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Elections 2012 : quel impact sur les relations franco-américaines ?

Dominique Moïsi, conseiller spécial de l’Institut français des relations internationales, analyse la relation franco-américaine actuelle, sur fond de crise européenne et d’élections présidentielles des deux côtés de l’Atlantique.

France-Amérique : L’amitié affichée entre Obama et Sarkozy traduit-elle une relation sincère ou une simple façade diplomatique ?

Dominique Moïsi : C’est une image qui correspond à une amitié réelle. L’Amérique apprécie le président Sarkozy : elle lui sait gré d’avoir maintenu les troupes françaises en Afghanistan, elle a aimé le fait que la France se mette en avant en Libye et permette aux Etats-Unis de rester en seconde ligne. Vu de Washington, le bilan de la présidence Sarkozy est donc positif, même s’il n’y a pas de véritables atomes crochus entre les chefs d’Etat des deux pays.

La personnalité des deux présidents a-t-elle une influence sur la qualité de la relation entre les deux pays ?

Non, les individualités ne sont pas décisives. Les Etats ont des intérêts à défendre, qui dépassent les sympathies particulières. Ca ne peut donc qu’avoir un rôle à la marge. Entre le président Obama, intellectuel et distant, et le président Sarkozy, plus politicien dans l’âme, on constate des styles très différents, ce qui explique pourquoi Obama n’est pas particulièrement proche de lui. En réalité, l’américanophilie affichée de Sarkozy a davantage été appréciée par Bush, qui y voyait une rupture forte avec les années Chirac. Quant à la prétendue europhilie d’Obama, elle est très « light ». L’Europe n’est pour lui devenue un sujet d’intérêt que lorsqu’elle est devenue un sujet d’inquiétude.

Les deux pays entretiennent-ils encore une relation majeure ?

Ce qui est certain, c’est que l’Amérique ne se préoccupe pas en se levant le matin de sa relation avec la France. Elle s’inquiète plus volontiers de la situation économique européenne. Or, il ne lui est pas difficile de se rendre compte qu’il y a aujourd’hui un peu moins d’Europe dans le monde, et un peu plus d’Allemagne en Europe. A cet égard, il lui faut donc reconsidérer sa position stratégique. Il ne faut pas oublier que les inquiétudes américaines sur l’Europe pourraient à terme menacer la présidence Obama.

Y a-t-il encore des sujets qui fâchent entre les deux pays ?

Des tensions persistent sur les questions moyen-orientales. Il y a eu un total désaccord par exemple entre les deux pays quand la France a voté en faveur de l’entrée de la Palestine à l’UNESCO. Ce sont des questions émotionnelles qui fâchent un instant, mais qui ne sont pas vraiment graves. La France a ainsi préféré éviter une crise majeure en ne votant pas l’entrée de cette même Palestine à l’ONU.

Comment les deux pays abordent la double campagne électorale de 2012 ?

Il faut bien voir qu’il y a un parallélisme fort entre les situations d’Obama et de Sarkozy. Ils sont confrontés aux mêmes défis : ils doivent chacun affronter un taux de chômage élevé, une crise économique dure, une élection incertaine. Mais ils sont tous deux des candidats exceptionnels, qui ont encore des cartes à jouer. La situation est semblable à celle de 1980, avec le duo Giscard-Carter. Mais ils s’étaient alors inclinés face à deux fortes personnalités, Mitterrand et Reagan. Leurs (probables) adversaires n’ont a priori pas cette carrure. Avec François Hollande et Mitt Romney, l’opposition fait le choix semblable de candidats centristes, peu appréciés de leurs partis, mais qui paraissent aptes à ramener socialistes et républicains au pouvoir.

L’élection de l’un ou de l’autre pourrait-elle marquer un changement de cap ?

Non, en aucune manière. Ce sont deux modérés, qui pourraient apporter quelques nuances, mais qui partagent dans le fond le même regard sur le monde et sur l’Europe. Les problèmes actuels sont tels que la campagne ne devrait pas avoir une grande influence sur la tenue des relations franco-américaines.

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