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EDF tourne la page du nucléaire américain, plombé par le gaz de schiste

EDF se prépare à mettre fin à son aventure dans le secteur nucléaire américain, un marché aujourd’hui déprimé par l’essor du gaz de schiste, qui sape la rentabilité des autres sources d’énergie.

Le géant français de l’électricité a annoncé mardi un accord-surprise avec son partenaire américain Exelon, coactionnaire de leur entreprise commune CENG (Constellation Energy Nuclear Group), laquelle exploite cinq réacteurs répartis dans trois centrales en Nouvelle-Angleterre, sur la côte nord-est des Etats-Unis. EDF détient 49,99% de CENG, et Exelon le reste.

L’accord comporte trois volets. Tout d’abord, EDF, premier électricien nucléaire mondial, qui assurait jusqu’ici l’exploitation des réacteurs, en déléguera la gestion à Exelon, qui pilote déjà 17 réacteurs outre-Atlantique. Cela va permettre à ce dernier de dégager d’importantes synergies, qui bénéficieront aux deux partenaires. En outre, cela mettra EDF en conformité avec les règles américaines sur la nationalité des exploitants nucléaires. L’électricien français recevra en outre un dividende exceptionnel de CENG d’environ 300 millions d’euros. Enfin, il pourra céder à Exelon sa part dans la coentreprise à sa “juste valeur” entre janvier 2016 et juin 2022.

Cela fait suite à un premier accord conclu l’an dernier avec Exelon, via lequel EDF avait renoncé à s’opposer à la prise de contrôle par celui-ci de l’opérateur américain Constellation Energy Inc, l’ex-maison-mère de CENG. Ce nouvel accord, qui devra recevoir le feu vert des autorités américaines, devrait être effectif l’an prochain. Il permettra à EDF de réduire sa dette d’environ 300 millions d’euros et augmentera légèrement sa rentabilité dès 2015.

Quand aux projets de nouveaux réacteurs d’EDF aux Etats-Unis, portés par sa filiale UniStar, ils sont plus que jamais au point mort. La filiale est passée de 160 à 40 employés qui se contentent désormais d’aider Areva à faire certifier l’EPR par les autorités américaines.

Principale raison: le gaz de schiste.

“Les Etats-Unis sont marqués par une vraie révolution énergétique liée à l’essor vertigineux du gaz non conventionnel, qui (…) rend ce type d’énergie ultracompétitif. Donc de fait, on assiste à une restructuration du paysage énergétique aux Etats-Unis au détriment de toutes les énergies alternatives”, a expliqué le PDG d’EDF, Henri Proglio, lors de la présentation des résultats semestriels du groupe. Dans cette équation, “nous ne voyons pas de place pour le développement du nucléaire aux Etats-Unis, dans l’immédiat (…) et dans un horizon d’ici à 2022″, a-t-il ajouté, soulignant qu'”EDF est l’expert du nucléaire mais n’est pas obsédé par le développement du nucléaire”, et doit donc tenir compte de la rentabilité de ses projets.

EDF espère ainsi tourner favorablement la page de son “aventure américaine” avec Constellation, lancée en 2007-2008 par son ancien patron Pierre Gadonneix, et dont l’addition n’est pas encore connue. Le groupe avait pris pied dans CENG pour 3 milliards d’euros, et passé ensuite pour 2 milliards de dépréciations. Enfin, ce désengagement progressif ne marquera pas pour autant l’arrêt des activités du groupe aux Etats-Unis, a déclaré le directeur financier d’EDF, Thomas Piquemal, qui supervise par ailleurs ces activités.

Le groupe dispose en effet de deux autres importantes divisions en Amérique du Nord, dans les énergies renouvelables et l’optimisation et le négoce d’énergie, qui jouissent d’une forte croissance. Côté renouvelables, il compte ainsi 860 employés qui gèrent 2,3 gigawatts de capacités éoliennes ou solaires, un parc qui a doublé depuis 2010, et exploitent en outre 7 gigawatts pour le compte de tiers.

EDF compte également 320 salariés dédiés au négoce d’énergie (achat et vente d’électricité, gaz, charbon ou de produits environnementaux…) et à l’optimisation de centrales pour compte de tiers. A ce titre, “nous sommes le 1er exportateur de charbon américain vers l’Europe”, a notamment souligné M. Piquemal. Une activité qui bénéficie paradoxalement de l’essor du gaz de schiste, lequel a fait chuter les cours du charbon extrait des mines nord-américaines, et en a donc stimulé les exportations vers les autres continents.

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