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Eric B, le blind test d’un designer

Aveugle, Eric Brun-Sanglard, alias Eric B., est l’un des architectes d’intérieur les plus prisés de Californie. Fondé sur le principe des énergies, son art relève autant de la science que de la philosophie.

Designer aveugle, voilà comment se définit Éric Brun-Sanglard. Ne nous méprenons pas, l’architecte n’est non-voyant qu’au sens strictement médical. En vérité, il jouit encore pleinement de ses cinq sens. Pour comprendre cet étrange paradoxe, il faut revenir un peu en arrière sur la destinée de cet artiste un brin maudit, un brin jouisseur.

Une jeunesse dorée

Fils de la grande bourgeoisie commerçante chamoniarde, Eric Brun-Sanglard est un élève frondeur. A 17 ans, il quitte les bancs de l’école sur un coup de tête, à la suite d’un désaccord avec un professeur et s’envole pour Boston. Son bac en poche, passé en autodidacte, il suit des études en communication à Boston Emerson College, puis déménage pour Los Angeles où il se lance dans la publicité.

« Je suis devenu directeur artistique dans la mode et la beauté. » Le jeune loup se met à son compte et s’associe avec une cliente qui partage ses rêves d’avenir. Ensemble, ils lancent une nouvelle technique d’échantillonnage de parfums pour les titres féminins comme Vogue ou Vanity Fair. « Notre affaire a décollé. En quelques semaines, nous dominions le marché en nous entourant des plus grands créateurs de luxes ». Ses prestigieux clients comptent Dior, Guerlain, Lancôme, Chanel ou Nina Ricci.

Eric ouvre un premier bureau à Los Angeles, puis un second à New York suivi d’un troisième à Paris. C’est l’âge d’or. Le temps de la jet set hollywoodienne, des voitures de sport et de l’insouciance financière. Une époque où tout lui sourit. Jusqu’à ce jour terrible où Eric, se plaignant d’une douleur à l’œil, consulte un ophtalmo. « Je pensais qu’il allait me conseiller des verres correcteurs. Au lieu de cela, il m’annonce qu’une infection de la rétine, due au sida, est en train de me faire perdre la vue ».

La fureur de vivre

D’après le pronostic des médecins, ses jours sont comptés. C’est le coup de grâce. Au sommet de sa carrière, à 33 ans, Eric Brun-Sanglard, est terrassé par la douleur physique et morale. « J’ai demandé à mes parents de m’emmener à Haïti pour voir une dernière fois la plage ». A son retour aux Etats-Unis, Eric vit dans le noir. « J’étais en plein chantier de rénovation à la maison. » D’abord perdu dans cet espace qu’il croyait bien connaître, il doit apprendre à se déplacer seul.

« J’ai très vite réalisé que la vue n’était pas indispensable. J’ai décidé de poursuivre le chantier ». Le travail achevé, il revend sans aucune difficulté sa maison, en pleine crise de l’immobilier. Puis deux autres maisons, aménagées par ses soins. Assuré de son talent, il décide de donner une seconde chance à son rêve américain et se lance dans sa nouvelle carrière, en principe interdite aux non-voyants : l’architecture d’intérieur.

Eric met ses autres sens à profit, en particulier l’audition et le tact. « J’ai développé mon oreille, mon toucher. Je me suis aussi mis au piano et à la sculpture. » Surfaces rugueuses ou satinées, arêtes vives, symétrie des objets. Les mains d’Eric tâtent, palpent, modèlent. Il se sert des murs comme d’une caisse de résonance pour mesurer l’écho d’une pièce. Et développe son « regard intérieur ».

Décothérapeuthe

« Je ne vois pas les pièces mais je visualise leur potentiel en fonction de la lumière ou des courants d’air qui les traversent », explique l’artiste. Pour prendre les mesures, c’est encore à son corps qu’il se fie. « J’ai réalisé que quand on tend les bras, la distance entre les extrémités des doigts de nos deux mains correspond exactement à notre taille. Je fais 1 m 84. C’est devenu ma mesure de référence, mon mètre à moi ».

Son geste, appliqué les yeux fermés, privilégie les tracés sobres, volontairement sommaires. Car Eric, influencé par le zen, travaille toujours en accord avec la psychologie de son client. « Je cherche à reproduire un sentiment de bien-être, comme un cocon. » Pour ceci, il choisit les couleurs en fonction des émotions recherchées. « Les voyants ne le savent pas mais les couleurs distillent chacune leur énergie propre, comme les vitamines », constate-t-il. Des synergies influencées par l’art du feng shui.

Penélope Cruz, Ben Stiller ou Francis Ford Coppola, entre autres, s’offrent les services de ce décorateur hors du commun. Son histoire séduit les producteurs qui lui offrent une émission hebdomadaire de décoration sur une grande chaîne de télévision. Baptisée « Designing Blind », cette version américaine de l’émission D&Co est un succès. De retour en France, Eric Brun-Sanglard contacte un éditeur et lui propose de coucher sa vie sur le papier. L’année suivante parait Au delà de ma nuit, son autobiographie en forme de guide d’épanouissement.

« Je me suis lancé récemment dans le coaching d’entreprises et le coach personnel. Aujourd’hui, je mène de front ces fonctions sous le parapluie d’une entreprise que j’ai appelé ‘Eric B. consulting & Development’. Je crois que les épreuves que j’ai endurées dans ma vie et les leçons que j’en ai tirées peuvent profiter aux autres », déclare aujourd’hui Eric, qui cite aussi bien comme mentors l’homme d’affaires anglais Richard Branson ou le propriétaire du groupe de luxe LVMH Bernard Arnaud que le Dalaï Lama.

www.theblinddesigner.com

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