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Dog Pound : un coup de poing signé Kim Chapiron

Dans Dog Pound, le réalisateur français Kim Chapiron explore l’univers carcéral des prisons pour mineurs. À 30 ans, le cofondateur du collectif artistique Kourtrajmé vient de recevoir le prix du meilleur nouveau réalisateur au festival de Tribeca et fait parler de lui aux États-Unis. Entretien.

Dog Pound se situe à mi-chemin entre la fiction et le réel, pourquoi ce choix ?

Un metteur en scène est avant tout au service de son sujet. Et dans mon film, le sujet traite des enfants en prison. Je ne pouvais pas trouver de meilleurs ambassadeurs pour mon film que de vrais jeunes délinquants incarcérés. Pendant les différentes recherches que j’ai faites avec le co-scénariste du film, Jérémie Delon, nous avons rencontré tous ces jeunes dans leur prison. En parlant avec eux, en les voyant, je me suis dit « Jamais je trouverai des acteurs qui dégagent cela… » On a repéré les détenus qui étaient susceptibles de sortir et on s’est retrouvés sur le tournage avec le rôle principal du taulier de la prison, interprété par Taylor Poulin, qui était en prison deux jours avant. Il mettait la note juste au film. Ce n’est pas une volonté de ma part de donner ce style à mon film, c’est juste que j’aime regarder ces acteurs, j’aime ressentir ces émotions à travers un film.

Est-ce que faire jouer leurs propres rôles aux jeunes délinquants de Dog Pound ne dédramatise pas leurs actes ?

Je me pose surtout en raconteur d’histoire. On utilise quelques outils réels comme des comédiens qui vivent eux-mêmes cette réalité mais mon film reste une fiction. Je ne suis pas là pour juger, on raconte seulement des personnages inventés.

Votre film est donc plus proche de la fiction que du documentaire ?

Bien entendu. Je dirais même que la réalité que j’ai vue ou entendue est plus triste et plus dure, surtout en Amérique.

Les acteurs de Dog Pound sont des délinquants juvéniles qui n’ont sûrement aucun repère par rapport à l’autorité, comment les avez-vous dirigés pendant le tournage ?

Ayant fait toutes ces recherches et les ayant beaucoup côtoyés pendant l’écriture et la préparation du film, ils ne m’ont jamais traité comme un réalisateur racoleur, qui veut faire un blockbuster, avec un regard profiteur ou vulgaire de la situation. Il y avait un rapport direct entre nous. Je n’avais pas à me justifier ou à leur prouver quoi que ce soit. On allait dans le même sens.

Pourquoi avez-vous choisi de mettre en lumière une prison pour délinquants juvéniles plutôt qu’une autre ?

L’adolescence est un sujet qui m’est cher, quasiment tous mes courts-métrages et mon premier long-métrage traitent de l’adolescence. C’était une façon de parler d’une adolescence que je connais un peu moins, celle des Américains. L’Amérique représente tous les extrêmes. Quand on parle d’un sujet américain, ça touche immédiatement beaucoup de gens. Le monde entier s’identifie aux références américaines, ça en fait un sujet universel.

Pourquoi êtes-vous autant attaché à l’adolescence ?

Cet âge me fascine, car on est obligé d’être en test permanent avec les limites qu’on nous impose. C’est un sujet grâce auquel j’ai pu en traiter pleins d’autres,  comme l’adolescence à fleur de peau qu’on retrouve dans Dog Pound.

Comment avez-vous vécu la vôtre ?

J’ai fait mon premier court-métrage en 1995 avec Romain Gavras à l’âge de quinze ans. J’étais en plein dedans. À l’époque on voulait tester les limites, on a fait Paradoxe perdu, un film qui mélange provocation, zoophilie, références de Star Wars, tout ça nous représentait Romain et moi. Ça définit bien l’envie de tester les limites et de les explorer. Nous étions influencés par les références de nos parents et par l’univers de nos pères. Le mien était un peintre graphiste punk, donc tout était provocation.

À quinze ans, vous filmiez déjà, qu’est-ce que vous ressentiez une caméra à la main ?

La caméra est un outil qui permet de parler aux gens de façon ludique et assez simple. L’effort que l’on fait quand on regarde un film est un effort que tout le monde peut faire. C’est un outil universel qui parle à beaucoup de gens. C’est une envie de parler et d’être écouté, je pense que c’est un média qui fonctionne bien.

Tout a commencé avec Romain Gavras : qu’est-ce que représente le collectif « Kourtrajmé » ?

Au début, Kourtrajmé était une signature. Un film de Romain Gavras et de Kim Chapiron, ça voulait dire Kourtrajmé. Ensuite, nos amis et nos collaborateurs se sont impliqués de manière plus forte et c’est devenu une signature commune à différents réalisateurs.

Comment Vincent Cassel a-t-il participé à Kourtrajmé ?

Vincent Cassel est arrivé très tôt. Il m’a demandé de réaliser un clip musical dans lequel il devait jouer. J’ai écrit l’idée du clip pour lui et finalement il ne voulait plus le tourner. J’étais très déçu et il m’a dit : « Je suis désolé de t’avoir entraîné dans ce plan. Dis-moi si je peux t’aider. » Je lui ai dit  : « Faisons un film ! » Le week-end suivant, on tournait un court-métrage sur un parking avec une bonne cinquantaine de personnes, dont plein de Vietnamiens. C’était le premier court-métrage des « frères wanted » (ndlr, Olivier Barthelemy, Vincent Cassel et Marco Payen), ça lui a plu et après on a enchaîné.

Qu’a-t-il apporté à Kourtrajmé ?

Il a apporté son rayonnement. Nous avons pu toucher beaucoup de gens grâce à sa présence. Vincent me fait croire que tout est possible parce qu’il le prouve tous les jours.

Cette année, votre nom a fait surface aux États-Unis grâce notamment à votre récompense au festival du film de Tribeca pour le meilleur nouveau réalisateur. Quel a été l’impact de cette victoire ?

Le festival du film de Tribeca m’a permis de rencontrer Robert De Niro et de confronter Dog Pound au public américain auquel il était adressé. La salle a vraiment bien réagi et le prix a généré beaucoup de propositions pour le cinéma américain. Le plus bel impact de Tribeca, ce sont des sorties dans le monde, aux États-Unis distribués par Elephant Eye et en Angleterre par Optimum, deux labels très réputés.

Est-ce que le succès de Dog Pound faisait partie de votre plan de carrière ?

Il n’y a pas de plan de carrière. Je fonce tête baissée dans ce qui m’excite au moment présent et sans me projeter. Ce projet sur les prisons juvéniles est arrivé d’un coup et je suis parti un an « on the road » aux États-Unis. Ce n’était pas mon but, c’est juste arrivé.

Quels sont vos projets ?

Je suis en train d’écrire un film avec Vincent Cassel et Pierre Grillet. C’est un film qui se passe pendant le carnaval de Rio au Brésil et qui parle d’une histoire d’amour que vit notre héros, Vincent Cassel, pendant le carnaval.

 

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