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Diplômes à l’américaine

Professeurs en toge noire, étudiants munis d’une écharpe blanche brodée de l’enseigne de l’université, remise de mé-dailles, discours et petits fours à foison, la cérémonie a pris ce week-end des allures américaines. Les cinq cents docteurs fraîchement moulus de l’université Paris-VI Pierre-et-Marie-Curie ont été célébrés samedi en grande pompe. Point d’orgue des festivités, un gala a été organisé en fin de soirée. « Il s’agit de valoriser les étudiants, de rompre l’anonymat des facs, de récompenser les efforts et communiquer sur ce qui va bien », a expliqué Sylvie Sarzana, porte-parole de l’université.


 


Depuis quelques années, en France, la remise des diplômes universitaires prend exemple sur les grandes écoles françaises et se pare d’un faste nouveau. Rien n’est trop beau pour chouchouter les nouvelles élites universitaires. « Les étudiants sont heureux, cela crée une ambiance conviviale et nous permet de savoir ce que deviennent nos étudiants », assure Michel Lussault, président de l’université de Tours et porte-parole de la Conférence des présidents d’universités. Alors que le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse, répète à l’envi sa volonté de faire de l’université « le lieu de l’excellence » de l’enseignement supérieur, cette solennité nouvelle pourrait aider, au moins symboliquement, à redorer le blason de facultés en mal de reconnaissance.


 


« C’est une excellente chose, se félicite Jean-Robert Pitte, président de l’université de la Sorbonne-Paris-IV, qui organise des cérémonies informelles pour les masters professionnels depuis plusieurs années. Les étudiants et leurs parents sont très en demande de ce type d’événements. On ne peut malheureusement pas les organiser autant qu’on le souhaiterait car cela mobilise beaucoup de personnel. Mais tout ce qui peut mettre en valeur les diplômes et le savoir-faire de l’université est bon à prendre. »


 


Abandonnée après Mai 68, la cérémonie officielle de remise des diplômes revient donc au goût du jour. Et tend à remplacer l’impersonnelle délivrance du papier sacré sur un coin de table dans un sombre bureau administratif. L’idée fait des émules : déjà, l’université René-Descartes-Paris-V prévoit de mettre au point des festivités identiques en juin 2008.


 


L’excellence d’une formation


 


En filigrane, ces célébrations poursuivent un autre objectif : accentuer le caractère professionnalisant des formations universitaires. « La tradition universitaire veut qu’on célèbre les rentrées. Fêter les diplômes est davantage une tradition des formations professionnelles », estime Yves Lichtenberger, président de l’université de Marne-la-Vallée. D’autant que les fêtes, auxquelles sont conviés anciens étudiants et professionnels, peuvent devenir un nouveau lieu de rencontre entre le monde de l’entreprise et celui de l’université. Et resserrer leurs liens pour enrayer la fuite des meilleurs éléments, encore trop souvent happés par les firmes étrangères avant même l’obtention de leur diplôme. « Les étudiants des disciplines scientifiques, notamment ceux des sciences de l’ingénieur, sont les premiers concernés par ce phénomène », confirme Jean-Robert Pitte.


 


Malgré son succès, la nouvelle tendance provoque certaines réserves. « C’est loin d’être une priorité », rappelle Bruno Julliard, président de l’Unef, syndicat d’étudiant classé à gauche. À l’heure où les discussions sur la réforme de l’université battent leur plein, et tandis qu’une nouvelle loi sur l’autonomie se profile pour juillet prochain, la tendance fait sourire. « C’est la cerise sur le gâteau, tempère Jean-Robert Pitte. Mais, pour redonner un caractère d’excellence à une formation, il faudrait d’abord que nous puissions choisir nos étudiants et que nous ayons les moyens de les conduire au succès et à l’insertion professionnelle. »


 

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