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Comme la dinde ou le sapin, revendre ses cadeaux fait partie de Noël

Plus besoin de ranger en haut du placard le cadeau de Noël indésirable: sur PriceMinister ou Ebay, on peut revendre le dernier Houellebecq reçu en double dès le 24 au soir, une pratique rentrée dans les moeurs qui permet de récupérer un peu de l’argent dépensé pendant les fêtes.

Chez PriceMinister, tout le monde est sur le pont ce 25 décembre. Le site de ventes entre particuliers enregistre un boom de son audience depuis vendredi soir, exceptionnel pour un jour férié. “On s’attend à dépasser les 3 millions de visites dans la journée”, soit deux fois plus qu’une journée normale, indique son PDG Pierre Kosciusko-Morizet. Il ajoute que les mises en ventes devraient se poursuivre à un rythme soutenu jusqu’à début janvier.

Le site d’enchères Ebay s’attend, lui, à un pic de reventes le dimanche 23 janvier, une fois passée la période de festivité qu’il n’estime pas propice à cette pratique. Sept objets devraient être mis en ligne chaque seconde à cette date, qui correspond par ailleurs à la deuxième démarque des soldes, et dont, estime-t-il, les internautes pourront d’autant mieux profiter qu’ils ont réussi à revendre certains de leurs cadeaux de Noël.
Rançon du succès, les best-sellers sont les plus revendus, à commencer par le prix Goncourt 2010, “La Carte et le territoire” de Michel Houellebecq, ou “Indignez-vous”, le petit livre de Stéphane Hessel.
Egalement en tête des reventes, les jeux vidéos à succès, comme “Call of Duty” ou les téléphones portables brutalement ringardisés par l’I Phone 4 d’Apple, visiblement souvent offert à Noël cette année, constate Paul Choppin de Janvry de 2Xmoinscher.com (groupe Trois Suisses), dont l’audience est supérieure de 30% à celle d’un jour férié ordinaire. Les jouets aussi se retrouvent en nombre car les enfants, moins diplomates que leurs parents, n’hésitent pas à dire qu’ils n’aiment pas leur cadeau…

Le phénomène de revente, qui remonte à dix ans, s’est bien installé depuis la crise et, maintenant, il fait partie de Noël”, estime M. Kosciusko-Morizet. A ses yeux, ce système a le mérite d’inciter les gens à prendre des risques quand ils font un cadeau. S’il déplaît, son propriétaire peut toujours le revendre. Mais si la revente des cadeaux de Noël est entrée dans les moeurs (au point que les gens font de plus en plus attention à ne pas les déballer pour pouvoir mieux les vendre), elle reste toutefois difficile à assumer. Ainsi, moins de 15% des Français l’ont avoué à la personne qui le leur a offert, selon une étude de PriceMinister.
La réticence à vendre son cadeau est d’autant plus grande que celui qui l’offre est proche, explique l’anthropologue Dominique Desjeux, professeur à Paris Descartes, qui range les cadeaux en quatre catégories (brûlant, chaud, tiède, froid), selon la proximité avec l’offrant et la “pertinence” du cadeau.
Toutefois, en période de crise, les scrupules ont tendance à s’émousser. Dans ce contexte, les sites de vente en ligne jouent clairement un rôle d’amortisseur, à la manière d’un Mont de Piété ou du Crédit Municipal. Et ceux qui pratiquent la revente se recrutent surtout dans la classe moyenne basse, selon lui.
Comme les vides-grenier, qui connaissent un succès croissant, ces intermédiaires permettent aussi de se débarrasser d’une quantité d’objets, accumulés avec d’autant plus de facilité qu’ils ne coûtent plus grand chose. “Les gens ne peuvent plus absorber tout ça, ils ont besoin de faire circuler les objets”, estime l’anthropologue.

 

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