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Du français avec une pointe d’accent occitan dans les écoles new-yorkaises

Dix-sept jeunes professeurs de la région de Montpellier effectuent depuis le 23 février un stage de trois semaines dans les écoles publiques new-yorkaises dans le cadre d’un projet de partenariat scolaire entre leur académie et celle de New York. Reportage.

Sweat-shirt à capuche sur l’épaule et sacoche à la main, l’imposant jeune homme parcourt d’un pas confiant les couloirs de l’école PS 84 dans l’Upper West Side à New York. Derrière l’apparente assurance, les mots de Yohann Grosset, enseignant stagiaire de la région de Montpellier, laissent pourtant transparaître surprise et admiration. Et ce ne sont pas ses premières foulées sur le Brooklyn Bridge qui en sont à l’origine. « Je suis très impressionné par le système scolaire américain et ce programme bilingue, avoue-t-il. Dans ces classes de PS 84, les enfants jonglent si facilement entre les jours de cours en anglais et ceux en français. C’est hallucinant. Avec mes CP (ndlr, enfants de 6 ans) en France, il est inconcevable de faire une journée entière en anglais. Dans l’initiation que je leur propose, ils décrochent au bout de 45 minutes. »

Quand Diana Goudard entre dans les classes de l’école PS 58 de Carroll Gardens à Brooklyn et croise le regard des élèves attentionnés et passionnés par l’enseignement qu’on leur prodigue, elle a à peu près la même réaction. Cette étudiante en 2e année à l’IUFM de Montpellier et enseignante à l’école des Pecquelets de Saint-Brès (banlieue de Montpellier), a inscrit son fils en classe bilingue allemand en France et soutient ce genre de programmes avec enthousiasme. « Cela permet à des enfants, qui sont socialement un peu en marge du fait de leur origine française, à ne pas se voir exclure, analyse-t-elle. Ils sont au contraire mis en avant lorsqu’on s’appuie sur leur langue maternelle pour les faire évoluer vers le bilinguisme. Et ici, à New York, on a l’impression que ce plurilinguisme va de soi. »

Jayme Perlan, directrice adjointe de PS 58, souligne les bienfaits des cours d’immersion linguistique : « Le programme bilingue en français est une opportunité formidable pour tous les enfants qui y sont inscrits. Nous avons des enfants, presque des bébés, en maternelle, qui parlent ou apprennent déjà deux ou trois langues. Ces enfants sont des privilégiés compte tenu des réductions de budget actuelles. On leur donne l’opportunité de s’ouvrir très tôt sur le monde. C’est en adéquation avec l’esprit new-yorkais. »

« Partager nos connaissances et nos méthodes »

« Jai choisi de participer à ce stage pour le dynamisme qu’il proposait », explique Diana Goudard. La future professeure des écoles s’était pourtant envolée vers les États-Unis avec une idée : « Je me disais que partir découvrir un autre système éducatif ferait ressortir les points positifs de celui en place en France, avoue-t-elle. Maintenant, j’ai complètement changé d’avis. » Quelques heures lui ont suffi pour faire les louanges du système scolaire new-yorkais. Elle souligne d’abord l’engouement et le professionnalisme qui caractérisent les enseignants new-yorkais. « En France, nous sommes polyvalents mais pas spécialistes. Ici, il y a de la danse, de la musique ou d’autres cours avec un équipement matériel de qualité. On a l’impression que l’enseignement que reçoivent nos collégiens est celui que reçoivent ici les élèves d’écoles élémentaires. » Diana Goudard, en nouvelle admiratrice des méthodes en place à PS 58, avoue alors nourrir « l’envie de s’imprégner de cette façon de penser. »

Cette façon de penser, Yohann Grosset, basketteur qui admire les  Knicks depuis son enfance, l’a déjà bien comprise. « La manière dont les professeurs savent encourager et motiver les élèves, des plus petits aux plus grands, est magique, s’exclame-t-il. Ces enfants apprennent très tôt la confiance et l’estime de soi. » Il raconte comment, dans une des classes de Kindergarten qu’il a visitées, l’enseignante a fait du 100e jour de classe de ses élèves une exception et a mis en place un programme spécial pour la journée. « 100 jours, pour un enfant, c’est fabuleux, s’enthousiasme Yohann Grosset. D’où vient ce système magique pour motiver les petits ? » Exerçant dans un petit village du Languedoc-Roussillon, il reste également consterné devant les infrastructures et équipements et cite l’immense auditorium ou le gymnase construits au premier étage de l’école de PS 84.

Jayme Perlman, de PS 58, avoue être « très honorée d’accueillir ces enseignants français, de les renseigner, et leur apprendre le mode de fonctionnement de ce programme lancé il y a 4 ans par les parents d’élèves d’origine francophone. » « J’espère qu’il partageront leur expérience à leur retour », poursuit-elle. Elle souligne que les classes d’immersion en français sont nées à New York grâce à l’extraordinaire mobilisation de parents d’élèves. Diana Goudard, qui découvre, au gré de la visite de PS 58, une réunion de parents d’élèves sur le projet d’after-school, remarque ainsi elle aussi le dynamisme qui les anime.

Si l’idée de programme bilingue est né dans les esprits de parents appartenant à la communauté francophone, le projet de partenariat entre New York et l’académie de Montpellier est notamment orchestré par Fabrice Jaumont, attaché à l’éducation à l’ambassade de France. Le 8 février dernier, il envoyait les directeurs d’écoles publiques en voyage initiatique dans les écoles de la région montpelliéraine. Une expérience qu’il qualifie de « réussie et encourageante ». « Ils ont fait des rencontres au sénat, discuté avec Max Lévita, vice-président de la région Languedoc, et avec le recteur de l’Académie de Montpellier », détaille-t-il. Et malgré les différences notables de fonctionnement, Fabrice Jaumont raconte que les directeurs français et américains partagent une passion pour les enfants et la pédagogie. « Aujourd’hui, ces directeurs sont de vrais avocats de l’idée (ndlr, d’un partenariat entre New York et Montpellier) », ajoute-t-il.

Si les avancées depuis quelques mois sont importantes, ce projet de partenariat qui vise à mettre en place une coopération éducative, des échanges sur internet entre la France et les États-Unis, des voyages scolaires ou encore des vidéoconférences, est encore orphelin d’un Memorundum Of Understanding (MOU), qui scellerait officiellement les bonnes intentions. Pour ce faire, Fabrice Jaumont espère à la fin de l’année une visite du recteur de l’Académie de Montpellier accompagné d’une délégation spéciale. « Cela permettrait de vraiment convaincre le chancelier de New York, Joël Klein (ndlr, responsable de l’Éducation de la ville de New York) », explique-t-il. Les programmes bilingues en français étant en plein essor à New York, les demandes de professeurs de français qualifiés sont en hausse. Les faire venir de France reste la solution la plus souvent envisagée, malgré les obstacles comme l’obtention de visas de travail. « Ça va se décanter, assure Fabrice Jaumont. Les gens prennent petit à petit conscience des besoins. »

L’expatriation au service du bilinguisme ? Diana Goudard y pense déjà. Mais avec une famille à déplacer, l’un de ses vœux les plus chers du moment risque pour l’instant d’être mis sur la touche. Prête à œuvrer pour ce projet, elle assure, à son retour en France, vouloir en parler autour d’elle et essayer de transmettre ces ambitions aux enfants, aux parents ou au personnel administratif. « Pourquoi ne pas envisager des cours de sport en anglais ? J’ai envie de dire aux Français : vos enfants sont capables. »

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