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Colère et détresse des Roms à Montreuil après une nouvelle expulsion

Les Roms interpellés samedi matin après l’évacuation d’un bâtiment à Montreuil ont été libérés dans l’après-midi avec obligation de quitter le territoire français (OQTF), après une manifestation en leur faveur aux abords du commissariat.

Parmi les seize personnes interpellées, toutes ont fait l’objet d’une OQTF, a précisé une militante de Réseau éducation sans frontières (RESF). Peu avant, plusieurs enfants s’étaient regroupés avec leurs mères près du commissariat, criant “libérez nos papas!”. “Ils sont arrivés à 6H00, défonçant la porte et criant. Ils nous ont ordonné de sortir, sans nous laisser le temps de manger ou de nous laver”, raconte une des femmes, Gabi, aux côtés d’une quarantaine de manifestants.
Selon leurs témoignages, environ 70 personnes se trouvaient depuis deux jours dans le bâtiment évacué, une maison cossue inoccupée depuis plusieurs années. Ces Roms “avaient déjà été expulsés fin juillet d’une autre maison et sont restés deux semaines sur un terrain de football”, précise Danielle, qui se présente comme “une citoyenne militante”. “Ils nous ont séparés, mettant les hommes d’un côté, les femmes et les enfants de l’autre, nous menaçant de nous enlever nos enfants dès que nous tentions de protester, et ils ont embarqué tous les hommes”, poursuit Gabi. “Nous ne sommes pas des voleurs”, ajoute-t-elle, disant sa peur d’être envoyée en Roumanie. “Nous n’avons rien là-bas, pas de maison, même plus de famille”, dit-elle, affirmant que ses enfants sont scolarisés à Montreuil.
Un peu plus tôt, Fabienne Vansteenkiste, adjointe (Verte) à la mairie, a dénoncé “cette nouvelle expulsion (qui) se fait sans offrir de solution”. “Le comportement du préfet est irresponsable et oblige la mairie à se substituer aux services de l’Etat”, a-t-elle ajouté, précisant que la mairie allait reloger provisoirement les expulsés dans un gymnase. “Mais ensuite, que deviendront-ils?”, s’interroge Danielle, la militante.

Autour du petit groupe, les réactions varient. Si à la fenêtre d’un riverain apparaît une banderole “Solidarité avec les Roms”, certains passants se montrent plus véhéments à leur encontre. “Ces dernières semaines, on sent une montée réelle de l’expression du racisme et de la xénophobie”, affirme une déléguée syndicale des agents municipaux de Montreuil.

Le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux a indiqué jeudi que plus de 40 camps illégaux de Roms avaient été démantelés en 15 jours, soit “700 personnes” qui “devraient être reconduites dans leur pays d’origine”, Roumanie ou Bulgarie. Il doit recevoir “la semaine prochaine” à Paris deux membres du gouvernement roumain, le secrétaire d’Etat chargé de la Réinsertion et celui chargé de l’Ordre et la Sécurité publique. Cette accélération des expulsions “accentue l’errance et la précarité” des gens concernés, a déploré samedi auprès de l’AFP Michèle Mézard, du collectif RomEurope. Certains, dans la région de Saint-Etienne, “se cachent désormais dans les bois”, a-t-elle ajouté.
“On expulse les gens, et après c’est : ‘Débrouillez-vous !'”, confirmait le docteur Bernard Moriau, de Médecins du Monde. De son côté, le député UMP villepiniste de l’Hérault Jean-Pierre Grand a dénoncé samedi, dans une déclaration à l’AFP, une “politique de démembrement des camps illégaux (qui) tournait à l’ignoble”. “Peut-on être un député de la République et laisser faire cela sans réagir quand on découvre que les forces de l’ordre trient les familles, les hommes d’un côté, les femmes et enfants de l’autre, avec menace de séparer les mères et les enfants?”, s’est insurgé l’élu.

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