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Des rires pour clore le Festival of New French Writing

Le Festival of New French Writing imaginé par Culturesfrance, mis sur pied par le journaliste français Olivier Barrot et l’universitaire américain Tom Bishop et coorganisé par les services culturels de l’ambassade de France, s’est achevé samedi à la New York University, sur plusieurs rencontres de haute volée. Rencontre placée sous le signe du rire, d’abord, avec le face à face de la jeune génération, entre David Foenkinos et Stefan Merrill Block, animée par Violaine Huisman, éditrice et consultante littéraire pour le FIAF de New York. Rencontre plus polémique ensuite, animée par Tom Bishop, entre Frédéric Beigbeder et le journaliste et  écrivain politique Paul Berman, qui se sont interrogés sur la perte de vitesse de la littérature française contemporaine aux États-Unis.

« Cocasse, farfelu, excentrique. » Tous ces adjectifs employés par la presse pour caractériser l’œuvre de David Foenkinos, comme le rappelait Violaine Huisman en début de séance samedi à la New York University, pourraient tout aussi bien s’appliquer à la rencontre entre l’auteur du Potentiel érotique de ma femme  et l’Américain Stefan Merrill Block, qui, à 26 ans, vient de publier un premier roman, Histoire de l’oubli.

La discussion a commencé avec la lecture rocambolesque par Stefan Merrill Block d’un très savoureux extrait du Potentiel érotique de ma femme qui raconte la fascination du narrateur pour la façon dont sa femme lave les vitres. Sous les rires du public, David Foenkinos a juré avoir épuisé ses ressources comiques avec ce roman et être devenu sinistre. Une affirmation difficile à croire si l’on se base sur le ton qui a présidé au reste de ses échanges avec Stefan Merrill Block.

Interrogé sur son processus de création littéraire, David Foenkinos a résumé : « Le plus dur, c’est de trouver le prénom du personnage. Lorsque j’ai trouvé Jean-Jacques, j’ai déjà trouvé toute son histoire. » L’écrivain a la métonymie féconde. Le prénom et un détail spécifique suffiraient à asseoir ses personnages et constituer ses romans. Dans Entre les oreilles, paru en 2002, le personnage de Mireille est exclusivement caractérisé par son oreille. Lassé de cette dernière, le narrateur finira par rompre avec le corps entier.

Violaine Huisman a ensuite interrogé les deux auteurs sur la part d’autobiographie assumée dans leurs oeuvres respectives. À un Merrill Block qui a admis tirer le sujet d’ Histoire de l’oubli d’un drame personnel – la maladie d’Alzheimer touche quasi systématiquement la branche maternelle de sa famille – s’oppose un Foenkinos résolument distant : « Lorsque j’ai sorti Le potentiel érotique de ma femme, on a fait mettre un bandeau « roman non autobiographique ». Non pas que mon ex-femme n’en ait aucun, à vrai dire, mais je ne voulais pas laisser penser aux gens qu’il s’agissait de mon histoire… Il a quand même fallu que la presse me pose la question. » Les deux auteurs ont dénoncé le dogme médiatique qui veut que chaque élément d’un roman d’aujourd’hui trouve forcément sa source dans le parcours personnel de l’écrivain: « Même pour mon premier livre (ndlr, Inversion de l’idiotie paru en 2001) qui parlait d’un simple d’esprit, ils m’avaient  fait le coup ! », s’est amusé David Foenkinos.

La séance suivante, plus académique, a réuni le romancier Frédéric Beigbeder et le journaliste et écrivain politique de gauche Paul Berman, auteur de plusieurs écrits sur l’Histoire de France. Au cœur du débat, le supposé manque de curiosité des Américains pour les cultures contemporaines étrangères et notamment pour la littérature française : « Les auteurs américains citent volontiers Balzac ou Proust », a déclaré Frédéric Beigbeder. « Mais qui cite Carrère ou Beigbeder ? »

Pour Paul Berman, le roman français contemporain a perdu l’ambition universaliste des œuvres du XIXème siècle : « Les romans français m’intéressent aujourd’hui d’un point de vue littéraire et personnel, mais plus d’un point de vue universaliste. » Les Américains auraient-ils remplacé les Français dans la volonté de lire le monde à travers une grille universelle ? Pour Frédéric Beigbeder, le roman total « balzacien » a en effet continué sa route aux États-Unis, alors que les Français se sont, depuis le Nouveau roman notamment, obstinément attachés à renouveler la forme.

Corollaire de ce que Frédéric Beigbeder appelle, par goût de la polémique, « l’arrogance anglo-saxonne », la traduction en anglais ne se fait parfois pas sans douleur pour les auteurs français. Notamment lorsqu’elle est synonyme de transposition, comme pour l’adaptation théâtrale de 99 francs au Royaume-Uni : « Les noms et les lieux ont été anglicisés », a déclaré l’auteur français. « Pourquoi penser que le fait de transposer une œuvre à des repères identifiables pour le lecteur ou le spectateur la rendra immédiatement plus intéressante ? C’est énervant ! »

La rencontre s’est achevée par un débat sur Windows on the World, un roman de Frédéric Beigbeder paru en 2003, qui raconte les attentats du 11 septembre 2001 depuis l’intérieur du restaurant du World Trade Center. Frédéric Beigbeider ne doute pas que l’on puisse écrire sur l’indicible. Il a conclu sa discussion avec Paul Berman en affirmant que « le but du roman, est peut-être justement de mettre des images, là où il n’y en a pas ».

Dossier de France-Amérique sur le Festival of New French Writing

Interview d’Emmanuel Carrère: “Les pick-up trucks, c’est pas mon truc!”

Interview d’Adam Gopnik, le “Parisien du New Yorker”

Interview de Marie Darrieussecq: “Les Etats-Unis font partie de ma vie”

Interview d’Olivier Rolin: “La politique, c’est le contraire de la littérature”

Interview de Frédéric Beigbeider: “Les lunettes et les cheveux longs, ça fait snob”

Compte rendu de la première journée du festival

Compte rendu de la seconde journée du festival

Compte rendu de la dernière journée du festival (Carrère/Prose)

A lire :
David Foenkinos :

Inversion de l’idiotie: de l’influence de deux Polonais, Gallimard, 2001.Prix François Mauriac.
Entre les oreilles, Gallimard, 2002.
Le Potentiel érotique de ma femme, Gallimard, 2004, prix Roger-Nimier.
En cas de bonheur, Flammarion, 2005.
Les cœurs autonomes, Grasset, 2006.
Qui se souvient de David Foenkinos?, Gallimard, 2007. Prix Giono.
Nos séparations, Gallimard, 2008.

Stefan Merrill Block:
The Story of forgetting, 2008

Frédéric Beigbeder :
Mémoire d’un jeune homme dérangé, 1990, Table Ronde
Vacances dans le coma, 1994, Grasset
L’amour dure trois ans, 1997, Grasset
99 Francs (14,99 euro) (6,20 euro), 2000, Grasset
Windows on the world, 2003, Grasset, Prix Interallié
L’Égoïste romantique, 2005, Grasset
Au secours pardon, 2007, Grasset

Paul Berman :
A Tale of Two Utopias: The Political Journey of the Generation of 1968. W W Norton & Company. (1996).
Terror and Liberalism. W W Norton & Company. (2003)
Power and the Idealists: Or, The Passion of Joschka Fischer, and its Aftermath. Soft Skull Press. (2005)

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