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Emplois fictifs : Delanoë justifie pour la première fois le projet d’accord

Accusé de “faute politique” par Eva Joly et les Verts de sa majorité, le maire socialiste de Paris, Bertrand Delanoë, a justifié samedi pour la première fois le projet d’accord financier avec l’UMP et Jacques Chirac pour que la ville se retire de la procédure des emplois fictifs avant l’étape du procès.

En marge de l’université d’été du Parti socialiste (PS) à La Rochelle, l’édile a déclaré à la presse qu’il ne fallait “pas confondre justice et vengeance”. “Je me contente d’être rigoureux, juste, et de défendre les intérêts financiers et moraux des Parisiens”, a-t-il soutenu. Selon un protocole d’accord qui doit encore être voté par le Conseil de Paris, la Ville – qui renoncera ainsi à être partie civile au procès – récupérera 2,2 millions d’euros, dont 1,65 million versé par l’UMP et 550.000 euros par l’ancien président Chirac, en guise de dédommagement pour les emplois de complaisance rétribués sur fonds publics du temps où ce dernier dirigeait la mairie. “Ce protocole n’a pas été négocié car il n’était pas négociable. (…) La seule négociation a porté sur les modalités de remboursement”, a rappelé dans Libération l’avocat de la ville, Me Jean-Pierre Mignard, qui assure n’avoir pris “aucune initiative” mais avoir “répondu à une demande”.

Les Verts parisiens, hostiles au processus d’accord, l’ont qualifié de “faute politique” et de “déni de justice”, jugeant que Bertrand Delanoë et l’UMP “semblent s’être mis d’accord en catimini”. L’ex-juge anticorruption Eva Joly (Europe Ecologie) leur a emboîté le pas jeudi, jugeant “très grave” ce protocole, assimilable, selon elle, à un “détournement de fonds” et à un “abus de confiance” à l’égard des donateurs de l’UMP, dont l’Etat. Une accusation récusée aussi bien à droite qu’à gauche.

L’ancien trésorier du PS, Michel Sapin, a affirmé samedi qu'”il ne peut y avoir de qualification pénale”, car selon lui le financement public des partis est fonction de leurs résultats électoraux et qu’ils peuvent ensuite user de leur argent comme bon leur semble. Alors que plusieurs responsables socialistes ont insisté sur le fait que le procès Chirac aurait bien lieu, même en l’absence de partie civile, Arnaud Montebourg s’est démarqué. “Il ne faut jamais accepter l’idée qu’on puisse acheter une forme d’impunité”, a-t-il dit à l’AFP à La Rochelle.

De son côté, Bernard Debré, député UMP de Paris, s’est déclaré “tout à fait favorable à l’accord, c’est la loi qui l’autorise”. “Quand il y a des problèmes financiers entre deux parties, il est recommandé par la loi qu’il y ait un accord si possible avant le jugement. L’UMP avait remboursé pour Juppé 900.000 euros, personne n’avait rien dit à l’époque. Delanoë se considère satisfait du règlement financier, ce qui n’empêche pas qu’il y aura quand même un procès”, ajoute le conseiller de Paris. Il admet toutefois le malaise qu’ont éprouvé certains élus UMP. Le député Lionnel Luca a évoqué des “arrangements entre amis”.
Le maire UMP du Ier arrondissement, Jean-François Legaret, a défendu lui un accord “destiné à mettre un terme au feuilleton qui dure depuis 20 ans”. “Il vaut mieux un bon accord qu’un mauvais procès”, a-t-il ajouté. En revanche, face à un Georges Sarre (MRC, chevènementiste) ayant approuvé l’accord et accusé les Verts d’avoir une réaction voisine de celle du Front national (FN), Denis Baupin, adjoint (Verts) de M. Delanoë, a répondu samedi: “ce qui me préoccupe le plus” c’est “qu’on laisse l’espace au FN” justement.

 

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