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Coronavirus: les experts vigilants mais pas inquiets

Le nouveau coronavirus nCoV, dont sont atteints deux malades en France, est virulent mais peu contagieux, et ne suscite pas d’inquiétude particulière chez les experts interrogés par l’AFP, compte tenu du petit nombre de cas détectés en un an et de sa faible transmission.

“Il faut être vigilant, mais pas davantage, et on ne doit pas être plus inquiet que ça”, a indiqué à l’AFP le professeur François Bricaire, chef du service Maladies infectieuses à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière. “Même si c’est, pour les personnes atteintes, quelque chose de sévère, avec une mortalité pas négligeable”, ajoute-t-il.

Un deuxième malade, voisin de chambre pendant trois jours du premier cas français touché par le nouveau coronavirus, a été transféré en réanimation dimanche à la mi-journée, en raison d’une “aggravation de son état clinique”, selon le Centre hospitalier régional universitaire de Lille (CHRU). Sur 34 cas dans le monde notifiés à l’Organisation mondiale de la santé, 18 sont décédés.

Pour Patrice Bourée, professeur de parasitologie à l’Hôpital Cochin, le coronavirus “ne semble pas si méchant que ça: il est connu depuis quand même pratiquement 8 mois, et s’il était si méchant que ça, on aurait plus de morts”. “18 morts annoncés, c’est peu, du point de vue épidémiologique”, observe-t-il. “Cela donne des malades importants en réanimation”, ajoute-t-il, “mais on ne peut pas considérer aujourd’hui que c’est un virus qui va se propager très vite et qui va atteindre beaucoup de gens, sinon ce serait déjà fait”.

Un avis partagé par François Bricaire, qui note qu’il “faut distinguer la transmission – qui pour ce virus là est plutôt faible – et la virulence, c’est-à-dire la capacité d’être agressif, qui, chez ces virus de type Sras (syndrome respiratoire aigu sévère), peut être assez forte”.

Est-ce qu’on en fait trop ?

Il remarque que le foyer identifié en Grande-Bretagne, où un malade a contaminé deux proches en février, “s’est bien terminé” sans gagner d’autres personnes de proche en proche. “Ce qui s’est passé au Moyen-Orient et en Arabie saoudite montre bien que depuis des mois ce virus a contaminé quelques personnes seulement”. Une transmission beaucoup plus faible que pour d’autres virus comme le H1N1, le H5N1 et celui du Sras (syndrome respiratoire aigu sévère). “On est sur un virus qui circule depuis un peu plus d’un an, et on a 34 cas, alors pour que le Sras, en quelque mois, on est arrivés à 8.000 cas”, expliquait dimanche matin le professeur Benoît Guéry, du service d’infectiologie du CHRU de Lille.

L’enquête épidémiologique menée autour du premier cas, l’homme de 65 ans hospitalisé à son retour de Dubaï, a touché 124 personnes. “Et malgré tout, un seul patient a été contaminé”, a souligné le Pr Yasdan Yasdanpanah, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital Bichat, qui met en exergue les similitudes avec le cas anglais. Pour lui, “ce qui s’est passé était prévisible, et la seule chose à faire est de mener l’enquête autour du deuxième cas”.

Est-ce qu’on en fait trop autour de ce virus finalement peu contagieux ? “Si on dit quelque chose c’est forcément trop, si on ne dit rien, on cache forcément tout”, s’exclame François Bricaire qui affirme “comprendre les autorités de tutelle qui essaient peut-être de désamorcer en donnant de l’information”. Lors d’une conférence de presse dimanche après-midi, la ministre de la Santé Marisol Touraine a souligné que les autorités sanitaires faisaient preuve “d’une très grande vigilance”, ajoutant toutefois que “les professionnels, les médecins considèrent qu’il n’y a pas lieu d’avoir une inquiétude excessive”.

 

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