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Débat français sur l’opportunité et les techniques d’exploitation des gaz de schiste

Invitée par la French American Foundation à New York le 29 janvier, Marie-Hélène Aubert, conseillère du président de la République pour les négociations internationales climat et environnement, a  présenté les ambitions de la France dans le cadre de la préparation de la 21e conférence des parties à la Convention des Nations Unies sur le climat qui aura lieu à Paris en 2015 (COP21). Elle est notamment revenue sur la position du gouvernement français concernant l’exploitation des gaz de schiste.

Marie-Hélène Aubert a d’abord souligné que les gaz de schiste sont une énergie moins polluante que le charbon. Elle n’y voit pourtant pas un miracle potentiel pour la France. Elle a rappelé le facteur géographique dans les comparaisons entre la France et les Etats-Unis : “Contrairement aux grands espaces américains, la France ne peut pas se couvrir partout de zones d’extraction loin des habitations, le territoire est trop petit”.

L’exploitation des gaz de schiste pourrait rendre les Etats-Unis autosuffisants en gaz d’ici à 2030 et en faire un des plus gros producteurs énergétiques du monde, devant l’Arabie Saoudite ou la Russie. On estime que plus de 600 000 emplois ont été créés par cette industrie.

Cette solution ne répond pas véritablement aux enjeux énergétiques contemporains, pour Marie-Hélène Aubert, car les gaz de schiste restent une énergie fossile, dont il faut envisager la sortie. La focalisation sur les gaz de schiste pourrait faire obstacle aux efforts de recherche et de développement pour les énergies renouvelables. Elle partage le point de vue du ministre de l’écologie Philippe Martin, qui a declaré le 24 janvier que l’extraction d’hydrocarbure n’est pas la bonne direction. “La bonne direction, c’est comme l’a dit le président de la République, tenter de réduire de 30 % notre consommation d’hydrocarbures à l’horizon 2030”, a-t-il expliqué.

Selon Marie-Hélène Aubert, il faudrait commencer par évaluer la quantité de ressources potentielles. Mais les mêmes techniques sont utilisées pour la prospection et pour l’extraction. La fracturation hydraulique intervient en effet dès la phase d’exploration. Un mélange d’eau et de produits chimiques est injecté à très haute pression pour écarteler les roches de schiste peu poreuses où est emprisonné le gaz, parfois du pétrole. Pour garder ouvertes les fissures créées, on ajoute du sable. Une fois injecté, ce “cocktail” chargé de gaz remonte à la surface. Bien que protégés par des coffrages en béton et des tubes, les puits peuvent connaître des fuites. Dans les fissures ainsi créées, les eaux usées peuvent s’infiltrer dans les nappes phréatiques.

Des entreprises françaises et étrangères ont obtenu des permis pour analyser le potentiel de la France en gaz de schiste depuis 2010. Toutes les autorisations ont été gelées le 30 juin 2011, lorsque le Parlement a interdit la technique de fracturation hydraulique pour l’exploration et l’exploitation de ces hydrocarbures. D’autres pays européens se sont lancés dans l’exploration de leurs ressources en gaz non conventionnel. La Pologne est le pays le plus avancé. Le 11 octobre 2013, le Conseil constitutionnel français, saisi par une question prioritaire de constitutionnalité, a confirmé la validité de la loi de 2011.

Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif, a déclaré vouloir “convaincre” le président de la République d’avancer sur la recherche de techniques propres pour permettre l’”exploitation écologique” du gaz de schiste. Selon Le Canard enchaîné du 29 janvier, le ministre aurait aussi retardé la publication d’un rapport qui présente une technique expérimentale “propre” pour extraire les gaz de schiste.

A la place de la fracturation hydraulique, du fluoropropane serait utilisé, une technique proposée par la société américaine ECorpStim. Ce composé est un dérivé du propane et est non-inflammable (non flamable propane, NFP). L’utilisation du propane aux Etats-Unis n’utilise pas beaucoup d’eau, et peu, ou pas du tout, de produits chimiques. Inconvénient principal : cette technique nécessite en surface plusieurs centaines de tonnes de propane inflammable.

Jamais testé en conditions réelles, le NFP présente les mêmes avantages que le propane. Sa propriété non inflammable “supprime à 100% les risques industriels”, selon le rapport publié en novembre par l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opesct). Comme le propane, il est toutefois “onéreux”, reconnaît l’Office, ce qui pourrait rendre l’exploitation non rentable. Il n’est pas non plus “sans danger pour le climat”, puisque le NFP compte déjà pour 0,05% des émissions totales de gaz à effet de serre, selon le rapport. Son pouvoir de réchauffement est en effet, sur 100 ans, 2 900 fois supérieur à celui du CO2 selon les estimations retenues par les Nations Unies. Sa potentielle libération dans l’atmosphère “nécessiterait de prévenir et de contrôler les fuites susceptibles de survenir à tous les stades de la chaîne de production”, recommande le travail parlementaire.

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