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Ecoutes téléphoniques : Scotland Yard et Rupert Murduch devant le parlement

Deux piliers de la société britannique la police et le magnat des médias Rupert Murdoch se sont retrouvés mardi en position d’accusés devant des commissions parlementaires, dans le cadre d’un scandale d’écoutes qui n’en finit pas de rebondir et d’enfler jour après jour.

“Qui savait quoi et depuis combien de temps?”: ces questions clefs seront au coeur de la démarche des deux commissions des médias et des affaires intérieures, soucieuses de contribuer à faire toute la lumière sans pour autant entraver l’enquête policière en cours sur l’affaire qui révulse le pays, galvanise l’opposition et déstabilise le gouvernement de David Cameron confronté à sa pire crise en 15 mois de pouvoir.

Le séisme a été provoqué par News of the World (NotW), fleuron tabloïde de Rupert Murdoch. Le dominical est soupçonné d’avoir piraté depuis l’an 2000, dans sa chasse aux scoops, les messageries de quelque 4 000 personnes, dont des hommes politiques, membres de la famille royale et “célébrités”. La récente révélation qu’un détective privé à sa solde avait piraté le portable d’une écolière de 13 ans, assassinée en 2002, a suscité un tollé.

“C’est le meilleur des spectacles en ville cet après-midi,” a assuré en connaisseur Andy Thompson, directeur d’une compagnie de théâtre canadienne, en bonne position dans la queue des badauds massés devant le parlement, dans l’espoir de voir M. Murdoch en chair et en os.

En milieu de journée, la commission des affaires intérieures a entendu le chef de Scotland Yard Sir Paul Stephenson, puis le patron de l’antiterrorisme John Yates. Les deux hommes ont spectaculairement démissionné, tout en protestant de leur innocence, dans l’affaire qui laisse l’une des forces de police les plus connues au monde en total désarroi, accusée d’incompétence et de corruption.

“Je crois qu’il y a 10 membres du département communication (de Scotland Yard) qui ont travaillé pour News International (les journaux britanniques de M. Murdoch) dans le passé, dont certains étaient journalistes”, a dit Sir Paul dont la confidence ne manquera pas de relancer les accusations de connivence avec la presse.

Murdoch père et fils, en première ligne

Les dix députés de la commission des médias ont convoqué en début d’après-midi Rupert Murdoch, le patron de l’empire transcontinental News Corp. et son fils James, 38 ans, qui avaient d’abord décliné l’invitation. Ils entendront dans la foulée l’ancienne directrice de la division britannique du groupe, Rebekah Brooks, la “reine des tabloïdes” déchue.

Le trio a jusqu’ici affirmé n’avoir rien su de l’ampleur des écoutes attribuées à un “reporter électron-libre” et à un détective privé.

La comparution de l’octogénaire en direct à la télévision constitue en soi un événement. Le papivore, qui est un des patrons de presse les plus puissants de la planète, inspirait la crainte au Royaume-Uni, où il a soutenu les Premiers ministres de tous bords depuis les années 70, fort de son contrôle sur les deux-cinquièmes des journaux.

Le dirigeant se confond depuis peu en excuses, après que tous ses efforts pour désamorcer la crise ont échoué: fermeture du NotW, abandon de son projet-phare d’expansion au Royaume-Uni (le rachat de l’intégralité du bouquet satellitaire BsKyB) combattu par l’ensemble de la classe politique, sacrifice de deux fidèles lieutenants.

Le “Murdochgate”, ainsi baptisé par analogie avec le scandale des écoutes Watergate qui a précipité la chute du président américain Richard Nixon en 1974, a “irrémédiablement endommagé” l’empire du magnat, affirme son biographe Michael Wolff. “Ce serait une grave erreur de sous-estimer l’homme”, a cependant corrigé Norman Fowler, un Lord conservateur.

James Murdoch, le fils cadet, était considéré comme le dauphin à la tête de News Corp dont il est le numéro 3, avant qu’éclate l’affaire. Il a récemment “regretté profondément” d’avoir généreusement dédommagé des victimes d’écoutes au risque d’être accusé d’acheter leur silence.

Mme Brooks, hier hyper-puissante et ultra-courtisée, a démissionné vendredi de la direction de News International. Laissée en liberté conditionnelle après son audition par la police dimanche, elle est soupçonnée de corruption de policiers et d’écoutes illégales, passibles de prison.

Lors d’une première comparution devant la commission des médias en 2003, elle avait assuré avant de se raviser: “nous avons payé la police pour des informations dans le passé”.

“C’est un gros problème, mais nous sommes un grand pays” et “nous sommes en passe de le résoudre”, a affirmé, contre toute évidence, M. Cameron depuis Lagos, dernière étape d’une visite en Afrique écourtée pour lui permettre de répondre mercredi aux questions des parlementaires, dont il a repoussé de 24 heures les vacances estivales.

Le Premier ministre est notamment éclaboussé pour avoir eu recours jusqu’en janvier comme directeur de sa communication à Andy Coulson, ex-rédacteur en chef du NotW rattrapé par le scandale. On lui reproche aussi 26 rencontres en 15 mois avec des dirigeants de News Corp., ainsi qu’un anniversaire et un réveillon de Noël en compagnie de Mme Brooks.

Les élus du peuple sont d’autant plus investis que l’affaire leur permet de redorer un blason terni par un récent scandale d’abus de notes de frais.

Il ne manquait qu’un cadavre au scandale. Mardi, les amateurs de la théorie du complot s’interrogeaient sur la mort “inexpliquée”, mais dénuée de “circonstances suspectes” aux dires de la police, de Sean Hoare. Ce journaliste fut le premier à révéler la pratique d’écoutes “endémique” au NotW, sous Coulson.

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