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Edouard Vuillard, à la recherche du temps perdu

L’exposition “Edouard Vuillard : un peintre et ses Muses” fait revivre les salons d’artistes de la Belle Epoque et de son élite intellectuelle. Une cinquantaine d’œuvres, dont certaines jamais présentées au public américain, sont à découvrir au Jewish Museum à partir du 4 mai.

En vogue depuis le XVIIe siècle, le mécénat privé tient salon dans le Paris avant-gardiste de la fin du XVIIIe siècle. Familier des cercles Nabis (“prophète” en hébreu), le jeune peintre Edouard Vuillard y entretient des relations étroites avec de nombreuses personnalités juives. Relations de travail, liaisons amoureuses ou amitiés profondes, elles nourrissent son œuvre post-impressionniste jusqu’à se confondre avec elle dans l’exercice du portrait. C’est à ces relations, privilégiées ou non, entre l’artiste et ces modèles que s’intéresse le Jewish Museum.

Parmi elles, Thadée Natanson, dernier né d’une famille de banquiers polonais-juifs et sa femme Misia, à la tête du magazine culturel La Revue Blanche. L’amitié et le parrainage du couple contribuèrent largement au succès de l’artiste dans les années 1890. Ou le galeriste Jos Hessel, compagnon de route Vuillard pendant 40 ans. Une amitié à peine entachée par la liaison sulfureuse qu’entretiendra Vuillard avec sa femme, Lucie Hessel, devenue muse principale de l’artiste ! “Sa relation aux clients et à ses supporteurs allait bien au-delà de l’échange peinture contre argent, explique Stephen Brown, commissaire de l’exposition. Vuillard a façonné son mode de vie en s’entourant de gens sophistiqués qui sont devenus ses sujets artistiques”.

Mondanités et madeleine de Proust

Première exposition américaine solo de l’artiste en vingt ans, “Edouard Vuillard : un peintre et ses Muses” permet de (re)découvrir l’œuvre de ce peintre immense dont la notoriété s’est érodée avec le temps. “Vuillard était le portraitiste le plus en vue de la grande bourgeoisie parisienne de l’entre-deux guerres en France. A l’époque, on le sollicitait sans arrêt pour se faire tirer le portrait”, poursuit Stephen Brown. Constituée d’une cinquantaine d’œuvres, dont une majorité de peintures prêtées par les plus grandes institutions internationales et nationales, des galeries et des collectionneurs privés, cette réunion de tableaux réjouira les lecteurs de Proust.

Des effusions de couleurs du début de sa carrière, aux scènes d’intérieur bourgeois feutrées qu’il affectionne, ses tableaux et la dizaine de photographies présentées ravivent le souvenir inconscient de notre petite madeleine personnelle. “Son art accumule en peinture les détails de composition comme Proust accumule les détails sociaux et psychologiques à l’écriture, décrit Stephen Brown. Ses œuvres possèdent une fragrance particulière, qui laissent un fort impact émotionnel sur le spectateur”. A ne pas manquer, la peinture Femme dans une robe rayée (1895), souvenir de la courte mais faste période Nabi de l’artiste ou le portrait familial Madame Jean Bloch et ses enfants, exposé pour la toute première fois aux Etats-Unis. L’amateur méticuleux complétera sa visite par un passage à l’expo “Edouard Vuillard : Portrait Reconsidered” à la Jill Newhouse Gallery jusqu’au 25 mai.

Infos pratiques

“Edouard Vuillard : un peintre et ses Muses” (“Edouard Vuillard: A Painter and His Muses”), du 4 mai au 23 septembre 2012 au Jewish Museum de New York, 1109 Fifth Avenue et 92nd Street. (212) 423-3200.

thejewishmuseum.org.

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