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Duel entre Borloo et Fillon pour le fauteuil de Matignon

A l’approche du remaniement annoncé depuis des mois par Nicolas Sarkozy, François Fillon et Jean-Louis Borloo se livrent désormais un combat au grand jour pour Matignon, avec le renfort de parlementaires et de membres du gouvernement.

“On dirait Santa Barbara!”, a ironisé jeudi la secrétaire nationale des Verts Cécile Duflot au sujet de ce duel qui ne fait qu’attiser une hostilité déjà ancienne entre le Premier ministre et le numéro deux du gouvernement. Dernier épisode majeur, le discours prononcé par M. Fillon mercredi soir à l’occasion d’une réception à Matignon, au cours de laquelle il a manifesté son désir de poursuivre sa tâche, pilonnant en creux son rival et “ses virages tacticiens”. Cette sortie a redonné du crédit à un maintien de François Fillon, son entourage soulignant que son propos était le fruit d’une réflexion conduite avec le président de la République. Les deux hommes se sont vus longuement mercredi matin –ils avaient fait de même les deux mercredis précédents– et il est inimaginable que la question n’ait pas été évoquée, fait-on valoir de même source. La veille, Jean-Louis Borloo avait fait un pas de plus vers Matignon, en théorisant dans le Parisien les vertus du Grenelle (éprouvées pour l’Environnement) comme méthode de gouvernement.

Depuis, les partisans de MM. Fillon et Borloo -au Parlement, à l’UMP et au gouvernement- se sont engouffrés dans la brèche. Un cadre de l’UMP s’est interrogé sur la nécessité de remplacer l’actuel locataire de Matignon: “y a-t-il vraiment un problème à le maintenir?” Relayant la principale crainte à l’encontre de Jean-Louis Borloo, un autre cadre a relevé que beaucoup s’inquiétaient de voir le président du parti radical “exploser au bout de trois mois, peut-être même moins”. François Fillon dispose également des faveurs de députés UMP, tel Thierry Mariani. Selon lui, M. Fillon “n’a rien à se reprocher et sait aussi faire du social”, domaine de prédilection de M. Borloo.

Si le Premier ministre bénéficie du soutien de nombre de parlementaires UMP, le député radical, Laurent Hénart, est monté au créneau pour fustiger les “snipers” de Matignon. Le secrétaire d’Etat Jean-Marie Bockel, dont le parti s’est récemment rapproché de celui de M. Borloo, a dénoncé “les attaques inacceptables” contre l’ancien maire de Valenciennes. “Trop, c’est trop!”, s’est-il exclamé. Parmi les poids lourds du gouvernement, les avis restent partagés. Une ministre souligne que Borloo joue “dans la catégorie au-dessus” de François Baroin, Luc Chatel ou Bruno Le Maire, cités également pour Matignon. A l’inverse, une de ses collègues s’étonne que l’on puisse envisager le départ de M. Fillon en rappelant le “pacte noué en 2007 (avec Nicolas Sarkozy) qui scellait son maintien à Matignon pour cinq ans”. A Troyes, où il accompagnait Nicolas Sarkozy, Jean-Louis Borloo a en outre reçu un “hommage” appuyé du chef de l’Etat qui a salué son “courage” et sa résistance au “sectarisme idéologique”.

Un sondage Ifop publié jeudi soir a conforté François Fillon face à son challenger. 46% des personnes interrogées considèrent que le Premier ministre “a l’étoffe d’un homme d’Etat” contre 8% pour Jean-Louis Borloo, et 32% estiment que M. Fillon “peut aider Nicolas Sarkozy à gagner” en 2012, contre 17% pour le ministre de l’Ecologie. A l’Elysée, le remaniement avance, avec désormais le départ donné certain, par plusieurs sources gouvernementales, du secrétaire général, Claude Guéant. On évoquait jeudi pour lui le ministère de l’Intérieur et certains voyaient l’actuel locataire de Beauvau à la place de M. Guéant à l’Elysée.

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