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Corinne Narassiguin : “Je m’étais préparée à faire campagne contre quelqu’un du gouvernement”

Première investie de tous les candidats en Amérique du Nord, Corinne Narassiguin, déjà élue à l’AFE, va porter le projet socialiste et celui d’Europe Ecologie – Les Verts. Après de nombreux meetings principalement axés sur l’information de ses concitoyens, elle confie que le temps politique de la campagne est arrivé.

France-Amérique : Vous avez fait campagne pendant près de six mois en solitaire. Qu’est-ce qui a changé pour vous depuis que les autres partis ont dévoilé leur candidat respectif ?

Corinne Narassiguin : On voit bien qu’il commence à y avoir de l’intérêt pour cette élection. Il y a un peu d’émulation et effectivement, cela rend les choses beaucoup plus intéressantes : on sent bien que l’on rentre dans le temps politique de la campagne.

François Hollande surfe sur la partie haute de la vague. Est-ce que cela a de bonnes répercussions pour vous ?

Oui. Je n’ai eu qu’une réunion publique depuis le discours du Bourget, c’était à Montréal. On a eu une très bonne participation, près de 70 personnes, les gens sont restés longtemps pour discuter. On sent qu’il y a un intérêt accru. On est dans une situation économique mondiale assez difficile et je pense que cette année, encore plus que les précédentes, les gens ont envie de voter car le résultat de la présidentielle aura un réel impact sur la place de la France dans le monde. Les électeurs en Amérique du Nord ont aussi envie de participer.

Lors de ce passage par le Canada, vous avez lancé officiellement le ticket PS-EELV et présenté votre suppléant Cyrille Giraud. Comment s’est décidée cette alliance ?

Cela s’est fait de manière un peu inhabituelle. Elle a été validée par nos directions à Paris mais en fait, contrairement à ce qui se passe souvent dans d’autres circonscriptions, cette décision vient vraiment du terrain. Je connais Rémi Piet, qui était le candidat d’Europe Ecologie les Verts, depuis très longtemps, puisque nous étions sur la même liste à l’Assemblée des Français de l’étranger en 2009. Il était assez ouvert sur cette idée-là. Depuis que j’ai été désignée par les primaires socialistes, et avant que EELV annonce des candidatures à l’étranger, nous avions discuté de la possibilité de travailler ensemble à la mobilisation de la gauche, quoi qu’il arrive, pour la présidentielle et les législatives. Les militants et les partis étaient d’accord pour dire que c’était la meilleure stratégie pour la gauche.

En France, il y avait eu pourtant des couacs entre le PS et EELV ?

Oui, il y a eu des difficultés et nous étions inquiets qu’elles mettent en péril notre volonté de faire un ticket commun ici. Sur les questions des Français de l’étranger, nous avons de grandes convergences. Il n’y a quasiment pas de différences entre nos deux projets. Dans une circonscription où l’on est, a priori, sur la base des résultats des élections précédentes, minoritaires et en position de challengers, il nous a paru essentiel de choisir l’union le plus tôt possible. D’autant plus qu’on a l’« avantage » d’avoir plusieurs candidatures à droite. Les choses se font en bonne intelligence ici, même si on est bien conscient qu’il y a des divergences et qu’elles continueront à exister. Nous nous plaçons dans la perspective de partenaires de ce qui, nous espérons, sera une majorité parlementaire.

Le fait que Frédéric Lefebvre ait été investi par l’UMP, tout en étant actuellement secrétaire d’Etat, est-ce un danger pour vous ?

Un danger je ne sais pas. C’est vrai qu’il y a la notoriété du ministre, mais je ne sais pas si cela joue autant que cela maintenant. Je pense que c’est peut-être un handicap d’être parachuté aujourd’hui. Les citoyens n’aiment plus beaucoup ce genre de pratique, je crois. Je m’étais préparée au départ à faire campagne contre quelqu’un du gouvernement, en l’occurence Christine Lagarde, donc ça ne change pas grand-chose finalement.

Quel est votre état d’esprit aujourd’hui, en tant que candidate pour l’instant seule à gauche ?

Le Front de gauche dit qu’il va présenter des candidats partout mais comme ils n’ont pas de réseaux en Amérique du Nord, je ne sais pas dans quelle mesure ils pourront faire campagne. Mais il est vrai que c’est plutôt dégagé à gauche par rapport à la droite. Pour nous, c’est une très bonne nouvelle : on est toujours très optimistes. Nous avons de bonnes propositions très concrètes pour les Français de l’étranger et plus la campagne avance, plus nous y croyons.

