Subscribe

Démonstration de force des opposants au mariage homosexuel

Environ 150 000 selon la police, plus d’un million selon les organisateurs : la manifestation contre le mariage homosexuel, placée sous haute surveillance, a encore été massive dimanche à Paris et suivie de violents incidents après sa dispersion.

“Nous poursuivrons le combat partout en France”, a lancé la présidente de La “Manif pour tous”, Ludovine de la Rochère, aux manifestants qui, en trois cortèges, avaient rallié en fin d’après-midi l’esplanade des Invalides. Après l’appel à la dispersion, la plupart des manifestant sont partis. Mais quelques centaines de fauteurs de troubles ont défié les forces de l’ordre une partie de la soirée à coups de jets de bouteilles, de pavés, de barres de fer et de fumigènes, aux cris de “dictature socialiste”, “journalistes collabos”, “la France aux Français”.

Après plus de deux heures de heurts, le calme est revenu en fin de soirée, des dizaines de ces fauteurs de troubles étant conduits dans des cars de police. Plusieurs blessés légers ont été comptabilisés, selon une source policière. Le ministre de l’Intérieur Manuel Valls a accusé l’extrême droite et la mouvance identitaire. Avant ces débordements, les organisateurs s’étaient félicités du calme et de la mobilisation des opposants au mariage homosexuel, venus en masse et en famille en dépit des mises en garde des autorités face aux dérapages redoutés de groupuscules d’extrême droite.

Bien que la loi sur le mariage homosexuel soit promulguée depuis huit jours, ses détracteurs ont voulu maintenir la pression dimanche, jour de la fête des mères. Selon la préfecture de police, la Manif pour tous a rassemblé quelque 150 000 personnes, soit deux fois moins que le 24 mars. Cent cinquante fonctionnaires de police étaient affectés au comptage des manifestants, encore une fois source de polémique, les organisateurs ayant estimé à “plus d’un million” le nombre de participants.

Un autre défilé nettement plus modeste, organisé dans le centre de Paris par l’institut Civitas, proche des catholiques intégristes, a rassemblé 2.800 personnes, selon la police. Manuel Valls avait déconseillé samedi “aux familles avec des enfants” de venir, du fait de la tension croissante. Dimanche soir, dans un communiqué, il a “condamné les violences causées par l’extrême droite” Mais Clothilde, venue manifester à Paris pour la quatrième fois depuis l’automne avec son mari et leurs quatre enfants, a expliqué ne pas avoir “voulu entrer dans le jeu” du gouvernement. Elle a toutefois regretté que “les gens se soient acharnés sur Frigide Barjot”.

Depuis plusieurs jours, la figure de proue de la contestation, dépassée par sa droite, s’était déclarée menacée et privée de liberté de parole, au point de renoncer à défiler. Trois jours avant la célébration du premier mariage d’homosexuels à Montpellier, cette nouvelle mobilisation massive était placée sous haute surveillance.

96 personnes interpellées

La préfecture de police avait mobilisé 4.500 policiers et gendarmes pour encadrer les cortèges, qui n’avaient été émaillés que de quelques incidents sans violence avant les débordements de la soirée. En fin d’après-midi, avant les échauffourées, Manuel Valls a annoncé que 96 personnes avaient été interpellées. Place d’Iéna, dans l’ouest de la capitale, quelques dizaines de jeunes avaient tenté en début d’après-midi de dévier vers les Champs-Élysées de l’itinéraire autorisé de la manifestation, initiative rapidement contrée.

Un peu plus tard, une dizaine de personnes se revendiquant du mouvement Génération identitaire ont escaladé une terrasse du siège du Parti socialiste, déployant une banderole “Hollande démission”. Interpellés, ils sont repartis en fourgonnette policière, sous les hourras d’une trentaine de personnes. A l’arrière du cortège de Civitas, le groupe d’extrême droite des Jeunesses nationalistes a défilé derrière sa banderole. En fin de journée, 25 ont été interpellés. Apportant leur soutien aux “anti”, plusieurs élus de l’UMP (Jean-François Copé, Henri Guaino, Laurent Wauquiez, Hervé Mariton, Brice Hortefeux) et du Front national ont pris part au défilé. Le président de l’UMP, Jean-François Copé, a estimé qu’il y avait eu une “mobilisation populaire extrêmement forte” et raillé le “zèle” de Manuel Valls qui a “utilisé toutes les intimidations possibles pour dissuader” les manifestants. La délégation FN a réuni entre 100 et 200 sympathisants.

Selon un sondage publié dimanche, près des trois quarts des Français (72%) pensent qu’il est temps que les manifestations s’arrêtent, la loi étant promulguée depuis huit jours. Présentée en novembre en conseil des ministres, la loi sur le mariage et l’adoption pour les homosexuels, engagement de campagne de François Hollande et première réforme sociétale du quinquennat, a cristallisé pendant des mois les critiques, notamment de la droite et de toutes les confessions. Son vote il y a un mois a été l’aboutissement d’un long parcours parlementaire, marqué par des débats houleux, des centaines d’heures de discussion et le dépôt de près de 5 000 amendements par l’opposition.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related