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Continental relaxée pour le crash du Concorde

Continental Airlines, relaxée sur le plan pénal, a été condamnée jeudi à verser un million de dommages-interêts à Air France pour le crash du Concorde qui avait fait 113 morts le 25 juillet 2000 près de Paris.

Comme en première instance, la Cour a reconnu que l’accident survenu au décollage était le fruit d’un enchaînement imputable à la compagnie américaine: un de ses DC10 avait perdu une lamelle métallique, provoquant un éclatement du pneu du Concorde, la perforation de son réservoir et l’inflammation du carburant puis le crash sur un hôtel de Gonesse. Toutefois, cela ne suffisait pas à constituer une infraction pénale. En conséquence, comme deux de ses salariés et un employé de la Direction générale de l’aviation civile, Continental a été relaxée. En revanche, au civil, elle a été condamnée, comme en première instance en 2010, à verser 1 million d’euros de dommages- intérêts au titre de l”atteinte à l’image” d’Air France qui réclamait 15 millions d’euros.

Au procès en appel, au printemps, le ministère public avait requis une condamnation pénale, avec l’amende maximale pour homicides involontaires, soit 225 000 euros, à l’encontre de la compagnie américaine. La défense de Continental a toujours réfuté qu’un bout de ferraille d’une quarantaine de centimètres ait pu déclencher l’accident. Son avocat, Me Olivier Metzner, avait fait citer des témoins affirmant que le Concorde avait pris feu avant de rouler sur la fameuse lamelle. Il avait rejeté la responsabilité de l’accident sur Air France, mettant en cause la maintenance de ses Concorde et la préparation du vol en question. Il avait ainsi rappelé qu’une pièce du train d’atterrissage du supersonique était manquante, que l’appareil était en “surpoids” et qu’un petit moteur électrique avait été changé à la dernière minute.

“Aveugle et sourd”

La compagnie française, partie civile, rejette fermement ces accusations. L’enjeu financier excède ce procès, puisque Air France et ses assureurs poursuivent Continental Airlines devant le tribunal de commerce de Pontoise pour obtenir réparation de leur préjudice économique. Ce tribunal a sursis à statuer jusqu’à la fin de la procédure pénale. Le ministère public avait également requis 18 mois de prison avec sursis contre Claude Frantzen, 75 ans, ancien responsable de la Direction Générale de l’Aviation Civile (DGAC), autorité en charge de la sécurité aérienne. Comme en première instance, il a été relaxé.

Le parquet général lui avait reproché d’être “resté pendant 15 ans aveugle et sourd” aux incidents ayant “émaillé la vie de l’appareil” et de ne pas avoir imposé aux constructeurs de remédier aux faiblesses de l’appareil. Car avant ce premier accident mortel en 24 ans d’exploitation, le Concorde avait connu plusieurs incidents de pneus, dont un grave à Washington en 1979. Des mesures avaient alors été prises pour renforcer les pneus, mais l’idée d’un renforcement des réservoirs avait été abandonnée. Elle ne sera mise en oeuvre qu’après l’accident de Gonesse, pour la reprise temporaire des vols, avant leur arrêt définitif en 2003.

L’avocat de M. Frantzen, Me Daniel Soulez Larivière, avait estimé qu’à travers son client, “bouc émissaire”, “on fait le procès de l’Etat”. Le ministère public avait en revanche requis la relaxe des deux employés de Continental Airlines : John Taylor, 44 ans, un chaudronnier condamné en 2010 à 15 mois de prison avec sursis pour avoir mal fabriqué et fixé la lamelle, et son chef d’équipe Stanley Ford, 73 ans, qui avait été relaxé. Sur ce point, il a été entendu.

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