Subscribe

Dans l’ombre des Weil

Sylvie Weil, fille du mathématicien André Weil et nièce de la philosophe Simone Weil, nous fait pénétrer dans l’intimité de cette fratrie aussi exceptionnelle qu’imposante avec Chez les Weil, un roman autobiographique qu’elle présentera au FIAF de New York, le 10 février.

« Moi, je déçois forcément », lâche Sylvie Weil dans Chez les Weil, où elle dresse les portraits croisés de son père, André, génie des mathématiques, et de sa tante, Simone, philosophe majeure du 20ème siècle. Elle a beau avoir les mêmes yeux myopes qu’elle, la même chevelure frisée, lui ressembler trait pour trait, elle n’est pas Simone Weil.

Quoi qu’elle fasse : arriver première au concours général, ou donner une conférence sur le judaïsme médiéval, on la présente comme la nièce de Simone, quand on ne la gratifie pas d’un lapsus : « Simone… pardon, Sylvie Weil ». Car Sylvie Weil n’est pas seulement la nièce d’une personnalité. Elle est le portrait craché d’une philosophe élevée en martyre, au point que toute sa vie, des fétichistes voudront lui toucher les cheveux ou le visage. Elle a un moment pensé appeler son livre « Le Tibia de la Sainte », en référence à son statut de relique. Mais Chez les Weil est aussi une fenêtre ouverte sur l’intimité de deux personnalités qui ont marqué leur siècle.

On s’y met à table avec André Weil, incapable de se souvenir de la place du sucrier, et même du nom de l’objet, tant son esprit est accaparé par les mathématiques. On y partage avec Simone Weil la peine des ouvriers agricoles, en ramassant à mains nues des grandes brassées de chardons, quand eux mettent des gants. On peut y comparer les habitudes de la fratrie, le frère exigeant toujours la chambre avec la plus belle vue, le meilleur lit, et sa sœur, enjoignant  avec la même vigueur de dormir par terre dans la chambre la moins agréable.

Une source de réconfort

Sylvie Weil, aujourd’hui écrivain reconnu pour sa biographie du commentateur de la Bible Rachi ou pour sa série « jeunesse » Elvina, n’a pas eu l’enfance facile que l’on pourrait imaginer. Un père qu’il ne faut à tout prix pas ennuyer, si peu intéressé par les petites histoires d’écoles de sa fille qu’il ne veut pas les entendre et lui conseille de les écrire dans un cahier. Et surtout, le spectre d’une tante omniprésente bien que décédée.

Pendant 20 ans, elle a consigné des anecdotes concernant sa famille dans deux classeurs : « Nièce de » et « promenades avec André ». C’est lorsqu’elle s’est aperçue qu’un grand nombre d’auteurs écrivaient sur sa tante à l’occasion du centième anniversaire de sa naissance en 2009 qu’elle se dit : « Tout le monde écrit un livre sur Simone. Je dois écrire un livre aussi : si je ne le fais pas maintenant, je ne le ferai jamais ». Elle aura mis des années à aborder son histoire familiale de face. Dans son premier roman déjà, Les Reines du Luxembourg, une femme s’enferme dans son appartement et revit des moments clés de l’histoire de sa famille. Le cœur du roman, qu’elle a rédigé en premier, concerne la mort de sa grand-mère qui l’a en partie élevée, et dont elle a été séparée à l’âge de 6 ans. « A l’époque, je trouvais que c’était trop personnel pour être publié », précise-t-elle.

Chez les Weil, réponse à tous ceux qui l’ont utilisée comme un talisman, a été rédigé presque d’un seul jet durant l’été 2008, par un auteur qui habituellement rature beaucoup. Et à ceux qui lui disent encore aujourd’hui : « J’ai adoré votre livre… Enfin les parties sur votre tante », on a envie de répondre : « Mais l’avez-vous vraiment lu ? »

Plus d’informations :

Conférence de Sylvie Weil « At home with André and Simone Weil », le 10 février à 19h au Skyroom de la FIAF, 22 East 60th Street.

 

 

 

 

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related

  • Olivier Barrot à la Maison française de NYUOlivier Barrot à la Maison française de NYU Le journaliste, que l’on retrouve régulièrement sur TV5 dans Un livre, un jour, a entamé à la Maison française de NYU le cycle Litterature in the […] Posted in Books
  • Le « Castor » aurait 100 ansLe « Castor » aurait 100 ans Simone de Beauvoir est née le 9 janvier 1908. On fête donc en 2008 le centenaire de sa naissance. À cette occasion, un colloque international est organisé […] Posted in Books