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Dette US : une guerre politique aux conséquences économiques mondiales

Le 16 mai 2011, la dette américaine a franchi le plafond autorisé par le Congrès de 14 300 milliards de dollars. Depuis, les réunions de crise s’enchaînent dans un climat de tension à l’approche de la date butoir du 2 août, lorsque les Etats-Unis se retrouveront en défaut de paiement.

Les plans d’économie et de réduction du déficit et de la dette sont tour à tour proposés puis refusés par les Républicains et les Démocrates, menés par John Boehner (Chambre des représentants) et Harry Reid (Sénat). La Chambre semble donc s’enliser un peu plus jeudi alors que M.Boehner doit soumettre son plan d’économie de 915 milliards sur 10 ans, couplé à un relèvement du plafond de 900 milliards de dollars.

Une entreprise difficile à soutenir après les revers subis au Congrès mercredi. Les élus de l’aile droite républicaine, suivis par 51 sénateurs démocrates et 2 indépendants, ont ainsi montré leur hostilité à ce plan. Le clou étant l’annonce faite mardi par le Bureau du budget du Congrès américain (CBO). Elle a montré que le plan des conservateurs permet de réduire les dépenses de seulement 850 milliards sur 10 ans, alors que le plan adverse en économiserait 2 200 milliards sur la même période de temps. »

Cette bataille menée d’un petit point par les démocrates n’est pour autant pas gagnée d’avance. La date d’une mise en défaut de la plus puissante économie du monde arrive à grands pas. Si aucun accord n’est trouvé cela serait “apocalyptique” pour l’économie mondiale a déclaré Barack Obama lundi dans un discours à la Nation (en fin d’article).

Une manoeuvre politique pour faire chuter Obama

Si les Républicains bloquent les plans des démocrates c’est “qu’ils reprochent à Barack Obama l’explosion des dépenses publiques (plan de relance, aides aux industries automobiles, aux banques) qui selon eux va immanquablement conduire à une augmentation des impôts fédéraux”, explique François de Chantal maître de conférences à l’université de Bourgogne et co-rédacteur en chef de la revue “Politique Américaine”. Ce à quoi le Tea party et les conservateurs sont viscéralement opposés.

Faire donc trainer les négociations apparaît comme une manœuvre politique pour faire chuter Barack Obama à 18 mois des élections présidentielles. ” La dimension politicienne est évidente lorsqu’Eric Cantor, le Whip républicain du Sénat se déclare prêt à accepter une petite augmentation de plafond de dette puis de réexaminer le sujet trois mois plus tard. L’objectif est de continuer à faire apparaître Obama comme le dépensier jusqu’à l’élection”, analyse François de Chantal.

“Le problème du plafond n’a jamais existé dans les années 80”

Au vu des précédentes hausses de plafond faites par les administrations Bush, l’augmentation n’apparaît pas problématique lorsque le président a la majorité dans les chambres basse et haute du Congrès.  “Le plafond de la dette a été augmenté régulièrement sous Bush par les Congrès républicains ». En 2001, George W Bush avait hérité d’une dette s’élevant à 5 700 milliards de dollars. A la fin de son second mandat, elle avait enflé de 4 900 milliards à cause des subprimes, des guerres coûteuses et les baisses d’impôts votées en 2001 et 2004. Ces impôts que Barack Obama cherche tant bien que mal a rétablir ont couté en 2011 près de 1 760 milliards de dollars au budget fédéral américain, selon le service de recherche du Congrès.

Depuis les élections de mi-mandat en 2010, la Chambre des représentants a basculé en faveur des Républicains et a créé une opposition au sein du Congrès. Ce qui n’est pas forcément à l’avantage des Républicains souligne François de Chantal. “Le problème du plafond de dette n’a jamais existé des années 80 à maintenant. Même Clinton et le Congrès républicain se sont entendus là-dessus. Autrement dit, ce sont les Républicains actuels qui créent le problème en arguant des déséquilibres trop importants. Les Démocrates répondent alors que c’est là l’héritage de Bush”.

“Les risques sont grands pour les Républicains s’ils maintiennent une tactique jusqu’au-boutiste. Le précédent c’est la confrontation budgétaire entre Newt Gingrich et Clinton au cours de l’hiver 95-96. Les “government shutdown” en décembre puis en janvier avaient fait un tort considérable aux Républicains et contribué à la réélection de Clinton, qui avait réussi à apparaître comme le modéré responsable face à un Congrès radical. Barack Obama va essayer de jouer la même carte que Clinton” conclut le maître de conférences.

 

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