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De la préservation de l’environnement comme un actif au bilan des entreprises

Que vaut notre planète ? Pavan Sukhdev, le fondateur directeur d’une société conseil qui aide les gouvernements et les sociétés à évaluer et gérer  leurs impacts sur le capital naturel et humain suggère une réponse élégante par sa simplicité : pour déterminer la valeur de notre planète, il soustrait le “rien” du “tout” et divise cette somme par la valeur initiale, c’est-à-dire le “rien”. La valeur de la Terre serait donc infinie! Dépenser des milliards afin de coloniser Mars avec l’espoir de trouver de l’eau et des minéraux ne semblent pas plus irrationnel que la méthode de calcul du produit intérieur brut (PIB) qui ignore l’impact négatif de la croissance sur l’environnement, la santé, la qualité de la vie… Et pourtant sans écosystème nous n’aurions plus l’eau douce, la fertilité des sols, la pollinisation des cultures,  la conversion du dioxyde de carbone (CO₂) par les végétaux, la sécurité alimentaire, les échanges commerciaux, les bénéfices des entreprises…

Avant de déménager sur Mars, le moment est venu de quantifier cette richesse pour mieux la protéger. Et pour comptabiliser cette richesse  il faut considérer la préservation de l’environnement comme un actif au bilan des entreprises. Ce n’est pas parce que la nature est gratuite, qu’elle ne vaut rien. À un niveau macroéconomique, pourquoi ne pas remettre en question notre obsession d’un PIB à deux chiffres dont le calcul ne prend pas en compte la destruction de notre capital naturel ? À un niveau microéconomique, nous pourrions utiliser une “comptabilité verte” dans les entreprises pour décrire leurs résultats financiers. Celle-ci comptabiliserait comme actifs environnementaux les ressources naturelles contrôlées par l’entreprise et susceptibles de contribuer à ses revenus futurs (et, par extension, à apporter des avantages économiques à la société). Seraient considérés comme passifs environnementaux, les obligations contractuelles qui entraineraient des décaissements futurs suite à des dommages environnementaux provoqués par l’entreprise.

Comptabiliser les passifs environnementaux c’est reconnaître que les acteurs économiques ont une dette environnementale envers la société. Et s’il est vrai que la diminution des ressources naturelles est difficile à mesurer et à corréler avec une activité économique précise, ce n’est pas un argument suffisant pour justifier le statu quo. Car non seulement l’augmentation des ressources naturelles est mesurable mais elle peut aussi être créditée au bilan des sociétés engagées à poursuivre un développement durable. En d’autres termes un mécanisme de développement “propre” peut être une source de revenus pour les sociétés.  Pour y parvenir la troisième étape serait de mandater les acteurs économiques afin de les amener à gérer leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) en participant au marché des crédits compensatoires de carbone.

En Europe le système communautaire d’échange de quotas d’émission (SCE-QE) est la Bourse permettant l’échange des quota de CO₂ émis. Cet effort supranational est louable, mais insuffisant pour empêcher que les entreprises qui polluent soient tentées de délocaliser leurs opérations vers des pays avec de faibles normes environnementales ou encore de contenir comme par magie le CO₂ émis par la Chine au sein de son espace aérien. Les mesures de réductions d’émissions de CO₂ ne peuvent être optimales que si le prix du carbone est conforme  à la règle de l’unicité du prix à l’échelle globale.

Le 28 août dernier, l’Australie et l’Union européenne ont fait un pas dans cette direction en s’engageant à graduellement consolider leurs marchés dès juillet 2015. Mais, soyons prudents, car une bourse du carbone est un marché organisé qui vend littéralement de l’air. La comptabilité et la conservation des titres boursiers ou des titres physiques (tels les barils de pétrole) afin de s’assurer qu’un échange boursier ne soit pas frauduleux, est à notre portée. Un marché financier de titres dématérialisés est plus délicat à mettre en œuvre, particulièrement quand le commerce de ces titres bénéficie de subventions  et peut générer d’importants profits.

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