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Des photos de lynchages de Noirs aux États-Unis exposées à Arles

Le lynchage des Noirs au cours du dernier siècle aux États-Unis est le thème d’une exposition choc qui se tient, jusqu’au 10 septembre, aux Rencontres de la photographie d’Arles. Corps mutilés, pendus, fouettés… ces documents rappellent la réalité violente de l’Amérique ségrégationniste.

C’était il y a 79 ans exactement. Deux Afro-Américains, Thomas Shipp et Abram Smith, sont battus à mort puis pendus le 7 août 1930 à Marion, dans l’Indiana, devant un public impassible. Cette scène n’était pas la première du genre et loin d’être la dernière, comme le montre l’exposition « Without Sanctuary », présentée cet été aux Rencontres de la photographie d’Arles.

Sur les murs de la galerie, plus de 70 photographies façon cartes postales renvoient à cette sombre page de l’histoire des États-Unis qui s’étend de 1882 à 1968, où plus  de 5 000 Noirs ont été victimes de lynchages par les Blancs.

Les corps meurtris de ces jeunes Noirs étaient considérés comme des trophées que certaines familles ont photographiés et conservés précieusement dans leur album photos.  James Allen, un antiquaire américain, est tombé par hasard sur l’une de ces sordides cartes postales. Celle-ci était enfouie dans un tiroir d’un meuble qu’il venait d’acheter. Pris d’intérêt, il passe une vingtaine d’années à collecter, principalement dans les boîtes à souvenir familiales.

L’antiquaire présente pour la première fois le fruit de ses recherches en juillet 2000 à New York puis sa collection est  achetée par le Centre pour les droits civiques et humains à Atlanta pour en faire une exposition permanente en 2012. «  Je suis conscient que les photos sont très dures à regarder mais il faut montrer ce qu’était l’oppression dans les États racistes du Sud. C’est important de se souvenir du passé pour le montrer au présent »,  estime Doug Shipman, le directeur du Centre.

Derrière l’image, les mots sont parfois insuffisants. « Dix des documents sont accompagnés de coupures de presse», explique le directeur d’Atlanta. Pour le reste, des témoignages des proches des victimes ou juste un nom, un lieu et une date nourrissent la légende.

Une vingtaine d’hommes et d’enfants posent, certains même lâchent un sourire, alors qu’au-dessus de leur tête, le corps de Lige Daniel est suspendu à un arbre comme un morceau de viande. Le jeune Noir a été lynché publiquement le 3 août 1920 dans le centre du Texas. Son délit, être né noir sur les terres d’une Amérique raciste, les mêmes terres qui ont élu, 89 ans après, le premier président noir des États-Unis.

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