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Damien Regnard, le candidat de l’alternative à droite

Face aux candidats dits “parachutés”, Damien Regnard s’estime être le seul candidat légitime et de terrain. Il espère convaincre les électeurs d’Amérique du Nord de voter pour un programme plutôt que pour une étiquette.

France-Amérique : Pourquoi avez-vous décidé de ne pas soutenir le candidat investi officiellement par l’UMP ?

Damien Regnard : Il y a huit mois, on ne connaissait pas la couleur de l’Assemblée nationale. Chaque parti essayait d’envoyer le plus d’élus possible pour avoir une majorité dans la nouvelle Assemblée. Il m’a semblé normal et justifié en tant qu’ancien membre du RPR puis de l’UMP d’apporter toute mon énergie à la campagne du candidat UMP de l’époque. Cette campagne a été difficile. Comme moi, beaucoup de gens se sont rendu compte que l’on n’était pas toujours sur la même longueur d’onde avec Frédéric Lefebvre. Pour lui, cette élection était avant tout l’occasion de retrouver un siège à l’Assemblée. Nous, élus de terrain, n’étions pas écoutés. La déception a été grande, la surprise du résultat pas tellement. La campagne n’était pas en phase avec les attentes.

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous présenter pour cette nouvelle élection ?

Huit mois plus tard, on se rend compte qu’il y a une attaque du gouvernement envers les Français de l’étranger : avec la loi de finance, avec la suppression de la PEC et la manière dont cela a été fait, avec la réforme de l’AFE. Les élus AFE et les sénateurs ont été ignorés, les parents mis de côté et maltraités. Les perspectives ne sont pas bonnes pour les Français de l’étranger. La participation à ce nouveau scrutin va être de l’ordre de 10 à 12%. Si on analyse ce qui s’est passé en juin 2012, on a eu une baisse de participation entre le premier et le second tour (de 20,40% à 19,07%, ndlr). J’ai fait des recherches sur des scrutins en France où il y aurait eu plus de participation au premier plutôt qu’au second tour et je n’ai rien trouvé. C’est évident que ce sont des voix de droite qui se sont perdues. Je pense qu’il est temps que ces gens-là aient un candidat qui les comprenne.

Avez-vous demandé l’investiture UMP ?

Quand le Conseil constitutionnel a publié le résultat, des membres de l’UMP à Paris m’ont tout de suite demandé si je présentais ma demande d’investiture. J’ai dit oui mais je ne me suis pas battu pour l’avoir. Je savais très bien que la ré-investiture du même candidat conduirait à un échec encore plus cuisant, quelle que soit la lassitude, voire l’animosité des Français de l’étranger envers le gouvernement socialiste. Frédéric Lefebvre n’a pas réussi à fédérer mais surtout, il a provoqué un fort rejet. Entre 15 et 20% des voix de droite se sont portées sur Corinne Narassiguin. Je connais personnellement des gens qui ont voté PS pour la première fois.

Vous êtes-vous assuré de soutiens avant de vous lancer ?

Je me suis vite rendu compte que c’était le scénario de 2011 qui se reproduirait et que les forces d’influence de certains allaient faire que le même candidat serait reconduit pour l’UMP. J’ai tout de suite annoncé au parti que je ne me mobiliserai pas cette fois. Et puis le sénateur (UMP) des Français de l’étranger Robert del Picchia m’a dit ‘pourquoi tu n’irais pas ?’ Des groupes d’associations, d’entreprises, m’ont aussi appelé et m’ont dit ‘on t’a aidé la dernière fois pour Lefebvre mais pas question qu’on fasse quoi que ce soit cette fois pour lui. Mais si tu y vas, on se mobilise pour toi’. Alors j’ai appelé quelques personnes : des élus AFE aux Etats-Unis et au Canada, des cadres de l’UMP, François Lubrina à Québec, Richard Ortoli à New York. Tous ces gens m’ont assuré qu’ils seraient derrière moi. Je ne me mets pas en dissidence, mais en alternative pour les gens qui veulent voter à droite et expriment un rejet violent du candidat UMP.

Comment comptez-vous vous faire connaître en-dehors de votre circonscription AFE ?

