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Condamnation unanime d’une vidéo américaine, pas de cessez-le-feu taliban

Une vidéo de soldats américains urinant sur des cadavres de talibans présumés a été unanimement condamnée jeudi en Afghanistan, attisant les tensions alors que les rebelles annonçaient la poursuite des combats en dépit des perspectives de discussions de paix avec Washington.

Cette vidéo amateur, vraisemblablement filmée lors d’une opération en Afghanistan, montre quatre hommes vêtus d’un uniforme américain qui, hilares, urinent sur trois corps ensanglantés, conscients qu’une autre personne est en train de les filmer. Bien que non authentifiée, elle a provoqué l’ire du président afghan Hamid Karzaï, qui s’est dit “profondément dérangé” par cette “profanation des corps de trois Afghans par des soldats américains” et a demandé au gouvernement américain “la punition la plus sévère” pour les coupables.

La force de l’Otan en Afghanistan (Isaf) a dénoncé un “acte irrespectueux” commis par “un petit groupe d’individus américains” qui “vraisemblablement ne servent plus en Afghanistan”, et qui “déshonorent les sacrifices et les valeurs centrales de chaque membre représentant les cinquante nations” de la coalition. Les talibans ont eux dénoncé un “acte barbare” et “sauvage”. “Sur les dix dernières années, il y a eu des centaines d’actes similaires qui n’ont pas été révélés”, a affirmé à l’AFP un de leurs porte-paroles, Zabiullah Mujahed.

Le corps des Marines des Etats-Unis a annoncé mercredi avoir ouvert une enquête sur ces images, qui rappellent le scandale d’Abou Ghraïb en 2004, lorsque des clichés de prisonniers irakiens humiliés par des militaires américains avaient fait le tour du monde. Plusieurs affaires similaires de profanations présumées par des soldats (rumeurs de Coran jeté dans les toilettes par exemple) ou la publication par des journaux occidentaux de caricatures de Mahomet ont suscité ces dernières années la colère en Afghanistan, voire des manifestations violentes et parfois meurtrières. “Je ne crois pas que ce nouveau problème affectera les négociations” annoncées avec les Etats-Unis, a toutefois observé Zabiullah Mujahed.

Jeudi, les talibans ont ainsi assuré que “le jihad ne s’arrêterait pas”, tout en reconnaissant une “intensification des efforts politiques” avec la communauté internationale afin de mettre un terme au conflit qui ensanglante l’Afghanistan depuis plus de dix ans.

Les rebelles afghans s’étaient récemment dits disposés, sous conditions, à ouvrir un bureau de représentation à l’étranger, vraisemblablement au Qatar, pour entamer des négociations avec les Etats-Unis, un premier pas historique de leur part depuis la fin 2001. “Nous n’en sommes qu’à une phase initiale au Qatar. En ce moment, il s’agit surtout d’échange de prisonniers” avec les Etats-Unis, a expliqué le porte-parole des rebelles, qui détiennent un soldat américain en otage depuis plus de deux ans et demi et ont posé comme préalable aux discussions la libération de leurs détenus emprisonnés sur la base américaine de Guantanamo.

Un échange qui pour l’instant paraît loin d’être acquis, l’administration américaine exigeant au préalable que les talibans cessent toute violence en Afghanistan et reconnaissent le gouvernement légitime de Kaboul. Or ces derniers ont poursuivi en ce début d’année leur campagne de terreur, multipliant les attentats. Jeudi, un kamikaze au volant d’une voiture piégée a tué cinq personnes, dont un gouverneur de district, et blessé dix autres, dont neuf policiers, près de Kandahar, selon les autorités locales.

Hamid Karzaï, visiblement frustré d’être écarté des négociations entre talibans et Américains, a continué ces derniers jours à dénoncer les violations des droits de l’Homme commises selon lui lors des opérations militaires de l’Isaf, dirigée par les Américains et qui porte à bout de bras son fragile gouvernement face à des rebelles qui ont gagné du terrain ces dernières années. Cela n’a pas empêché la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton de souligner les “déclarations positives” du président afghan et des talibans montrant selon elle qu’il y a “du soutien” pour qu’un “bureau politique taliban ouvre au Qatar”, même si “rien n’a été conclu”.

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