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Coopération spatiale entre la France et les Etats-Unis

La coopération spatiale franco-américaine a franchi un cap avec la signature mardi d’un accord sur la surveillance des débris spatiaux, à l’occasion du premier déplacement à Washington d’Alain Juppé depuis sa prise de fonction comme ministre de la Défense en novembre.

La “déclaration de principes” signée par le ministre français et le secrétaire à la Défense américain Robert Gates prévoit le partage d’informations entre les deux pays pour surveiller la trajectoire des débris spatiaux et ainsi éviter les collisions orbitales. Ces débris proviennent de satellites ou de lanceurs spatiaux. Les fragments même les plus petits, de l’ordre d’un centimètre, peuvent rester en orbite des centaines d’années et gravement endommager voire détruire un satellite en cas de collision.

Cet accord fait entrer la France dans le cercle très restreint des alliés avec qui Washington a conclu des accords de ce type. A ce stade, seule l’Australie en a signé un. “Nous concluons quelques accords avec des alliés essentiels avec lesquels nous voulons coopérer étroitement dans le domaine spatial”, a confié à l’AFP un haut responsable américain de la Défense. Un accord de ce type est en cours de négociation avec le Canada, a-t-il précisé.

Pour l’armée américaine, comme celles des pays les plus avancés sur le plan technologique, les satellites sont considérés comme une ressource stratégique: sans satellite, pas de communications, pas d’imagerie pour surveiller un pays à risque, pas de possibilité d’utiliser la localisation par GPS. Or le nombre de débris spatiaux n’a cessé de grimper depuis le lancement de Spoutnik en 1957. Le Centre national d’études spatiales (CNES) estime à 200.000 le nombre d’objets en orbite dont la taille est comprise entre 1 et 10 centimètres, et 13 000 de plus de 10 centimètres. Le Pentagone, de son côté, surveille en permanence la trajectoire de 22 000 débris spatiaux.

Militarisation croissante de l’espace

Cet accord, en partageant les données sur les trajectoires des différents débris, permet de “minimiser” les risques de collision orbitale et “d’améliorer la sécurité” dans l’espace, a fait valoir le secrétaire américain à la Défense au cours d’une conférence de presse commune avec Alain Juppé. De fait, le document d’une page que l’AFP a consulté reste assez vague: il s’agit d’un “partenariat pour le profit mutuel de la sécurité nationale de nos deux pays et la préservation de l’accès et de l’utilisation de l’espace à des fins pacifiques”, affirment les deux pays, qui envisagent de développer des systèmes de surveillance conjoints. Pour la France, principale puissance spatiale européenne, cet accord est le signe du “haut niveau de confiance” entre les deux pays, a estimé M. Juppé.

L’accord s’inscrit dans le cadre d’une nouvelle stratégie de sécurité spatiale dévoilée par le Pentagone la semaine passée, qui prévoit le développement de coopérations internationales notamment pour dissuader d’éventuelles menaces contre les satellites américains et alliés. La destruction par la Chine d’un vieux satellite à l’aide d’un missile anti-satellite en janvier 2007 a marqué les esprits: outre le fait de lâcher dans l’espace des dizaines de milliers de débris supplémentaires, cet essai chinois a montré le risque d’une militarisation croissante de l’espace et le besoin des alliés de se coordonner pour apporter une réponse commune à l’émergence des différentes menaces pour les activités spatiales.

Au cours de leurs discussions qui ont duré près de 45 minutes, Alain Juppé et Robert Gates se sont également entretenus de la situation en Egypte, en Tunisie, du conflit en Afghanistan et de la réforme de l’Otan.

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