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Coup d’éclat de militants d’extrême droite à la grande mosquée à Poitiers

Un groupuscule d’extrême droite a occupé pendant plusieurs heures le chantier de la grande mosquée en construction à Poitiers, déployant sa banderole et évoquant la “reconquête”, suscitant l’indignation du gouvernement et du CFCM qui a jugé l’événement sans précédent.

Environ 70 militants se revendiquant du groupe Génération Identitaire ont investi les lieux, un grand bâtiment gris doté d’un minaret situé en banlieue de Poitiers, à Buxerolles, et qui doit devenir sa grande mosquée, vers 05h45 du matin, s’installant notamment sur le toit et déployant une banderole affichant le nom de leur mouvement. Sur leur site internet, ils évoquaient en paralèlle la figure de Charles Martel qui, “il y a bientôt 1 300 ans, arrêtait les Arabes à Poitiers”.

Vers midi, ils ont accepté de partir sans encombres et l’évacuation s’est terminée peu avant 13H00, selon la préfecture. Trois des personnes se présentant comme des organisateurs ont aussitôt été placées en garde à vue, a indiqué à l’AFP le procureur de la République de Poitiers, Nicolas Jacquet, qui a précisé que la police a également enregistré les identités de l’ensemble des participants.

Depuis Manille, où il est en déplacement, Jean-Marc Ayrault a condamné “fermement” cette action. “Je condamne fermement cette provocation qui révèle une haine religieuse inacceptable”, a déclaré à l’AFP le Premier ministre, estimant qu’il s’agissait d’une “agression contre la République et ses valeurs”. Le ministre de l’Intérieur Manuel Valls a lui aussi dénoncé “la provocation haineuse et inadmissible” et “les amalgames douteux” de ce groupe.

“Opération de communication”

Le parquet de Poitiers a ouvert une enquête pénale pour “manifestation non autorisée, provocation à la haine raciale, participation à un groupement en vue de la préparation de dégradation de biens en réunion”. La qualification de “vol et dégradation en réunion” est également retenue notamment concernant une dizaine de tapis de prière déplacés de la mosquée sur le toit et très fortement endommagés par la pluie. “On avait l’intention de rester plus longtemps mais comme on n’a pas du tout l’intention de s’affronter physiquement, nous repartons avec la police, dans la bonne humeur, sans que cela se finisse mal”, a déclaré un militant contacté par l’AFP, avant les évacuations. Il a souligné que ce coup d’éclat avait fait connaître le mouvement, un avis partagé par la préfecture, évoquant une “opération de communication”.

“Poitiers est sous le choc”, a déclaré le maire de cette ville de 90 000 habitants, Alain Claeys, indiquant que les membres du groupe “venaient de la France entière” et semblaient très organisés, équipés d’ordinateurs et de banderoles. “Jamais nous n’avons eu la moindre difficulté à Poitiers”, visant la communauté musulmane, a-t-il assuré en décrivant sa municipalité comme un lieu d’échange et de partage.

Dans l’après-midi, le maire et le préfet de la Vienne Yves Dassonville devaient se réunir avec les représentants de la communauté musulmane et leur faire part de leur solidarité et de leur condamnation de cet acte “contraire aux fondements mêmes de notre République”, a encore déclaré le maire. Le Conseil français du culte musulman (CFCM) a de son côté exprimé “sa forte indignation et condamné avec la plus grande vigueur l’occupation”. “Cette occupation grave, sauvage et illégale, accompagnée de slogans hostiles à l’islam et aux musulmans, est sans précédent dans l’histoire de notre pays”, a estimé le CFCM dans un communiqué. Le CFCM a exprimé “sa profonde inquiétude face à cette nouvelle forme de violence antimusulmane qui témoigne une fois de plus de la volonté de ces groupuscules de mettre en péril notre vivre ensemble et notre cohésion nationale par l’incitation à la haine et à la division”.

Le président de l’Observatoire contre l’islamophobie au Conseil français du culte musulman, Abdallah Zekri, a condamné dans un communiqué “ce coup de force pratiqué par des extrémistes venus de toute la France pour prêcher encore une fois la haine anti-islam”.

 

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