Grâce à une campagne de terrain pour motiver les gens à aller voter pour une idée, un programme, une proximité, pas un parti. Et puis j’ai beaucoup de relais entre les élus AFE, les membres de l’UFE (Union des Français de l’étranger), les gens qui me soutiennent dans les chambres de commerce, les associations communautaires. Je ne suis pas à la recherche d’un soutien à Paris d’ancien président ou de ministres. Ça n’apportera rien à mon travail, à ma légitimité ici. Je veux aller parler aux parents d’élèves, aux membres des Accueils français et leur dire que je ne recherche pas un poste à Paris. Je suis le seul candidat avec ma suppléante qui pourra dire ‘nous, Français de l’étranger’.

Pensez-vous être en mesure d’avoir de l’influence sur les mesures du gouvernement si vous estimez qu’elles ne sont pas bonnes pour les Français d’Amérique du Nord ?

Corinne Narassiguin n’a pas proposé d’amendement pour défendre les Français de l’étranger que ce soit sur la PEC ou sur le reversement du budget pour les bourses scolaires. Une fois à Paris, elle a oublié ses électeurs, après avoir pourtant fait une très bonne campagne. La seule fois où elle a réagi, c’est quand un de ses collègues a dit qu’il fallait fiscaliser les Français de l’étranger. Elle a répondu en rédigeant un tweet de deux lignes. C’est tout. Le gouvernement fait des bêtises par ignorance la plupart du temps. Au lieu de chercher à comprendre. Bernard Kouchner disait “Les Français de l’étranger, on peut faire ce qu’on veut, vous pouvez pas manifester dans la rue”. Eh bien justement, si je suis élu, je proposerais des amendements, je travaillerais avec les sénateurs et les députés de l’opposition. Je veux aussi apporter des solutions. Je ne vais pas à l’Assemblée nationale pour voter les budgets sur les autoroutes du Massif Central. Je vois ce poste comme celui de député des DOM-TOM avec un ancrage local et un travail à l’Assemblée nationale.

Vous regrettez notamment que Corinne Narassiguin n’ait pas alerté le Parlement sur les besoins des familles aux Etats-Unis de connaître avant juin le montant des bourses scolaires qu’elles vont toucher.

Je ne comprends pas qu’aucun député actuel n’en ait parlé. Les élus socialistes à l’AFE avaient été les premiers à dire qu’il était nécessaire de régionaliser le barème des bourses, de respecter les impératifs demandés par les établissements scolaires, et d’informer les familles rapidement. Quand j’ai discuté avec la ministre des Français de l’étranger à ce sujet il y a quelques jours, elle m’a dit que c’est un problème sérieux sur lequel elle doit retravailler. Comment se fait-il qu’elle n’ait pas eu l’information dès le départ ? Ce qui m’intéresse, c’est de me battre et de défendre les impératifs sur des sujets précis. Et surtout proposer des solutions.

Vous estimez donc que votre rôle de député sera surtout de proposer, plutôt que de s’opposer à des mesures sur lequel le gouvernement est déjà décidé ?

On voit bien que ce ne sont pas des centaines de milliers de personnes dans la rue qui feront changer d’avis le gouvernement. Il faut donc savoir se rendre utile. Sur le sujet de la scolarité par exemple, le député doit travailler sur le dossier des écoles bilingues. Cette idée n’est absolument pas portée à Paris. Je suis en train d’essayer de monter une école en Arkansas où Dassault a une entreprise de plus de 3 000 salariés. Dassault paie cher une école privée pour scolariser les enfants des expatriés Français. J’ai obtenu un rendez-vous avec le gouverneur et je lui ai dit qu’il fallait trouver une solution pour tous les expatriés qui veulent que leurs enfants continuent à apprendre le français. Je lui ai dit que nous avions besoin de son aide pour monter un programme bilingue ou une école à charte pour les enfants Français. Car pour mettre en place un programme bilingue à Little Rock, il faut une décision politique. Il se trouve qu’il a été très emballé par l’idée. Un député n’est pas là pour dire à Paris ‘construisez moi une école française en Arkansas car Dassault à 3 000 employés là-bas’. Etre élu à l’Assemblée nationale, ça me permettra d’être écouté, d’avoir plus de portes qui s’ouvrent. Je ne vais pas aller tout le temps demander de l’argent à la France.

www.damienregnard2013.com

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