteurs américains et à la presse féminine qui lui rend hommage, Coco retrouve l’approbation des femmes.

Elle lance alors le tailleur de tweed gansé, complété par une blouse de soie dans le même tissu que la doublure. La nouvelle silhouette de Chanel devient un classique copié dans le monde entier. Elle habille les actrices Romy Schneider, Delphine Seyrig (dans l’Année dernière à Marienbad en 1961), Jeanne Moreau (dans Les Amants en 1958). Jackie Kennedy portait un tailleur Chanel rose lors de la tragédie de Dallas en 1963.

Mais « Mademoiselle » comme elle se fait appeler, devenue sèche et acariâtre, s’enferme dans son monde de défilés, d’essayages et travaille sans arrêt. Le 10 juin 1971 à l’âge de quatre-vingt-sept ans, elle s’éteint dans sa suite de l’hôtel Ritz où elle s’était installée pour être plus près de sa maison de couture. Elle est enterrée dans le cimetière de Bois-de-Vaux à Lausanne, en Suisse.

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