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Déplacement “républicain” de Manuel Valls en Corse contre le crime organisé

Le ministre de l’Intérieur Manuel Valls a entamé dimanche sa seconde visite en Corse en dix jours pour rappeler à Ajaccio, et lundi à Bastia avec sa collègue de la Justice Christiane Taubira, la détermination du gouvernement à enrayer la spirale criminelle qui a fait 18 morts depuis janvier dans l’île.

“C’est en premier lieu un déplacement républicain”, a déclaré M. Valls à la presse à la préfecture d’Ajaccio. Il l’a entamé en rendant hommage à la Résistance en Corse, premier territoire français libéré, dès septembre 1943. Il s’est recueilli, à la citadelle d’Ajaccio, dans la cellule où le chef de réseau Fred Scamaroni s’était suicidé, le 19 mars 1943, pour ne pas répondre à ses tortionnaires de la police politique fasciste italienne, l’OVRA. “Son sacrifice doit nous servir d’exemple. On ne transige pas avec les valeurs de la République”, a déclaré M. Valls, ajoutant lors d’une conférence de presse être venu rendre “l’hommage du gouvernement à tous les Corses morts pour la France”.

Concernant la criminalité, il a réaffirmé “une augmentation de la lutte contre les dérives affairistes et les débordements meurtriers du crime organisé”. “La vague actuelle des règlements de comptes appelle un sursaut, des résultats. Les Corses attendent des résultats, pas des mots”, a-t-il souligné, reconnaissant que “la pression avait moins porté sur les réseaux mafieux et le crime organisé que sur la lutte antiterroriste”. Il a notamment expliqué la multiplication des assassinats par le fait que “les groupes criminels sont en restructuration, en concurrence”, mentionnant le trafic de drogue.

Comme il l’avait fait lors de sa première visite, le 15 novembre, après l’assassinat du président de la Chambre de commerce et d’industrie de Corse-du-Sud, Jacques Nacer, M. Valls a souligné que “la menace affairiste, mafieuse” concerne notamment les secteurs de “l’urbanisme, la construction, la sécurité privée, le tourisme”. Face aux critiques sur le taux quasiment inexistant de résolution des affaires, depuis plusieurs années, il a indiqué que “la police et la gendarmerie doivent s’adapter, renouveler leurs méthodes”.

Une quarantaine de personnels supplémentaires seront affectés en Corse “au plus tard, début 2013”, a-t-il dit, rappelant qu’il souhaitait voir développer la vidéo-protection et la lecture automatisée des plaques minéralogiques. Mentionnant la présence lundi à Bastia, siège de la cour d’appel, de la ministre de la Justice, Christiane Taubira, il a ajouté que les enquêtes et les poursuites concerneraient notamment le blanchiment d’argent et les patrimoines indûment constitués. Leur “très grande détermination” dans ce domaine, a-t-il précisé, “est partagée par les ministres de l’Economie et des Finances, Pierre Moscovici, et du Budget, Jérôme Cahuzac”.

Interrogé sur un rapport du procureur de la République à Bastia dénonçant la concurrence entre services enquêteurs et l’insuffisance du renseignement à destination du parquet, M. Valls a souligné que “des marges de progrès existent”. “Dans un Etat de droit, magistrats et forces de l’ordre doivent travailler ensemble (…) et toute mise en cause publique affaiblit ce travail”, a-t-il dit, ajoutant toutefois être “convaincu” que “policiers et gendarmes peuvent travailler mieux, pas seulement en Corse”. Il a annoncé qu”‘il y aura “des sanctions” en cas de “concurrence qui mette en cause l’efficacité, les résultats”. M. Valls, qui a déclaré que “le contrôle de légalité doit se renforcer” pour mieux appliquer la protection du littoral, s’est rendu dans l’après-midi à Bonifacio pour survoler en hélicoptère l’extrême-Sud de la Corse, théâtre d’une intense spéculation foncière et immobilière.

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