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Costa-Gavras : « Nous exploitons tous les immigrés »

Costa-Gavras est à New York pour présenter son dernier film Éden à l’Ouest dans le cadre du Festival Rendez-vous with French Cinema. Le réalisateur engagé de L’Aveu, Missing et Amen conte cette fois l’odyssée d’Elias, un jeune immigré décidé à rejoindre Paris.

Cela fait plus de quarante ans maintenant que Costa-Gavras s’assoit dans des chambres d’hôtels du monde entier pour répondre aux questions, souvent identiques, des journalistes. Et pourtant le réalisateur français d’origine grecque, se plie volontiers à l’exercice, souriant et détendu, heureux, après une journée d’entretiens en anglais, de pouvoir s’exprimer dans sa langue d’adoption. C’est aussi en français que le héros de Éden à l’Ouest, dont le pays d’origine est inconnu, bien décidé à atteindre Paris, s’efforce de se faire comprendre et accepter. Au début du film, après avoir jeté ses papiers à la mer, il serre contre lui son passeport pour le « paradis », un livre usé de conversation dont il ressasse les phrases clé ponctuées par « Monsieur l’agent ».

Comme souvent chez Costa-Gavras, son film contient un message grave mais il ne s’inscrit pas dans la lignée de ses plus grandes œuvres comme l’Aveu (1970), dénonciation terrifiante du stalinisme, Porté Disparu (Missing,1982) sur le coup d’État du général Pinochet au Chili, Palme d’Or à Cannes, ou plus récemment, Amen (2002), qui dénonçait la collusion entre le Vatican et le régime nazi. Le cinéaste a choisi ici la forme de la fable pour raconter les pérégrinations d’Elias, qu’il n’a voulues ni dramatiques ni autobiographiques mais révélatrices d’un mal de notre société.

L’immigration est un problème de société qui existe depuis des années en Europe et en France, pourquoi avez-vous choisi de le traiter si tard dans votre carrière ?

C’est vrai que cela fait 20 ans que je pense à faire un film sur ce thème. L’idée m’en avait même été soufflé par Pierre Joxe alors ministre de l’Intérieur. Le problème en fait était de trouver la bonne histoire. Je ne voulais pas réaliser un film sur l’immigration. De plus, même si je suis un immigré et bien que Jean-Claude Grumberg, mon scénariste, soit fils d’immigrés polonais, nous ne voulions surtout pas en faire une autobiographie.

On a finalement opté pour ce personnage qui veut absolument venir en France, en reprenant des caractéristiques du Candide de Voltaire, qui découvre le monde avec une certaine innocence mais qui nous fait également prendre conscience du regard que nous portons sur les immigrés.

La scène où Annie Duperey lui donne une veste est très révélatrice à cet égard.

Les vêtements confèrent un statut. Comme l’uniforme qu’il vole en arrivant dans le camp de vacances : cela lui offre un répit même s’il reste vulnérable. Quand Annie Duperey lui donne la veste de son défunt mari pour qu’il trouve du travail, elle prend soin d’oter l’insigne de la Légion d’honneur… en lui disant « pas encore ».

Elias profite tout de même d’une particularité qui lui donne un avantage par rapport à d’autres personnes dans sa situation. Il est beau à couper le souffle.

Tout le monde me parle de ça ! Mais cela ne m’avait absolument pas sauté aux yeux. À vrai dire, au départ, le personnage d’Elias n’était pas du tout défini par sa beauté physique. Matthieu Kassovitz puis Sean Penn avaient été pressentis pour ce rôle. Elias aurait été perçu autrement ! Nous exploitons tous les immigrés. Elias étant très beau, il n’est pas rejeté systématiquement mais du coup il se fait utiliser également en tant qu’objet sexuel. Une dimenson qui serait apparue évidente si Elias avait été une femme.

Pourquoi avoir choisi le format de la fable pour raconter cette histoire ?

Je voulais que les éléments tragiques soient dilués pour ne pas faire du film un drame pur, pour que le personnage d’Elias ne soit pas perçu comme un danger, que sa peur n’inspire pas la peur. Même si le début du film, lorsqu’il est pris au piège sur le bateau rempli de clandestins abandonnés en pleine mer, est très réaliste, il fallait ensuite distiller des éléments plus légers. Mais les moments drôles finalement ne sont pas burlesques en soit, ils sont les conséquences de son état psychologique, son état de faiblesse permanente. Il fallait faire surgir des obstacles sur sa route – comme la police – mais aussi des solutions. Pour qu’il finisse par atteindre sa destination : Paris

Paris, c’est l’élément autobiographique du film finalement.

Oui… Paris, c’est personnel. Ça reste partout et pour tout le monde la ville des droits de l’Homme et des Lumières. Aujourd’hui, il y aurait 400 000 clandestins en France dont 200 000 à Paris. Cela reste un pôle d’attraction pour les immigrés. Pour moi, lorsque Elias arrive à Paris, il a perdu ses illusions mais, parce qu’il est à Paris, tout devient possible. C’est une fin optimiste.

 

Retrouvez notre dossier rendez vous with French Cinema

www.france-amerique.com/articles/2009/03/04/le-cinema-francais-a-les-idees-noires.html

www.france-amerique.com/articles/2009/03/05/tokyo.html

Infos pratiques

Eden is West/ Éden à l’Ouest de Costa-Gravas (110 mn)

Au Film Society of Lincoln Center

Mardi 11 mars à 13 h 30

Walter Reade Theater

165 West 65th St

New York, NY

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