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Décès de Laurent Fignon, champion cycliste et combattant

Laurent Fignon, l’un des champions charismatiques du cyclisme, est décédé mardi à Paris des suites d’un cancer à l’âge de 50 ans.

Un concert d’hommages a salué la dernière échappée du double vainqueur du Tour de France (1983, 1984) qui avait révélé sa maladie au printemps 2009 mais avait tenu à poursuivre son activité publique en tant que consultant. En juillet, le dernier champion cycliste natif de Paris avait encore commenté le Tour sur France Télévisions malgré une voix affaiblie. A la mi-août, son état s’étant aggravé à cause de complications pulmonaires, il avait dû être hospitalisé à la Pitié-Salpêtrièrie où il est décédé à 12h30.

“Tout le monde s’était préparé (à sa mort) parce que depuis un an et demi, beaucoup de traitements ont été essayés qui ne marchaient pas”, a déclaré Alain Gallopin, l’actuel directeur sportif de l’équipe RadioShack qui était l’un de ses plus proches amis. “Il a été noble jusqu’au bout, comme il l’a toujours été. Il a donné tout ce qu’il pouvait. Quand il m’avait annoncé son cancer, il y a un an et demi, il m’avait dit ‘De toute façon, je n’ai pas peur de mourir'”, a souligné Alain Gallopin.

“Cycliste de légende”

Sitôt le décès connu, les mondes sportif et politique ont salué le combattant, l’homme de caractère et de franc-parler. “Il a donné (…) une leçon magistrale de dignité, de courage et d’humanité”, a estimé le président de la République Nicolas Sarkozy en saluant “un champion extraordinaire”. Bernard Hinault, qui fut son leader au sein de l’équipe Renault quand Fignon débuta en 1982 puis son rival, s’est avoué “très touché”. “C’était un combattant, il se battait pour la victoire comme moi, mais on menait toujours une lutte honnête, correcte”, a déclaré Hinault, le quintuple et dernier vainqueur français du Tour en 1985 à propos de l’adversaire qui l’avait battu l’année précédente.

Lance Armstrong qui avait proposé à Fignon de venir aux Etats-Unis pour suivre un traitement expérimental, a résumé le champion: “Un cycliste de légende”. Par son palmarès bien sûr, riche de deux Tours de France, d’un Tour d’Italie (1989) et de grandes courses d’un jour (deux Milan-Sanremo, une Flèche Wallonne, un championnat de France). Mais surtout par son tempérament d’attaquant, à l’origine de l’un des plus beaux Tours de l’histoire en 1989.

L’adversité de face

Cette année-là, Fignon, grand animateur de l’épreuve, avait perdu son maillot jaune le dernier jour face à l’Américain Greg LeMond dans l’ultime contre-la-montre (Versailles-Paris). Pour 8 secondes, l’écart le plus étroit en un siècle de Grande Boucle. Souvent malchanceux dans sa carrière qu’il a longtemps menée avec Cyrille Guimard pour mentor et associé, Fignon a toujours tenu à affirmer sa liberté. “Je n’ai jamais aimé le copinage. Avec qui que ce soit”, disait-il en homme rétif aux concessions.

Fignon, qui avait mis un terme à sa carrière en 1993, préférait affronter l’adversité de face. Jusqu’à son cancer, dévoilé publiquement en juin 2009, et au lien éventuel avec les pratiques dopantes dont il s’est expliqué dans son autobiographie au titre évocateur (“Nous étions jeunes et insouciants”, éditions Grasset, 2009). “Quand je suis tombé malade, j’en ai parlé aux médecins et ça les a fait sourire. Vu les doses, ils pensent que ce n’est pas lié. Est-ce un facteur aggravant ? Peut-être. Mais on ne peut pas tout ramener au dopage”, disait-il l’hiver dernier à Paris-Match. Fignon “parlait franchement”, suivant l’expression de Hinault. Le Parisien avait envisagé le bout de la route: “Si ça devait s’arrêter rapidement, je n’aurais pas beaucoup de regrets. J’ai eu une belle vie”.

 

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