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Diplomatie économique pour le Groupe des Huit

Chargée de cours de finance a l’université de Pace et de Columbia, Isabelle Delalex revient sur la génèse du G8 et son importance grandissante dans les grandes décisions économiques.

Souvenez-vous, à l’issue du sommet du G8 en 2007, Nicolas Sarkozy est en retard pour sa conférence de presse après un entretien avec  Vladimir Poutine avec qui il aurait consommé plus que de l’eau, tout en discutant de sujets qui fâchent.  Le Président Français déclare: « …nous avons évoqué tous les sujets, la Tchétchénie, la journaliste (Anna Politkovskaïa), les droits de l’homme, les droits des homosexuels, nous l’avons fait calmement, sereinement… ». Les réunions du Groupe des Huit ont prodigué d’autres anecdotes mettant en évidence la convivialité, voire l’intimité qui caractérisent les réunions du G8. La genèse du G8 fait suite au choc pétrolier de 1973 et à la récession mondiale qui suivit.

Les Etats-Unis forment alors un groupe informel réunissant les dirigeants des cinq plus grands pays industrialisés de l’époque : les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, le Japon, La France et l’Allemagne de l’Ouest. Dès 1974,  parce qu’ils se rencontrent dans la bibliothèque de la Maison Blanche, ce groupe de grandes puissances économique est appelé le “Groupe de la bibliothèque”: ses pays membres ont tous une économie libérale et des institutions démocratiques.  Les réunions du G5 traitent principalement de croissance économique, de libre-échange, d’indépendance énergétique, de questions financières et d’harmonisation de politiques monétaires ; tout cela de façon informelle, en toute franchise et sans protocole.

Le groupe s’élargit rapidement pour inclure l’Italie et d’un commun accord, le Groupe des Six sous l’égide du président Valéry Giscard d’Estaing, signe la Déclaration de Rambouillet en 1975 engageant ses pays membres à être responsables  “de la conduite d’une société ouverte, démocratique, profondément attachée à la liberté individuelle et au progrès social”. L’année suivante le Canada intègre le groupe et, non sans ironie, lorsque la RDA communiste rejoint l’Allemagne de l’Ouest en 1990, elle est, de facto, assimilée au club des pays les plus riches. La victoire des économies de marché libéral sur le communisme est consacrée en 1997, quand la Russie, invitée par l’Amérique de Bill Clinton, rejoint le groupe pour former le G8. Deux ans plus tard, le G20 est créé pour favoriser la stabilité. Le G8 représente aujourd’hui 13 % de la population mondiale et produit 51 % du produit mondial brut (PMB). Cependant, Goldman Sachs estime qu’en 2050, les pays définis comme développés aujourd’hui, ne représenteront que 31 % du PMB.

Progressivement, l’ascension des pays émergents porte ombrage à la légitimité et l’efficacité du Groupe des Huit. Certains suggèrent que le G8 est un anachronisme d’après-guerre, non représentatif de la réalité globale économique et politique actuelle. Notamment exclus à la table des puissants : le Brésil, l’Inde, le Mexique, l’Afrique du Sud et la Chine. Cette dernière est la deuxième puissance économique mondiale, avec un produit intérieur brut (PIB) estimé en 2011 à sept billions de dollars, soit 10% du PMB.  Ensemble, ces pays émergents regroupent 42 % de la population mondiale et représentent 19 % du PMB ; depuis 2005, ils sont identifiés comme « un nouveau » G5 et se font le porte-voix des intérêts communs des pays émergents.

Dans un contexte de crise économique embourbée par le problème des dettes souveraines des nations développées, la bataille pour l’âme du G8 semble avoir été précipitée par les évènements du « Printemps arabe ».  En mai 2011, en soutien aux mouvements de libération, tous les membres du G8, y compris la Russie, ont signé le « Partenariat de Deauville » qui engage les pays membres « à aider les pays arabes dans leur transition vers des sociétés libres et démocratiques », des valeurs qui trente-sept ans plus tôt furent prônées à Rambouillet.

Le chef de la diplomatie américaine, Hillary Clinton, a indiqué que le prochain sommet du G8 qui se réunira les 18 et 19 mai à Camp David, sera fidèle aux engagements pris à Deauville pour gérer la crise syrienne. La Russie est le seul membre du G8 dont les intérêts géo-politico-économiques se heurtent à la chute du régime syrien. Il est raisonnable d’espérer que si les intérêts économiques de la Russie sont pris en compte, les Russes, qui sont membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU, accepteront d’imposer de plus sévères sanctions contre le gouvernement d’Assad. Camp David est un lieu chargé d’histoire et de symboles auxquels le président Poutine sera peut être sensible.

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