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Dans la jungle imaginaire de Camille

Détonante d’originalité, Camille avait été révélée en 2005 lors de la sortie de son deuxième album, Le Fil. La chanteuse française revient dans les bacs avec Music Hole, un troisième disque aussi unique que le précédent. Rencontre avec un phénomène musical déjà adoubé par le public et la critique.

Bruits de basse-cour, échos de jungle, le ton est donné. Dans son troisième album Music Hole, sorti en avril 2008, l’imprévisible Camille saute, à travers ses chansons, d’un univers animal à un autre. L’une d’elle est dédiée aux chats et aux chiens, une autre vibre au rythme des clapotis de canards ou des chants d’oiseaux admirablement imités: comme un hommage qui leur serait rendu, les animaux, omniprésents, vivants, remuants, semblent refléter le tempérament insolite de la chanteuse. "J’aime leur voix" justifie Camille. "Je trouve qu’ils incarnent le son qu’ils produisent".

Trente ans, trois albums. Camille n’est pas une débutante. Son premier disque, Le sac des filles (2002), bien qu’inégalement reçu par la critique, va lui ouvrir les portes du monde de la chanson. Elle prête sa voix à Nouvelle Vague, projet musical lancé en 2004 pour réinterpréter des tubes new wave. Un an plus tard, Camille conquiert le public français avec Le Fil, un deuxième album Disque de platine, également récompensé aux Victoires de la Musique en 2006.

Avec Music Hole, Camille ne s’essouffle pas, elle rebondit. L’originalité du disque? L’absence d’instruments pour accompagner sa voix. Ecartés, ils laissent la place à des performances vocales et des bruitages, qui reproduisent à merveille les sonorités instrumentales. Le but? "Établir une partition corporelle", répond Camille. "Lorsque les choses sont reliées au corps, elles me parlent vraiment », poursuit-elle. « Frapper des mains a pour moi plus de sens que de taper sur une caisse claire".

Seul rescapé parmi les bannis: le piano. "Cet instrument est binaire, alors que la voix est nuancée". Le beat box de Sly, membre du groupe de rap Saïan Supa Crew, et les percussions corporelles du groupe brésilien Les Barbatouk, offrent ainsi un accompagnement on ne peut plus vivant à la belle voix de Camille.

Le résultat est édifiant: aboiements, caquètement, batterie, crépitement de feu, tout est interprété avec l’aide seule du corps et de la voix des artistes. Pour y parvenir, 12 000 pistes de voix ont été enregistrées et posées en couches successives ou en boucle. "Bordel" organisé? "Non, ca ne part pas dans tous les sens", répond la chanteuse. "Il y a trois chanteurs qui m’accompagnent. Cela oblige à aller à l’essentiel sur scène". Dans cet album bilingue, l’artiste jongle entre l’anglais et le français, et se joue comme d’habitude de la langue et de ses expressions. Au célèbre proverbe anglo-saxon "Home is where the heart is" (la maison est là où se trouve le cœur), elle oppose le drôle "Home is where it hurts" (la maison est là où se trouve la douleur).

La première écoute peut toutefois surprendre, dérouter même. Des sons R’N’B, Techno, tziganes…A chaque chanson, l’inqualifiable artiste s’essaie à un genre musical différent. Ce qui peut donner l’impression d’un manque de cohérence dans sa démarche artistique. Camille estime pour sa part que les individus s’enferment dans un carcan social qu’ils ne cherchent pas à dépasser. Ce qu’elle déplore: "A chaque chose que j’ai envie de dire correspond une intonation de voix et une musique".

Un coup de cœur enfin: Winter’s Child, chanson-poème dédié au Liban. "J’y ai donné un concert en 2006, avant la guerre" explique la chanteuse. "Cette nation est fière, mais a du mal à exister". Une très belle chanson pour un "pays génial", qui a aujourd’hui plus que jamais besoin des ondes positives de la délirante Camille.


Album:

Camille, Music Hole, EMI.

www.camille-music.com

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