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Deux Américains sur trois veulent la peau de Julian Assange

Deux Américains sur trois sont favorables à des poursuites judiciaires à l’encontre de Julian Assange, estimant que la fuite de milliers de documents diplomatiques orchestrée par le fondateur de WikiLeaks “nuit à l’intérêt public”.

Selon une enquête ABC News/Washington Post réalisée par téléphone auprès d’un millier de personnes, 59% des Américains estiment que M. Assange doit être arrêté et inculpé pour avoir divulgué ces documents. Seuls 29% des sondés pensent que l’affaire ne relève pas de la justice pénale.

Soixante-huit pour cent des personnes interrogées jugent que la révélation depuis novembre de notes internes de la diplomatie américaine “nuit à l’intérêt public”, contre 20% d’un avis contraire.

WikiLeaks a commencé à diffuser début novembre quelque 250 000 dépêches diplomatiques de Washington, semant l’embarras dans les chancelleries du monde entier.

La justice britannique a ordonné mardi la libération sous caution du fondateur du site internet WikiLeaks recherché en Suède dans une affaire de viol présumé, mais les autorités suédoises pourraient faire immédiatement appel de cette décision.

La libération de M. Assange est conditionnée au versement d’une caution de 240 000 livres (282 000 euros). L’Australien de 39 ans devra aussi porter un bracelet électronique. Il sera assigné à résidence à Londres et devra respecter un couvre-feu. A l’annonce de cette décision de justice, Julian Assange a levé le pouce en direction de ses avocats.

Le fondateur de WikiLeaks, un site qui dévoile depuis fin novembre des télégrammes diplomatiques américains, provoquant la colère de nombreux pays, n’a cependant pas été immédiatement libéré.

Les autorités suédoises, qui ont demandé son extradition, ont la possibilité de faire appel de cette décision dans les deux heures. M. Assange avait été arrêté à Londres le 7 décembre. La justice avait dans un premier temps refusé sa libération conditionnelle.

Wikileaks, des câbles diplomatiques sur internet

Le tourbillon de notes diplomatiques américaines mises en ligne par le site WikiLeaks en 2010 marque une étape majeure dans l’évolution d’internet, révélant toute l’étendue de son emprise sur le monde, pour le meilleur, ou pour le pire.

Les révélations de WikiLeaks rappellent l’affaire Napster, en 1999, qui avait provoqué une onde de choc dans l’industrie musicale en mettant en libre accès sur internet, gratuitement, des centaines de milliers de chansons, bouleversant à jamais les moeurs des consommateurs et des professionnels du secteur.

WikiLeaks aura-t-il le même effet en matière de diplomatie, de transparence et de liberté d’expression? C’est la question à laquelle tentent actuellement de répondre médias, gouvernements et experts. Pour WikiLeaks, la publication entamée fin novembre de plus de 250 000 télégrammes diplomatiques américains vise à souligner la “contradiction” entre la position officielle américaine et “ce qui se dit derrière les portes closes”.

Mais pour ses détracteurs, le site se rend coupable d’un crime, ourdi par un pseudo-défenseur de la transparence, l’Australien Julian Assange, fondateur de WikiLeaks. De fait, la frontière entre bienfaits et nuisances de la méthode WikiLeaks est floue, estime Clay Shirky, spécialiste américain des questions sociales et économiques liées à internet.

“Comme beaucoup, je suis partagé au sujet de WikiLeaks”, dit-il dans un message posté sur son site Shirky.com. “Il est clair que les citoyens d’une démocratie qui fonctionne doivent être en mesure de savoir ce que fait et ce que dit leur pays en leur nom”, relève-t-il. “Et WikiLeaks remplit pleinement ce rôle”.

“Mais d’un autre côté, tout ne peut pas rester parfaitement transparent”, dit-il en référence au secret diplomatique. “Les gens qui essaient de trouver des solutions doivent être capables d’exprimer en privé des opinions qu’ils condamneraient ensuite en public” et “WikiLeaks compromet grandement ces pratiques”, observe-t-il.

Andrew Rasiej, co-fondateur du blog politico-technologique techPresident.com, estime pour sa part que WikiLeaks a fait entrer internet dans un nouvel âge. “C’est un événement à la Napster, dans la manière dont la technologie modifie la relation entre les gens et leurs gouvernements”, avance-t-il.

“Et j’espère que quand tout se sera calmé, le gouvernement (américain) reconnaîtra qu’il doit faire des efforts en matière d’ouverture et de transparence et qu’il ne doit utiliser le secret qu’en de rares occasions”, ajoute-t-il. Mais M. Rasiej craint toutefois que “les gouvernements ne soient tentés d’imposer un remède qui soit pire que la maladie”.

L’avenir pourrait en outre s’assombrir pour WikiLeaks, cerné de toutes parts par des gouvernements aux moyens colossaux, remarque James Lewis, expert en cyber-sécurité du cercle de réflexion Center for Strategic and International Studies. “Dans dix ans, plus personne ne dira que WikiLeaks était une bonne chose”, lâche-t-il, rappelant que Napster a fini par jeter l’éponge face à la vindicte des majors.

Les responsables de WikiLeaks “ont peut-être commencé avec de bonnes intentions, mais ça va se retourner contre eux”, ajoute James Lewis. “Les gens vont finir par se demander si de tels comportements sont responsables. Et je crois que leur réponse sera non”.

“Qu’il y ait ou non d’autres documents révélés, mais nous pouvons être certains qu’il y en aura, WikiLeaks nous a fait réaliser qu’aucun secret n’est à l’abri”, note de son côté un expert des médias, Jeff Jarvis, sur le blog Buzzmachine.com. “Avec internet, le pouvoir change de mains”, poursuit-il. “Il passe de ceux qui détiennent les secrets, à ceux qui créent des ouvertures”.

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

 

 

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