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De l’ordre dans le chaos au Guggenheim

L’exposition « Chaos et Classicisme, l’art en France, Italie et Allemagne entre 1918 et 1936 » , explore le retour du néo-classicisme dans la création artistique de l’entre-deux-guerres. A voir au Guggenheim jusqu’au 9 janvier 2011.

Au lendemain chaotique de la Première Guerre mondiale, les artistes en quête d’harmonie placent leur art au profit d’un « retour à l’ordre ». L’avant-garde – cubiste, futuriste, expressionniste -, n’échappe pas à la règle de ce bond en arrière. La référence à l’Antiquité (re)devient la norme du Beau et les images du passé, -celles de l’architecture romaine classique, des corps modelés de la Grèce antique et du rigorisme propre à la Renaissance italienne -, ressurgissent telles des fantômes. Picasso lui-même, tempérant son modernisme, entre dans une phase néo-classique. Surpris, le visiteur de l’exposition découvrira cette facette étonnante de l’artiste, très éloignée du cubiste que l’on connaît. “La Source”, l’une de ses peintures exposées, représente ainsi une femme massive, une cruche sur les genoux, qui n’est pas sans évoquer les motifs ornant les vases grecs et étrusques, même si le trait reste moderne.

De la recherche expérimentale à la xénophobie naissante, ce retour à l’antique, prônant l’ordre et la pureté des formes s’accompagne d’une resucée nationaliste. Cette tension se fait de plus en plus palpable alors que l’exposition se déroule chronologiquement dans la galerie en colimaçon du Guggenheim. Plus le spectateur gravit la rampe, plus la montée du totalitarisme devient visible. Le travail de quelques peintres à contre-courant sont aussi présentées, comme celle du dadaïste allemand Hannah Hoch qui n’hésite pas à tourner en ridicule Mussolini en le représentant dans le corps d’une petite nageuse (Roma, 1925) , ou l’extrait du film Le sang d’un poète de Cocteau dans lequel l’artiste détruit sa propre statue antique. Certaines œuvres de Suzanne Phocas, de la couturière Madeleine Vionnet, de Raoul Dufy ou de Le Corbusier étonnent par leur respect de la convention esthétique de l’époque.

Dans la dernière salle de l’exposition, la présence du célèbre triptyque d’Adolf Ziegler, représentant quatre jeunes nues et blondes qu’Hitler placera sur la cheminée de son appartement, accentue le sentiment de menace. Celle-ci se concrétise dans la pièce finale de l’exposition, un extrait du film “Olympia” de Leni Riefenstahl réalisé pour le compte du Comité des Jeux Olympiques de Berlin, en 1636, dans lequel l’idéal olympique flirte ouvertement avec la mystique nazie. Premier Prix du Festival de Venise, le film exalte la force martiale du corps masculin inspiré des athlètes grecs, présentés comme les ancêtres du peuple allemand. On apprend dans la notice explicative du musée que le ministère de la propagande nazie était à l’origine de la commande du film, trois ans avant que n’éclate la Seconde Guerre mondiale. Glaçant…

Infos pratiques :

“Chaos et Classicisme, l’art en France, Italie et Allemagne entre 1918 et 1936”, jusqu’au 9 janvier 2011 au Musee Guggenheim de New York.

Guggenheim Museum

107, 5th Avenue (entre la 88eme et la 89eme rue)

Plein tarif : 18$

Fermé le jeudi.

www.guggenheim.org/

 

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