Subscribe

“DSK est une version appauvrie et grotesque du Roi Lear”

L’affaire DSK n’en finit plus d’inspirer les auteurs et réalisateurs. Le roman Chaos brûlant de Stéphane Zagdanski, à paraître le 23 août, revient sur l’affaire de l’été 2011, à New York.

France-Amérique : Pourquoi s’inspirer de cet épisode judiciaire comme sujet de roman ?

Parce que tous les symptômes de l’effondrement de la civilisation occidentale s’y trouvent fusionnés dans la tragi-comédie d’un seul homme : une absurde sexualité machinale dissociée de tout raffinement langagier (on est aux antipodes de l’univers de Sade), une cécité existentielle maladive, propre de l’arrogante oligarchie qui mène la planète à sa ruine, l’hypertrophie médiatique s’alimentant de son propre vide, la criminelle impotence politique accoutrée sous les oripeaux publicitaires de la communication…

Quel genre de personnage littéraire est Dominique Strauss-Kahn ?

DSK est une version appauvrie et grotesque du Roi Lear : un homme qui se croit au sommet d’une souveraineté dont il se dépossède par la démesure bouffonne de son caractère, par sa surdité émotionnelle et par l’ignorance qu’il manifeste obstinément de lui-même et des autres. Un homme que presque tous abandonnent, qui sombre dans le désarroi et ne trouve plus refuge nulle part, tel au sortir de Rikers Island.

Comment avez-vous travaillé pour ce livre ?

L’affolement spectaculaire autour de cette affaire hors norme – qui a dépassé en couverture médiatique les attentats du 11 septembre 2001 – et le rôle des nouveaux médias comme Youtube et Twitter étant un thème important de mon roman, je me suis mis dans la peau d’un voyeur absolu, décortiquant tout ce que je pouvais trouver concernant DSK sur Internet. Je mets donc en scène de pures images avec une licence débridée, celle du romancier dont Proust écrit qu’il “devine à travers les murs”, ceux en l’occurrence de la suite 2806 du Sofitel de New York.

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related

  • Aimé Césaire, le chantre de la négritudeAimé Césaire, le chantre de la négritude Père du célèbre concept de négritude - la conscience d'être noir -, le Martiniquais Aimé Césaire est décédé jeudi à 94 ans, après avoir consacré sa vie à la poésie et à la politique sans […] Posted in Books
  • Du temps de la France et de l’AmériqueDu temps de la France et de l’Amérique Je suis le meilleur chroniqueur littéraire de ma rue. (C’est franc, direct, irréprochable). Ma rue est une ruelle, où les appartements vides sont majoritaires. Autrement dit : je ne serai […] Posted in Books