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“Diriger 300 personnes sur scène, comme Spielberg sur un tournage, c’est l’aboutissement absolu”

Frédéric Chaslin dirige à partir de lundi 15 décembre et jusqu’au 10 janvier, La Bohème de Puccini, au Metropolitan Opera de New York. Rencontre avec le plus new-yorkais des chefs d’orchestre français.

Vous dirigez La Bohème de Puccini, qui démarre lundi 15 décembre au Metropolitan Opera de New York et jusqu’à mi-janvier. C’est la cinquième fois que vous venez au Met. Toujours avec le même plaisir ?

Le Met, c’est vraiment pour moi la Mecque de l’Opéra. Je crois que c’est le meilleur orchestre d’opéra du monde : il est très versatile, capable de s’adapter avec brio aux divers styles et couleurs de pièces très différentes. J’adore par ailleurs travailler avec des Anglo-Saxons qui ont vraiment le sens du travail en équipe.

Parlez-nous un peu du spectacle.

Tout juste un an après le Barbier de Séville, qu’on avait donné dans une version moderne très Broadway, je reviens, avec la Bohème, à un spectacle plus classique. Le parti pris de la mise en scène l’est d’ailleurs également, et je trouve que c’est bien comme ça: on n’a pas envie de voir la Bohème transposée dans un hôpital psychiatrique ! La mise en scène est littérale et grandiose. Chaque décor, conçu spécialement pour l’immense salle du Met, est à couper le souffle.

Vous croiserez Daniel Barenboim, avec qui vous avez commencé votre carrière, et qui, lui, débute au Met avec Tristan et Isolde de Wagner.

Oui, le grand Barenboim débutant au Met, c’est drôle ! Comme quoi, chaque parcours est différent. Moi, par exemple, je n’ai jamais joué à Covent Garden.
C’est un plaisir de croiser ce grand maître qui continue toujours, même après une telle carrière, d’évoluer dans son travail. Je trouve ça très émouvant.

Quelle influence a-t-il eu sur vous ?

Il m’a appris la méthode. Nous sommes très différents : moi, je suis plutôt du genre instinctif. Lui est un intellectuel, qui prépare à fond ses répétitions. En ce sens, je suis plus proche de Pierre Boulez, qui lui aussi était très instinctif.
Barenboim aussi un très bon « coach » : il sait expliquer aux gens ce qu’il veut.

Comment se renouvelle-t-on dans une œuvre comme la Bohème déjà présentée de nombreuses fois ?

Vous savez, ce n’est pas au chef d’orchestre de réinventer une œuvre. Comme dit Gustav Mahler, « les vrais problèmes viennent avec la composition ». La partition ne change pas et ce serait prétentieux de vouloir réinventer Puccini. Le chef d’orchestre se doit d’être un humble artisan. Ce qui rafraîchit une œuvre aussi célèbre que la Bohème, ce sont ses interprètes, jeunes et enthousiastes. Ramon Vargas, dans Rodolfo, ça c’est nouveau !

Pianiste de formation, vous êtes également compositeur et aujourd’hui écrivain. Comment gérez-vous toutes ces casquettes ?

Ce sont les différentes branches d’un même arbre. Je suis devenu compositeur naturellement, en cherchant sur mon piano. Puis, j’ai voulu être chef d’orchestre parce que je suis un peu mégalo ! La musique de chambre, c’est bien, mais vous n’imaginez pas ce que c’est que d’avoir 300 personnes sur scène que vous dirigez, comme Spielberg sur son tournage. C’est un aboutissement absolu.

Et ce livre que vous écrivez?

Ce livre était à l’origine une lettre que j’ai écrite à un ami, qui se plaignait de ne rien comprendre à la musique contemporaine. La lettre est devenue un chapitre, le chapitre un livre. Ca m’a étrangement permis de prendre une nouvelle direction en tant que compositeur : après avoir décortiqué, décomposé la musique, en cherchant à être résolument moderne, je reviens à des choses plus classiques, plus mélodiques. C’est comme un retour aux sources.

Quel est votre plus beau souvenir sur scène.

Celui auquel je pense en premier, c’est ce soir de Carnaval à la Fenice de Venise, où je donnais les Contes d’Hoffman, déguisé en Giulietta, avec une robe, des faux seins et une baguette magique pour diriger. En drag queen, quoi ! Et bien ça a été le plus grand succès de ma carrière ! Plus sérieusement, j’ai la chance d’avoir dirigé d’immenses chanteurs : Nathalie Dessay, par exemple, dans la jeune génération. Je me souviendrais toujours de ce magnifique Lakmé de 1994 à l’Opéra Comique de Paris.

Le public new-yorkais est-il différent des autres publics ?

Chaque public a sa particularité. Pour caricaturer, plus on va au sud, et plus on a l’impression d’être au cirque ! Non, le public new-yorkais est très civilisé. Il y a quand même quelque chose : c’est le seul public au monde, à se ruer aussi rapidement dehors, dès le premier salut, pour être sûr de trouver un taxi !

Vos prochains projets ?

Je viens de finir d’enregistrer un opéra composé d’après Les Hauts De Hurlevent, d’Emily Brontë, en collaboration avec Paula H. Fischer, auteur et productrice à Broadway. C’est un projet grandiose. J’aimerais beaucoup le jouer à l’Opera North de Leeds, patrie des sœurs Brontë, ou à l’opéra de Los Angeles, très friand de spectacles “hollywoodwiens”.

Informations pratiques:

La Bohème de Puccini, au Met de New York

les 15, 18, 22, 26, 29 décembre 2008, les 3, 6 et 10 janvier 2009, à 20h

Réservations: http://www.metoperafamily.org/

 

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