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Dans la maison de François Ozon

Le dernier film de François Ozon est un malin petit thriller, sur fond de littérature et de pédagogie scolaire. Fabrice Luchini y incarne un professeur de littérature blasé, aux côtés du jeune acteur Ernst Umhauer dans le rôle d’un mystérieux élève qui découvre le pouvoir de l’écriture. En salles américaines le 19 avril.

Suite logique de Swimming Pool, qui s’intéressait au processus créatif, Dans la maison explore les arcanes de la narration. Tirée de la pièce Le garçon du dernier rang de l’Espagnol Juan Mayorga, ce film est avant tout un jeu d’écriture qui mêle habilement fiction et réalité. “C’était l’opportunité pour moi de parler de mon propre travail de cinéaste, sur un mode un peu théorique. Le film raconte l’écriture d’une histoire, de manière très ludique, amusante et légère”, explique François Ozon. Dans Swimming Pool, Ludivine Sagnier représentait la muse de l’écrivain, le pouvoir de l’imaginaire. Avec Dans la maison, Fabrice Luchini, déjà mûr, serait davantage comme l’éditeur et le producteur de l’histoire qui guide le jeune créateur. J’y ai mis du mien”, poursuit le cinéaste.

Très à son aise dans le rôle de prof de lettres, Luchini (monsieur Germain dans le film) se prend d’affection et d’intérêt pour l’un de ses élèves qui sort du lot de cancres ordinaires. Auteur raté, le prof va placer tout son espoir sur les épaules de cet écrivain en herbe qui fait naître en lui un regain d’intérêt pour sa matière. Dans un jeu un peu malsain, il pousse ce jeune garçon à trouver sa voix littéraire, en l’encourageant à s’immiscer virtuellement dans la maison de l’un de ses camarades et à raconter sur le papier ce qu’il y voit.

Ciel,  ma copie !

Comme au théâtre, le film déroule alors deux récits enchâssés. On suit tantôt celui qui se joue dans les rédactions de Claude, où il décrit avec l’arrogance d’un jeune coq les faits et gestes de cette “famille de classe moyenne” un peu grotesque ; tantôt celui de la réception de ses écrits par son prof, qui perd bientôt pied et se laisse happer par ce mauvais feuilleton pervers. Ce qui finit par avoir des répercussions sur sa propre vie et dans son couple. Seule la distance du spectateur permet alors de faire la distinction entre scènes réelles et littérature. Drôle et satyrique, ce film n’hésite pas à parodier les genres littéraires sur le mode caricatural. Comme cette scène de vaudeville ou de soap-opéra, qui surprend la maîtresse de maison et le jeune élève en train de s’embrasser, sous le regard médusé du fils.

Comme dans Swimming Pool, le scénario s’écrit sous nos yeux. “A suivre…”, indique l’élève à la fin de chacune des copies qu’il remet à son professeur. Avec ces mots, François Ozon nous invite à le suivre dans ce film à tiroirs, impregné de l’univers des séries B. “La fiction de Claude se déroule dans une banlieue idéalisée telle qu’on a l’habitude de voir dans les séries américaines. Je ne pensais pas trouver ce type de banlieues en France”, dit-il. “Finalement, j’ai découvert ce quartier résidentiel à proximité d’Eurodisney, à 30 kilomètres de Paris. On se croirait dans Desperate Housewives. La réalité rejoint toujours la fiction…”

Dans la maison de François Ozon. Avec Fabrice Luchini, Ernst Umhauer, Kristin Scott Thomas, Emmanuelle Seigner (1 h 45). En salles américaines le 19 avril.

Bande-annonce

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