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Corinne Narassiguin : “Personne ne peut être épargné par les mesures de redressement budgétaire”

Prise de court par la décision du gouvernement de mettre fin à la Prise en charge de la scolarité (PEC) dès la rentrée 2012, Corinne Narassiguin explique pourquoi elle ne s’est pas opposée à une réforme si rapide.

France-Amérique : Comment expliquez-vous la soudaineté de la suppression de la PEC ?

Corinne Narassiguin : J’avais dit pendant la campagne que dans le cadre d’une très grande réforme de l’enseignement – qui est d’ailleurs en cours – la fin de la PEC ne serait que pour 2013. Mais le gouvernement a voulu voter le plus rapidement possible toutes les mesures symboliques de François Hollande en matière de justice sociale. Cette décision a donc été prise au niveau ministériel avant même les élections législatives. Et dans un contexte où le nouveau rapport de la Cour des comptes a démontré que la situation était plus dégradée que ce que nous avait fait croire l’ancien gouvernement, il y a eu une volonté d’arrêter le plus vite possible les gaspillages de l’argent public. Je comprends donc cet empressement. Mon travail de parlementaire est désormais de m’assurer que le budget de la PEC restera bien dans l’aide à la scolarité pour les expatriés, ce qui est le cas.

Au nom des Français qui vous ont élue, n’auriez-vous pas dû voter symboliquement contre cette réforme ?

La question du calendrier n’était pas prioritaire. Ça n’aurait pas eu de sens que je vote contre la mesure alors que je milite pour la suppression de la PEC depuis 2009. Certes, j’avais proposé un calendrier différent pendant la campagne. Mais je me suis rangée car cette réforme est une priorité gouvernementale. Je suis une députée de la nation. Je dois donc réfléchir dans un contexte national, tout en défendant les Français d’Amérique du Nord. Je ne peux pas argumenter différemment pour les Français de l’étranger alors que j’ai aussi voté pour la fin de la TVA sociale ou encore la réforme de l’ISF. Je suis consciente que personne ne peut être épargné par les mesures de redressement budgétaire. En tant que parlementaire, je m’attache à démontrer les besoins qu’ont les Français de l’étranger en matière de bourses. Je me bats pour faire comprendre que nous, expatriés, ne sommes pas un groupe de privilégiés. Alors on ne doit pas s’attendre à un traitement particulier.

Comment justifiez-vous le fait que la fin de la PEC n’aille pas de pair avec la réévaluation des bourses ?

J’ai déjà discuté avec l’AEFE (l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Etranger) sur ce qu’il est possible de faire d’un point de vue technique. Pour revaloriser les bourses, il faut mieux connaître les besoins. Et ça ne se fait pas en quelques semaines. En attendant, on va mettre en place des mesures exceptionnelles. J’ai déjà fait quelques propositions très précises au ministère des Affaires étrangères, afin que les bourses soit revalorisées, au moins un petit peu, dès cette rentrée. On m’a répondu que pour l’instant l’AEFE doit d’abord évaluer les besoins d’urgence, avant de savoir quelles sont les marges de manœuvre pour un premier réajustement des bourses dès cette année.

Suite à l’instauration de la PEC, les entreprises se sont progressivement désengagées. Comment comptez-vous les convaincre de reprendre à leur charge la scolarité des enfants de leurs employés ?

Nous avons demandé aux consulats qu’ils prennent contact avec les entreprises qui avaient l’habitude de prendre en charge les frais de scolarité, et qui le font actuellement pour les enfants en primaire et au collège. Il se trouve que pour beaucoup de sociétés c’était plus simple à gérer quand il n’y avait pas la PEC, car les frais de scolarité faisaient automatiquement partie d’une série d’avantages donnés aux employés. On sait déjà que certaines entreprises ont coupé ce budget et ne pourront pas le rétablir avant la fin de l’année. Je regrette qu’on se soit déchargé sur l’État. La PEC a créé un effet d’aubaine qui aurait dû être prévu par le gouvernement précédent.

Autre problème souvent cité par les familles, l’augmentation, parfois importante, des frais de scolarité. Qu’allez-vous faire ?

C’est effectivement un autre effet pervers. D’autant que si le budget des bourses a augmenté, c’est seulement parce que les tarifs des Lycées Français ont aussi augmenté. Nous réfléchissons à la possibilité de poser des conditions en contrepartie de l’homologation. Au printemps dernier, la commission des bourses a déjà demandé de manière stricte aux établissements de justifier les raisons de l’augmentation des frais de scolarité pour la rentrée 2012. Mais il faut aussi savoir que depuis le lancement de la PEC, l’AEFE s’investit moins dans l’entretien de l’immobilier des écoles, et dans les cotisations retraite pour les enseignants en détachement. Avant la PEC, c’était l’Etat français qui s’en chargeait. Il y a eu depuis 2007 un sous-financement du réseau de l’école. Ce sont donc des frais en plus pour les établissements. Mais il est aussi vrai que certains en ont abusé. Nous allons donc essayer de mieux contrôler les coûts, pour que le budget d’aide reste mesuré, tout en restant à la hauteur des besoins.

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