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En français dans le texte

Jeremy Leven, l’auteur de Say Chic, sorte de petit bréviaire des principaux mots français utilisés couramment en anglais, recense dans son nouveau livre vocabulaire culinaire français. Rencontre avec un francophile multicartes.

La perméabilité des langues vivantes est un sujet passionnant. En ce qui concerne l’anglais, les contributions étrangères à la langue sont en majorité françaises, donc assez anciennes, alors que, pour citer une langue géographiquement voisine, peu d’expressions hispaniques passent dans le langage courant. "En fait, s’il y a beaucoup de mots français dans la langue anglaise, les Américains généralement ne veulent pas le reconnaître", explique Jeremy Leven. "Par exemple, quand je cite le mot "panache", les Américains sont souvent persuadés que ce sont les Français qui leur ont emprunté. Mais, si on utilise ce mot en français, c’est tout simplement parce qu’il n’y a pas d’équivalent en anglais".

Contrairement aux Français, très inquiets des incursions anglaises dans leur langue, qui tentent d’utiliser des traductions aux mots anglais courants, les Américains ne cherchent pas à remplacer les mots français. "Les Français sont beaucoup plus conservateurs avec leur langue, et ils ont aussi l’Académie française, une institution qui veille au respect des règles et à l’évolution de la langue. Les Américains se fichent des règles, donc leur langue a tendance à s’appauvrir." Il faut dire que les Américains sont en position dominante et qu’ils ont peu de risques d’être fragilisés par une autre langue, contrairement aux Français, qui voient l’anglais comme une menace. Même si, d’après Jeremy Leven, c’est plutôt la langue parlée dans les banlieues qui représente un plus grand danger que l’anglais, un danger plus sociologique que lingustique.

Ecrivain et scénariste à succès, auteur notamment de The Notebook, réalisé par Nick Cassavettes, et de The Legend of Bagger Vance, réalisé par Robert Redford, Jeremy Leven est aussi le réalisateur de Don Juan DiMarco avec Johnny Depp et Marlon Brando, et prépare un film en costume qui se tournera à Paris l’été prochain, intitulé Lovers, Liers, and Thieves. Mais avant cette vie d’artiste, Jeremy Leven était neuropsychiatre. Il explique la transition, plutôt inhabituelle : "Ma femme est aussi psychiatre, nous nous sommes retrouvés avec 5 enfants de moins de 8 ans, et nous avions besoin d’argent. J’ai donc commencé à écrire, le soir, pour arrondir mes fins de mois. Mon premier livre, Creator, est sorti en 1980, il a bien marché et a été adapté au cinéma, le deuxième aussi, et ainsi de suite… J’ai arrêté d’exercer en 1982, pour vivre de ma plume." Il affirme ne pas regretter "les appels des suicidaires au milieu de la nuit", mais s’inspirer beaucoup de son expérience pour écrire. "Et puis il y a les cas de ma femme dont on discute souvent, ça me suffit largement", conclut-il en riant.

C’est l’éditrice française Dominique Gilbert, directrice des éditions Diateino, qui a eu l’idée de ce bréviaire du français en anglais. Jeremy Leven s’est attelé aux recherches, avec Françoise Blanchard, son assistante française de longue date, maintenant installée en Corée du Sud. Aidés de quelques dictionnaires étymologiques, comme le Trésor de la langue française, les deux auteurs ont examiné les différents allers-retours des mots dans les deux langues. L’expression "au pair" par exemple, issue du vieux français, a glissé en anglais, et est désormais utilisé exclusivement dans son acception américaine. D’autres mots sont carrément utilisés à contresens en anglais, comme "Menu", qui désigne ici les plats à la carte, tandis que le menu est désigné sous le terme "Prix fixe".

Justement, leur nouveau livre, A Short Guide to Foodie French, est un florilège des mots français utilisés dans le vocabulaire culinaire. "On en a recensé 900 en tout, on a réduit la sélection à 100. Depuis quelques temps, les mots français se sont multipliés. J’ai remarqué que les mots Green Bean avaient disparu des menus américains, systématiquement remplacé par Haricots verts." Pourtant, pas de snobisme dans cette tendance, affirme notre américain francophile: "En France, c’est très bien vu d’être intellectuel, mais pas ici."

Jeremy Leven, qui maîtrise la langue de Molière, partage son temps entre New York, sa maison du Connecticut, et Paris, où il passe environ 5 mois par an. Il continue donc d‘étudier les correspondances entre les deux langues, quitte à les inventer: son prochain livre s’intitulera Don’t Place me a Rabbit (Ne me posez pas un lapin) et décryptera les expressions françaises les plus saugrenues.

Les livres de Jeremy Leven sont distribués par la French Publisher’s Agency, 853 Broadway, New York, NY, Tel. (212) 254-4540.
www.frenchpubagency.com

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