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Collection YSL-Bergé: les bronzes antiques relance une polémique historique

Un collectionneur d’art chinois avait créé la surprise lundi en annonçant avoir acheté les deux bronzes chinois vendus la semaine dernière lors de la dispersion de la collection Yves Saint Laurent-Pierre Bergé, tout en affirmant ne pas vouloir payer. Mardi, la polémique se poursuivait.

Cette annonce représente un coup de théâtre dans la saga des têtes de rat et de lapin pillées il y a près de 150 ans au Palais d’été de Pékin par les troupes franco-britanniques et devenues le symbole de l’humiliation coloniale de la Chine, qui en réclamait la restitution.

La fameuse réponse de Pierre Bergé à cette réclamation, mentionnant qu’il serait ravi de rendre les oeuvres à la Chine, à la condition que celle-ci respecte les droits de l’Homme et l’indépendence du Tibet, avait excité les foudres du pays.

Mais le coup de théâtre provoqué par l’acheteur chinois des deux bronzes réclamés par la Chine a entraîné mardi une polémique en Chine: si certains y voient un acte de patriote, d’autres le considèrent comme un coup porté à la crédibilité internationale du pays: “l’acheteur chinois se moque de Christie‘s”, constate, en une, le Global Times, relais des opinions les plus nationalistes, tandis que pour le China Daily, quotidien officiel en anglais, Cai est “un collectionneur et un patriote”. interrogé par le Beijing Times, un haut responsable du ministère de la Culture, Zhao Yu, a, lui, critiqué l’attitude de Cai: “le fait que Cai Mingchao soit revenu sur sa parole signifie en réalité qu’il a nui à la crédibilité dont jouissaient les Chinois dans les ventes aux enchères internationales”.

“Je crois que n’importe quel Chinois se serait levé à ce moment précis… J’essaie de tout faire pour faire face à mes responsabilités”, a dit, lisant un communiqué, l’acheteur, Cai Mingchao, lors d’une conférence de presse à Pékin. “Mais je dois souligner que l’argent ne peut pas être versé”, a ajouté M. Cai, qui dirige une maison d’enchères basée à Xiamen (sud-est).

M. Cai est connu sur le marché de l’art. En 2006, il avait acheté pour près de 15 millions de dollars une statue de Boudhha de l’époque Ming, lors d’enchères à Hong Kong.

“Depuis que la vente a eu lieu, il y a eu beaucoup de spéculations pour savoir qui était l’acheteur, j’annonce que l’acheteur est un Chinois qui doit être admiré”, a indiqué pour sa part Niu Xianfeng, directeur adjoint du Fonds du patrimoine national de Chine, un organisme semi-gouvernemental qui tente depuis 2002 de récupérer des oeuvres d’art pillées et cosigne le communiqué.

“Nous voulons de nouveau souligner, comme l’a fait Cai Mingchao, que cet argent ne peut pas être versé”, a-t-il ajouté.

Les deux hommes ont réfusé de répondre aux questions, renvoyant au texte. Mais le communiqué ne précise pas si M. Cai refuse de payer parce qu’il ne dispose pas de l’argent ou pour une question de principe.

Selon une dépêche en anglais de l’agence Chine Nouvelle, citant M. Niu, le Fonds et M. Cai ont agi ensemble pour saboter la vente. “Le Fonds a été soumis à une grosse pression pour participer aux enchères, mais cela a été une démarche exceptionnelle dans une situation exceptionnelle, qui a réussi à arrêter la vente”, a-t-il expliqué.

Ajoutant à la confusion, Chine Nouvelle, sur son service en chinois, laisse entendre que l’argent pourrait être versé. “Nous sommes toujours dans la période de paiement, on ne sait pas encore si cette vente sera conclue ou non”, a dit M. Niu. Selon le site internet de Christie‘s, l’acheteur dispose de sept jours pour verser l’argent.

Un porte-parole à Pékin de la maison d’enchères, qui appartient à l’homme d’affaires français François Pinault, a indiqué ne pas avoir de commentaire à faire.

Au lendemain de la vente, le gouvernement chinois avait fait part de son courroux, accusant Christie‘s d’avoir vendu à plusieurs reprises des oeuvres chinoises pillées. Les deux pièces faisaient partie d’une fontaine à eau imaginée au XVIIIe siècle par le jésuite français Michel Benoist. L’ensemble jouait sur le thème des 12 animaux du calendrier chinois, devant un des palais de style occidental de l’empereur Qianlong (1735-1795), construit au Palais d’été, dans le nord-ouest de la capitale.

Cinq des 12 têtes — singe, buffle, tigre, cheval et cochon — ont pu être récupérées ces dernières années grâce à des fonds privés. Le Fonds du patrimoine national de Chine avait acquis en 2003 auprès d’un collectionneur américain la tête de cochon. Le groupe Poly, conglomérat dépendant de l’armée, et le milliardaire hongkongais Stanley Ho, ont racheté les autres lors d’enchères.

Le gouvernement chinois réclame leur retour mais refuse de payer.

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