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Enquête et polémique après la manifestation anti-américaine à Paris

Une enquête a été ordonnée dimanche pour identifier les organisateurs de la manifestation de la veille devant l’ambassade des Etats-Unis à Paris, qui a suscité une polémique entre le Premier ministre Jean-Marc Ayrault et son prédécesseur François Fillon.

Candidat à la présidence de l’UMP, François Fillon, s’est étonné qu’ait pu avoir lieu cette action place de la Concorde, à proximité immédiate de l’Elysée et de l’Intérieur. Selon son entourage, il a demandé “à François Hollande des explications sur le fait que le préfet de police de Paris ait toléré une manifestation de salafistes devant l’ambassade des Etats-Unis à Paris”.

Se déclarant “très choqué” par ces déclarations, Jean-Marc Ayrault a rétorqué que la “manifestation était interdite” et que “les policiers ont fait leur travail”. “Aucune manifestation n’a été ni déclarée, ni tolérée le samedi 15 septembre à Paris”, ont précisé la préfecture de police et l’entourage du Premier ministre. “Le gouvernement a l’intention de faire preuve de fermeté. Les musulmans de France respectent la République et il n’est pas question d’importer ce conflit du fait d’éléments minoritaires”, a affirmé M. Ayrault.

“Cette manifestation est inacceptable”, “intolérable”, avait auparavant dit sur France 2 le ministre de l’Intérieur Manuel Valls, s’offusquant de la présence de “femmes voilées entièrement”, des “prières de rue” et des “slogans hostiles à des pays alliés, à nos valeurs”. “Ces manifestations, elles sont interdites”, a-t-il prévenu. Entre 200 et 250 personnes ont pris part à ce rassemblement non déclaré et 152 ont été interpellées pour contrôle d’identité. Un mineur a été placé en garde à vue, soupçonné de violences sur des policiers dont quatre ont été légèrement blessés.

Tweets dès vendredi

S’étaient pressés des hommes vêtus à la manière salafiste, des femmes intégralement voilées mais aussi de nombreux jeunes, à l’allure vestimentaire classique. Les manifestants protestaient contre la vidéo islamophobe “Innocence of muslims” (“L’innocence des musulmans”) qui a embrasé le monde musulman.

Selon Manuel Valls, “il n’y avait pas que des jeunes”, mais aussi “des petits groupes agissants que nous connaissons dans nos quartiers, qui prônent un islamisme radical”. “N’oublions pas au mois de mars ce qui s’est passé à Toulouse”, avec les tueries de Mohamed Merah commises au nom d’Al-Qaïda. “A travers internet, à travers des déplacements dans des pays comme l’Afghanistan ou le Pakistan, il y a des jeunes dans nos propres quartiers qui peuvent être touchés par cette idéologie de la haine.”

Beaucoup des jeunes présents expliquaient s’être déplacés après avoir reçu des SMS ou des tweets, tels celui envoyé par un jeune Parisien, annonçant un “rassemblement uniquement pour les frères”. Dès vendredi, une jeune femme relayait l’appel pour le lendemain à 15h, appelant ses “followers” à venir “nombreux” pour “dénoncer le film sur notre prophète”. Les policiers à Paris avaient “repéré plusieurs messages” de ce type dès vendredi, selon une source policière. Sur place, les manifestants ont trouvé un important dispositif policier, mobilisé notamment pour les Journées du Patrimoine.

Les mouvements de protestation dans ce quartier sont rarissimes, et plusieurs sources policières se sont posées la question de savoir s’il y a eu manquement au niveau du renseignement. Dimanche, la sécurité avait été discrètement renforcée aux abords de l’ambassade. Pour l’enquête diligentée dimanche, outre les identités des 152 personnes interpellées, la police dispose d’images vidéo et des messages sur les réseaux sociaux. Organiser une manifestation non autorisée est passible de six mois de prison et de 7 500 euros d’amende.

Le Conseil français du culte musulman (CFCM) a déploré la manifestation de samedi et appelé à ne “pas associer l’ensemble des musulmans de France à des événements marginaux comme celui-ci”.

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