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Élection AFE : chasse aux voix, mode d’emploi

Alors que le vote par Internet a commencé mercredi 20 mai pour élire  les  représentants à l’Assemblée des Français de l’Étranger (AFE),  les candidats continuent à faire campagne pour tenter de remporter,  le 7 juin, les 11 sièges en jeu. France-Amérique termine son tour d’horizon des quatre circonscriptions avec celle de Washington, où six listes sont en compétition.

Dans la circonscription de Washington presque la moitié des 43 101 inscrits sur la liste électorale consulaire possède une adresse électronique. Un chiffre qui n’a pas échappé aux candidats qui se présentent à l’élection de représentants de l’Assemblée de l’Étranger (AFE). Peu ont  en effet laissé passer cette occasion de toucher un électorat mal informé et peut-être aussi un peu plus jeune.

Car malgré les restrictions imposées par les consulats-généraux sur l’utilisation d’Internet pour faire de la propagande électorale, cet outil a joué un rôle visible dans la campagne sur la côte Est, où les listes sont nombreuses et plusieurs candidats sont inconnus ou non sortants. « Tout le monde ne dispose pas des même moyens, explique Renaud Granel qui conduit une liste soutenue par l’UFE (droite), il faut l’accepter. Par contre il est clair que Facebook et Internet égalisent les chances de tous …». « Cela établit un contact instantané très productif », poursuit-il. Christiane Ciccone, tête de liste de l‘ADFE-Français du monde (gauche), est encore plus directe : « On ne peut plus se passer de moyens de communication moderne, écrit-elle dans un courriel. La campagne a lieu sur le web. »

Jean Lachaud, en course pour un troisième mandat, admet également qu’Internet a été bien plus utilisé par les candidats qu’il y a six ans. « L’utilisation des adresses électroniques de la liste électorale, les sites, et Facebook permettent de communiquer plus. Malheureusement, cela veut dire aussi que ceux dont l’adresse électronique n’est pas à jour ou qui n’en ont tout simplement pas, n’ont pas pu être aussi bien informés sur ces élections. »

Benjamin Rouah, qui fait son baptème du feu électoral avec les Jeunes Français d’Amérique, est lui ravi du « buzz » généré par sa liste. « Notre comité de soutien a créé un groupe Facebook qui rassemble presque 500 signatures, explique-t-il. Les gens ont compris que l’AFE avait besoin d’une énergie nouvelle. » Le banquier de 32 ans espère que l’intérêt que sa candidature a suscité  évoluera après les élections « en un véritable mouvement et cercle de réflexion » quel que soit le résultat du 7 juin.

La liste de l’Union au Centre de Richard Ortoli (droite libérale) est, comme ses concurrentes, à la recherche de la formule magique pour susciter l’intérêt, jusqu’ici limité, des expatriés français pour ces élections. Elle a été très proactive sur la toile. « Nous avons essayé de nous différencier par notre style, notamment, et de provoquer le débat », explique l’avocat new-yorkais. Une « liberté de ton » qui ne fait pas toujours l’unanimité. Richard Ortoli et ses colistiers ont d’ailleurs jugé préférable d’enlever du site de campagne – en principe interdit – une Lettre ouverte critiquant justement la loi de 1982 qui prohibe  toute propagande à l’étranger. Ils promettaient d’aller devant la Cour européénne des droits de l’homme si  « un perdant s’avise d’annuler les élections pour cause de Temple du Droit. »

Parallèlement à ces échanges avec les internautes, la plupart des listes ont organisé des réunions publiques d’informations civiques, les seules autorisées par le ministère des Affaires étrangeres. Mais leur impact reste très difficile à mesurer.  « Elles ne semblent pas attirer beaucoup de monde, concède Jean Lachaud. En moyenne une vingtaine de personnes mais qui posent des questions très précises. Ceux qui se déplacent semblent en tout cas motivés ». Lui-même s’est livré  à l’exercice dans une brasserie de Manhattan avec patience et pédagogie.

New York, où pres de la moitié des inscrits sont concentrés (environ 19 000), reste un passage obligé pour tous les chasseurs de voix. Richard Ortoli ne se fait quant à lui pas  d’illusion sur la conversion en votes que représente ces rencontres, mais il considère que c’est une façon de montrer sa capacité à être présent sur le terrain. « C’est vrai qu’à New York on a rassemblé pas mal de monde (ndlr, plus d’une centaine de personnes) mais, à Boston on était 12 ! »

Corinne Narassiguin, numéro deux de la liste emmenée par Christiane Ciccone, est très heureuse de pouvoir partir à la rencontre des électeurs, même si certaines réunions comme celle qui était organisée mercredi soir dans un restaurant de Brooklyn, n’attirent que quelques personnes. « Il est important de pouvoir informer nos compatriotes sur des dossiers qui sont souvent méconnus, comme la fiscalité ou les retraites », affirme la jeune femme qui est arrivée aux États-Unis il y a une dizaine d’années. Accompagnée ce soir-là par Christophe Monier, ancien représentant à l’AFE, Corinne Narassiguin a répondu à plusieurs questions sur des sujets allant des droits de succession au divorce, en passant par la naturalisation et l’éducation. Les candidats de l’ADFE-Français du monde ont d’ailleurs organisé ces derniers jours plusieurs séances d’information dans la région de New York, mais aussi à Miami et Washington.

Nicole Hirsh (UMP/UFE) qui se présente pour un cinquième mandat, avec l’appui de deux autres élus sortants Guy Wildenstein et Jean-Paul Picot, admet que sa liste  a beaucoup moins communiqué que les autres, « car nous tenions à rester dans un cadre légal et nous avons respecté les règles qui ne permettent pas de faire de la propagande. » Présente néanmoins à New York pour une réunion organisée par les jeunes de l’UMP, elle a pu démontrer sa maîtrise des dossiers, en particulier sur le thème de la couverture sociale, devant une cinquantaine de personnes, dont beaucoup étaient, il est vrai, des convertis.

En fin de compte, la stratégie adoptée par les uns et les autres ainsi que les moyens financiers investis dans la campagne n’auront de sens que si le taux de participation aux États-Unis passe la barre modeste des 15 % (il était de 14,38 % en 2003 dans la circonscription de Washington). Aucun candidat n’ose sérieusement parier sur un chiffre supérieur à 20 %. « J’espère me tromper », conclut Nicole Hirsh.

www.assemblee-afe.org

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