Justement, vous vous êtes positionnée très tôt sur les questions liées à l’éducation, mettant en cause plusieurs fois la prise en charge pour tous dans les classes de lycées…

Aux Etats-Unis, un énorme gaspillage est fait au niveau de la prise en charge des frais de scolarité des lycéens, alors qu’il y a des parents qui n’en n’ont pas besoin, soit parce que leurs entreprises financent leur scolarité – et il n’y a pas de raison qu’elles se déchargent sur l’Etat – soit parce qu’elles ont des moyens suffisants. Nous pourrions utiliser ce budget pour l’AEFE afin de ne pas uniquement se concentrer sur les lycées privés homologués. La réforme du système de bourses des classes de maternelle à la troisième est injuste pour les familles à revenus modérés. On devrait revenir à un système de bourses sous condition de ressources pour les enfants de toutes les classes.

C’est-à-dire ?

Les Français habitant de plus en plus dans de petites villes, beaucoup n’ont pas accès à des classes homologuées. D’autres familles sont intéressées par un enseignement en français mais pas forcément par une inscription au lycée français. Il faut mettre l’accent sur d’autres programmes, comme les Flam, qui offrent une solution complémentaire et surtout qui ont fait leurs preuves. Aux Etats-Unis en particulier, il y a de fortes opportunités de développement d’écoles publiques bilingues, qui, à terme, pourraient être homologuées par la France. Il y a vraiment une manière plus intelligente d’utiliser l’argent de l’aide à la scolarité et nous pourrions aider beaucoup de familles. Par ailleurs, je pense qu’il faut également régionaliser les barèmes : les conditions du coût de la vie sont différentes dans le monde.

Jérôme Cahuzac, le président de la commission des finances à l’Assemblée nationale, voulait pour 2011 que les Français de l’étranger, quel que soit le pays où ils résident, s’acquittent de l’impôt sur le revenu français, comme aux Etats-Unis. Est-ce toujours une proposition incluse dans le projet socialiste que vous défendez ?

Ce débat est tranché et même s’il revenait sur la table, il faut savoir qu’il n’a jamais abouti. Ce n’est pas dans les principes de la fiscalité en France, qui a toujours considéré que l’impôt était lié à une territorialité. Par contre, il est vrai qu’il faut lutter contre l’exil et la fraude fiscale, tout en arrêtant de caricaturer les Français de l’étranger, parmi lesquels un très petit pourcentage est concerné. Il faut par ailleurs continuer à améliorer les conventions fiscales existantes et afin d’éviter la double imposition et la discrimination entre les différents types de revenus.

Quelles sont vos propositions en ce qui concerne l’aide sociale des Français de l’étranger qui se retrouvaient en situation de précarité ?

Au niveau fédéral du parti socialiste, nous avions proposé de créer un type de RSA consulaire permettant de soutenir la formation et la réinsertion des personnes qui auraient perdu leur emploi après leur expatriation. Aujourd’hui, beaucoup d’économies sont faites dans les budgets des consulats mais souvent au mauvais endroit. Je pense par exemple aux enveloppes allouées à l’allocation de revenus minimum pour les personnes de plus de 55 ans en situation difficile, trop étroites. Nous aimerions aussi élargir les conditions de cette prestation afin que les personnes puissent en bénéficier dès l’âge de 50 ans.

Et sur l’assurance médicale et la retraite ?

La Caisse des Français de l’étranger (CFE) a besoin d’être lourdement réformée au niveau de sa gouvernance. Dans les pays où les soins sont très élevés, elle n’est souvent pas très intéressante. Il y a aussi beaucoup de choses à faire sur les accords de tiers payant. Enfin, il faudrait que la CFE monte son propre produit de complémentaire. Pour la retraite, la France a de bons accords avec les Etats-Unis et le Canada. Il reste des choses à améliorer, afin d’éviter les pénalités de carrière incomplète puisque dans certains pays hors de l’Union européenne, il est difficile de cumuler différents accords de retraites et on perd des trimestres alors qu’on a travaillé. C’est quelque chose qui risque de devenir de plus en plus problématique puisque les Français sont de plus en plus mobiles.

Vous vous êtes d’ailleurs engagée à ce sujet…

La mobilité internationale est quelque chose que l’on doit appuyer pour faciliter le quotidien des Français qui veulent passer une partie de leur vie à l’étranger. Cela veut dire renforcer les accords de visa au niveau des programmes d’études, s’intéresser aux équivalences de diplômes et aux reconnaissances de professions.

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