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Crise financière : les dirigeants mondiaux s’activent pour endiguer un krach boursier

La Banque centrale européenne a décidé dimanche d’intervenir “activement” face à l’escalade de la crise de la dette, alors que les dirigeants et grands argentiers des principales économies de la planète tentent de prévenir un krach mondial à la réouverture des marchés financiers.

A l’issue d’une réunion du conseil de ses gouverneurs, la BCE a annoncé qu’elle allait “appliquer activement son programme” de rachat d’obligations sur le marché secondaire, le marché d’occasion de la dette, sans préciser au secours de quel pays.

Les investisseurs attendent une intervention au bénéfice de l’Italie et l’Espagne, les deux pays de la zone euro dans leur collimateur.

Nuit et jour, G7, G20, gouvernements et banquiers centraux ont multiplié les contacts tout au long du week-end sur la crise de la dette en zone euro et le coup de tonnerre de la dégradation de la note des Etats-Unis. Objectif: trouver une solution concertée avant l’ouverture des premières Bourses en Asie.

En Europe, la BCE et le couple franco-allemand ont mis la pression sur l’Espagne et l’Italie, pour redresser au plus vite leurs comptes publics.

L’institution de Francfort a également appelé l’ensemble des dirigeants européens à appliquer rapidement l’accord conclu le 21 juillet pour aider la Grèce et stabiliser la zone euro, ce que le président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel se sont engagés à faire.

La crise de la dette, touchant les deux côtés de l’Atlantique, a pris un tour nouveau, après la décision de l’agence d’évaluation financière Standard & Poor’s (S&P) de retirer vendredi aux Etats-Unis la prestigieuse note “AAA”, dont jouissent les émetteurs d’obligations les plus fiables.

Sanction inédite depuis la création de l’agence en 1941, S&P a abaissé la note du pays d’un cran à “AA+”, invoquant “des risques politiques” liés à l’énorme dette publique américaine, qui dépasse 14 500 milliards de dollars.

A Washington, le secrétaire au Trésor Timothy Geithner a décidé de rester à son poste “pour répondre aux défis auxquels est confronté notre grand pays”. La presse spéculait depuis plusieurs semaines sur son départ.

Concurrente de S&P, l’agence Moody’s juge “prématuré” un éventuel abaissement de la note des Etats-Unis, selon un de ses analystes. Un responsable de Fitch, la troisième grande agence d’évaluation financière, a estimé qu’il fallait encore y réfléchir.

Premières à réagir à la dégradation par Standard and Poor’s, les Bourses du Moyen-Orient ont accusé le coup dimanche: Tel Aviv a dégringolé de près de 7%, la Bourse saoudienne a terminé à l’équilibre après un plongeon de plus de 5% la veille.

De nombreux économistes craignent une descente aux enfers boursière lundi. “Le fait que Standard and Poor’s ait finalement appuyé sur la gâchette (…) va sans aucun doute ébranler les marchés financiers à leur ouverture lundi”, résume Paul Dales, analyste chez Capital Economics basé aux Etats-Unis.

La sanction infligée à la première économie mondiale rend d’autant plus urgente une action concertée des dirigeants européens et américains, incapables jusqu’à présent d’enrayer la spirale baissière des Bourses mondiales.

A Francfort, la BCE a salué dimanche soir les mesures d’austérité récemment prises par l’Italie et l’Espagne mais souligné la nécessité d’une “rapide application” de ces programmes pour améliorer la compétitivité de ces deux pays “et réduire rapidement leurs déficits publics”.

Elle a aussi appelé l’ensemble des dirigeants européens à “s’assurer d’honorer leur signature souveraine” et à rapidement permettre au Fonds européen de stabilité financière (FESF) d’intervenir sur le marché de la dette pour stabiliser la région, comme décidé à Bruxelles le mois dernier.

L’institution n’a pas précisé si son intervention se fera au bénéfice notamment de l’Italie, comme annoncé par Rome vendredi.

Une telle intervention avait été réclamée avec force par les marchés mais elle était susceptible de se heurter à des réticences allemandes. Jeudi dernier, le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, a promis de nouveaux achats sur le marché de la dette, sans parvenir à rassurer les investisseurs.

Dans la foulée, les primes de risque payées par l’Italie et l’Espagne sur le marché de la dette par rapport à l’Allemagne, pays de référence de la zone euro, ont atteint de nouveaux records.

A Madrid, la ministre de l’Economie Elena Salgado a appelé dimanche la BCE à “faire son travail et soutenir la stabilité sur les marchés de la dette”, un appel du pied pour pousser la banque centrale a acheter des obligations espagnoles.

Le président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel ont réitéré “leur engagement de mettre en oeuvre pleinement” les mesures de l’accord de Bruxelles.

Ils ont souhaité que les Parlements de leurs deux pays valident ces mesures “avant fin septembre”. En Belgique, le Parlement se réunira début septembre, six semaines plus tôt que prévu, pour approuver le plan européen.

Le couple franco-allemand a lui aussi insisté sur le fait qu'”une mise en oeuvre rapide et complète des mesures annoncées” par Rome et Madrid était “essentielle pour restaurer la confiance des marchés”.

Les directeurs du Trésor des pays membres du G20, qui regroupe les principales économies de la planète, ont tenu dans la nuit de samedi à dimanche une téléconférence, selon une source proche du dossier. Cette concertation avait été précédée samedi soir d’un premier échange au niveau du G7.

Une autre, entre ministres des Finances et banquiers centraux du G7, devait suivre avant la réouverture lundi matin des marchés financiers en Asie, selon des médias japonais, qui ont évoqué la possibilité d’une déclaration commune destinée à calmer les marchés.

La dégradation de la note des Etats-Unis “va provoquer des effets de ricochet sur l’Espagne et l’Italie et mettre la France sous pression”, estime Charles Wyplosz, professeur d’économie aux Hautes Etudes de Genève. “La zone euro descend dans les abysses”, prévient-il.

La situation est particulièrement délicate pour l’Italie, déjà privée depuis longtemps du triple A. Le Premier ministre Silvio Berlusconi a promis d’accélérer son plan d’austérité “dans le but d’arriver à l’équilibre budgétaire” dès 2013, et non plus 2014.

“L’Italie est un très grand pays. Elle ne peut pas être facilement remise à flot. En fait elle ne peut pas être remise à flot, et c’est la cause de nos problèmes”, a averti l’ancien président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Alan Greenspan.

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